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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 19:20
La révolution n’aura pas lieu, mesdames et messieurs, je vous le dis d’avance. Je précise d’abord que je n’ai pas vu Avatar en 3D. J’irai certainement voir ce que ça donne. Ceci dit, le relief ne risque pas d’améliorer un scénario tartignole au possible et un imaginaire en aucun cas transcendant, même si le divertissement reste honnête.

Twentieth Century Fox France

J’ai plutôt de la sympathie pour James Cameron. Aliens, c’est géant. Terminator 1 et 2, c’est très bien. Titanic, j’aime assez. Du bon divertissement, sans foutage de gueule et avec généralement assez de sous-texte intéressant pour ne pas sortir le cerveau totalement vidé. Avec tout ce que j’avais lu, j’allais voir Avatar avec bon espoir. Las, je n’y ai pas trouvé la révolution qu’on m’annonçait. Le début du film est plutôt séduisant, on sent que l’on va suivre le parcours personnel d’un héros possiblement attachant (Sam Worthington). Que celui-ci n’ait plus l’usage de ses jambes et qu’il le retrouve une fois envoyé dans son avatar, et avec lui un peu de sa liberté, est plutôt une belle idée. La toujours sympa Sigourney Weaver hérite quant à elle d’un rôle cool de scientifique maniaque, et on sent que la confrontation entre les deux peut donner quelque chose d‘amusant. Malheureusement, la suite de leurs aventures est plus ordinaire et largement prévisible. L’infiltration dans la population de la planète (les Na(vis), l’accoutumance à leur mode de vie, l’histoire d’amour qui débute avec une jolie indigène, le sentiment de trahison, le retournement la rébellion etc. (normalement je ne vous apprend rien, tout est dans la bande-annonce !), tout ça est vu et revu…

M’enfin, il parait que là n’est pas l’important. Cameron a passé dix ans sur le film, et manifestement ce n’est pas au scénario qu’il a consacré le plus de temps… on pouvait donc s’attendre à un ébouriffement visuel de tous les instants. Oui et non. C’est très impressionnant visuellement, mais je suis loin de trouver l’imaginaire de Cameron original. Sa planète Pandora est certes très belle, mais cette imagerie sauvage (nature foisonnante, paysages époustouflants etc.) n’est pas nouvelle. Un exemple parmi d’autres, les montagnes flottant dans le ciel rappellent immanquablement Myazaki… Mais ne soyons pas trop difficile. Bien que je trouve le physique de ces grandes gigues de Na’vis particulièrement laid, il est certain que la performance capture (technologie plus évoluée encore que la motion capture chère à Robert Zemeckis puisqu’elle permet de retrouver jusqu’aux expressions faciales des acteurs) est assez incroyable et rend d’autant plus humains les extraterrestres dont on nous raconte les coutumes et le mode de vie. Dès lors, problème. Comment peut-on croire une seconde qu’il s’agit vraiment de science-fiction alors que les Na’vis ne sont absolument pas des aliens crédibles tellement ils ressemblent aux humains ? Cet anthropomorphisme est assez dérangeant dans la mesure où il empêche de croire vraiment à ce qui se passe - récemment, District 9 s'en sortait beaucoup mieux à ce niveau-là. Un point positif, c’est que Cameron a quand même songé à leur inventer une langue propre, même si le scénario s’arrange pour faire parler tout ce beau monde en anglais la majorité du temps. On a saisi, James, t’inquiète : tes schtroumpfs géants, ce sont des Indiens d’Amérique ! Avatar c’est Pocahontas sauf que la jeune demoiselle est bleue et mesure trois mètres.

Twentieth Century Fox France

Du coup, il faut bien admettre que le sous-texte est assez puissant : dénonciation de cet acte fondateur des Etats-Unis d’Amérique : le massacre des indigènes, et du colonialisme en général. Il y a même quelques allusions à l’interventionnisme et à la guerre d’Irak (« guerre à la terreur » etc.). Mais tout cela est malheureusement enrobé dans un scénario cucul la praline, ultra prévisible et lourdement écolo. Le tout est d’un manichéisme incroyable, opposant binairement les bons sauvages qui vivent en harmonie avec la nature aux humains crétins et aigris (voir ce personnage de chef militaire, méchant plus caricatural tu meurs). Pour couronner le tout, on a le droit à une soupe spiritualo-new age avec le culte rendu par les Na’vis à leur déesse-nature. À ce niveau là, le discours écolo vire à la crétinerie absolue. Le propos sous-jacent (mais surligné) d’Avatar n’est pas dangereux, il est même plutôt respectable et progressiste et, comparé au blockbuster ultra conservateur de Roland Emmerich sorti il y a quelques semaines (2012), il a toute ma sympathie. Cependant plus le film s’étire en longueur avec d'interminables scènes de bataille, plus il s’avère insistant et épuisant. Le film est donc également bien trop long à mon goût. Mais pouvait-on faire plus court vu l’envergure du projet ?

Bref, rien de transcendant ni d’affreux là-dedans, Cameron assure la plupart du temps le divertissement et le plaisir des yeux. Mais je vois mal de quelle révolution esthétique Avatar serait l‘instigateur.

Appendice
Ce que j'ai à ajouter sur le film maintenant que je l'ai vu en 3D : rien.

Critique également publiée sur Gwaeron.org


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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 00:30
- VOTES CLOS, RÉSULTATS INCESSAMMENT SOUS PEU ! -



Eh oui les gens, tout peut arriver ! Le CISTG (comité interblog de sondages en tout genre) est de retour après presque deux ans d'inactivité, pour vous proposer l'établissement d'un top 20 des années 2000 qui s'achèvent dans quelques jours maintenant par les blogueurs et leurs lecteurs. Ce top est centralisé par le superbe blog collaboratif Le Temps du cinéma.

C'est simple : faîtes la liste de vos 20 films préférés sortis entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2009. Puis postez là sur cet article ou, si vous ne m'aimez pas, directement sur le Temps du cinéma.
Un de ces jours, nous comptabiliserons les votes et nous en débattrons joyeusement comme ce fut le cas pour les deux tops organisés précédemment !


- MON TOP 20 PERSONNEL À MOI SE TROUVE ICI ! -


À VOS VOTES !


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Published by lucyinthesky4 - dans Blogosphère powaa
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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 22:00


Le premier long-métrage de Robert Zemeckis est un comédie teen qui se déroule en 1964, en pleine Beatlemania, le jour où les Beatles débarquent pour la première fois aux États-Unisafin de jouer au Ed Sullivan Show. Un groupe d'amies décide de prendre la route pour apercevoir de plus près leurs idoles. I wanna hold your hand est un film très rythmé, plutôt drôle et foncièrement sympathique. Zemeckis est avant tout un bon scénariste et il le prouve déjà avec ce récit simple et alerte qui commence en road movie pour finir en récit plus ou moins initiatique.

Comme dans tout teen movie qui se respecte, on y croise les figures classiques des ados : la surexcitée de service, le geek (ici, il collectionne entre autres les morceaux de gazon sur lesquels les Beatles ont marché), le rebelle, celle qui se prend pour une grande etc. Même si des couples vont immanquablement se former, il n'est en revanche absolument pas question de sexualité adolescente. La scène où Nancy Allen se retrouve seul dans la chambre d'hôtel vide des Fab Four et pousse des cris d'extase en caressant le manche de la basse Hofner de Paul (!) offre alors un contraste assez saisissant. Cela reflète bien la sorte d'exaltation libératrice qu'il y avait pour la jeunesse (et notamment les jeunes filles) de l'époque à écouter les Beatles, dont la musique sera au final source d'émancipation pour l'un des héroïnes.



L'humour parfois un peu lourd tient généralement du slapstick (on se tape dessus, on se bouscule dans des foules de jeunes filles hurlantes), ce qui convient finalement bien à l'esprit de la Beatlemania. Les clins d'œil aux chansons du groupe sont nombreux. La bande son offre dix-sept morceaux des Fab Four de la période de leurs deux premiers albums (Please please me, I want to hold your hand, She loves you, Twist and shout, From me to you pour les plus connus). On ne voit jamais les Beatles que sur des images d'archive de leur premier séjour aux États-Unis. Le reste du temps, s'ils apparaissent, on ne voit que leurs pieds, leurs instruments, ou bien on les entend parler (avec de très caricaturaux accents british !). Le mythe reste inaltéré.

Délire truculent et assez charmant, le film échoua pourtant à sa sortie et reste encore de nos jours relativement méconnu. Zemeckis reviendra bientôt aux Beatles puisqu'il sera aux manettes du remake motion capture de leur dessin animé psychédélique Yellow submarine.



À voir aussi sur le blog :
Film de Robert Zemeckis : Retour vers le futur


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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 22:16


Triomphe de la volonté est un film de propagande de Leni Riefenstahl consacré au sixième Congrès du parti nazi de Nuremberg en 1935, congrès qui réunit plus de 200000 personnes. Il se présente comme une mise en scène de l’idéologie nationale-socialiste à l’attention des citoyens allemands : un chef tutélaire aux discours enflammés hypnotisant les foules enthousiastes, où les individus se fondent en une masse uniforme et obéissante. C'est l'un des plus célèbres films de propagande de l'histoire du IIIème Reich.

C'est une sorte de tarte à la crème critique que de considérer Leni Riefenstahl (également célèbre pour Les dieux du stade, documentaire sur les Jeux Olympiques de 36 qui exaltait la virilité et la force martiale du corps aryen) comme une cinéaste de grand talent ayant produit des images magnifiques malheureusement mises au service d'une idéologie indéfendable. Cela me paraît un peu plus compliqué que cela.

Certes, le dispositif est impressionnant, le film grandiloquent. Riefenstahl mobilise 170 techniciens. Elle est autorisée à placer sa caméra où elle le souhaite (voir la scène où celle-ci tourne autour de Hitler pendant son discours), et récolte au final plus de 60 heures de documents.  Elle y met en avant la solidarité de la base du parti avec le régime en place depuis à peine un an. Le rythme est soutenu, et le montage met en évidence le charisme du Führer, la  foule en délire et la force des symboles du parti : la croix gammée, les drapeaux, l’aigle du Reich... Tout ceci est tout de même assez répétitif, et l'intérêt historique (certain) s'émousse un peu une fois que le même schéma (discours galvanisant, foules en transe, défilés bien réglés) s'est répété cinq fois de suite. La seule séquence qui dépareille quelque peu avec le reste est celle où l'on voit de jeunes allemands au travail en marge du congrès, puis riant et s'amusant entre eux. Ces images de bonheur ont quelque chose d'effroyable.



Du propre aveu de la cinéaste, le film est fondé sur une opposition binaire entre la masse déshumanisée et l'individu, le chef, qui porte en lui la volonté de tout un peuple. Si la cinéaste filme malgré tout en gros plan les visages de jeunes hommes qui semblent possédés, presque fanatiques, c'est pour mieux mettre en évidence leur soumission au régime nazi. Cette opposition basique du cinéma de propagande se révèle dans l'utilisation de deux procédés : plongée et contre-plongée. La plongée est appliquée à la masse soumise, servile ; la contre-plongée au leader, au Führer, pour accentuer le culte de la personnalité.

Le début du film possède une dimension messianique. Triomphe de la volonté débute en effet avec des vues aériennes suggérant l'arrivée héroïque de Hitler descendant du ciel pour saluer un peuple qui vient à sa rencontre des quatre coins du pays. Le film est constitué de discours de Hitler et ses sbires, de scènes de foule en délire, et de défilés militaires parfaitement réglés. Ce fanatisme total est absolument impressionnant à voir. Riefenstahl s'en sert pour créer une sorte de mythe et amplifie le culte par sa façon même de filmer. Sous couvert de réalisme, c'est à une apologie du régime qu'elle se livre.

Le problème n'est donc pas seulement que ce Triomphe de la volonté est un film de propagande réalisé sur la demande expresse de Hitler, mais aussi et surtout que la mise en scène elle-même véhicule l'abjection qu'elle montre. Dans le congrès du parti comme dans le film lui-même, tout n'est qu'ordre, discipline, verticalité, perfection. Les cadres sont rigides, il n'y a aucune place pour la divagation ou pour la moindre interprétation, c'est-à-dire pour la liberté du spectateur. Rien ne dépasse. Les images sont univoques et c'est bien là l'une des caractéristiques majeures du cinéma de propagande. Le trop-plein d'images et de sons (musique pompeuse omniprésente) empêche toute réflexion et tout recul. D'autre part, il n'y aucun commentaire, les images sont censées parler d'elle-même en faveur de la grandeur du Reich. Cette obsession du contrôle et de la pensée unique est nazie jusqu'à la moelle.

C'est donc abject, et les qualités de cinéaste de Riefenstahl ne dédouane pas le film, voire le rend encore plus terrible. Les images ont beau être filmées avec talent, elles ne sont pas magnifiques, mais terribles et insupportables dans leur absolutisme qui n'a pour but que de retirer au spectateur toute liberté d'opinion. Je vois encore mal comment un film de pure propagande peut être considéré comme beau (discours qui est beaucoup tenu sur les films de Riefenstahl).


(Adolf Hitler et Leni Riefenstahl)


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 18:35

Les Films du Paradoxe

Dans sa Palme d'Or, Haneke filme le quotidien d'un village allemand du début du siècle dernier, structuré par des rituels rigoristes et étouffants. Des événements étranges et malveillants surviennent et toute la communauté s'interroge sur les coupables. Sous-titré « Une histoire allemande d’enfants », le film est à l'image de ce village : austère, pénible et oppressant. La morale de cette sorte de fable est louable : c'est une condamnation de l'éducation protestante de l'époque, autoritaire et violente, qui ne peut qu'engendrer frustration et mal-être chez les enfants qui deviendront à leur tour de petits monstres sadiques. Ou comment le paternalisme fabrique la barbarie en pervertissant des enfants innocents, en gros. En réalité, que ces enfants plutôt terrifiants soient les futurs adultes qui cautionneront ou participeront au régime nazi, on le sait en faisant le calcul dans sa tête, mais on a eu tort à mes yeux, d'insister trop là-dessus. Cette histoire de chronique des origines du nazisme n'est pas, ou si peu, dans le film.

Le ruban blanc a des qualités indéniables : certes, le noir et blanc est somptueux (mais de quel noir et blanc ne dit-on pas aujourd'hui qu'il est somptueux ?). Le film est impeccablement filmé, cadré, monté et les acteurs sont particulièrement remarquables. Mais c'est l'unité de ton de l'ensemble qui finit par déranger. Certaines scènes parviennent cependant à s'extirper de ce monolithe intransigeant qui constitue la majeure partie du film : un baiser échangé (certainement le maximum de ce qu'Haneke peut filmer en terme d'effusion autre que violente), une discussion touchante sur la mort entre un petit garçon et sa grande sœur... D'autres sont d'une cruauté quasi-insupportable, comme cette séquence bergmanienne en diable où le médecin crache toute sa haine et son dégoût au visage de sa maîtresse humiliée. L'existence de ces scènes très fortes et bouleversantes sauve le film de la monotonie généralisée.

Ulrich Tukur. Les Films du Paradoxe

Mais il y a au final très peu de vie dans ce Ruban blanc : aucun être humain auquel s'attacher et aucune jouissance de cinéma. Le film est davantage une construction mentale qu'une incarnation qui nous permettrait de vivre et de ressentir pleinement les questions soulevées par l'histoire qui nous est racontée. Presque aucun personnage ne trouve grâce aux yeux du cinéaste. Même l'instituteur, narrateur et protagoniste principal, est un benêt pas très attachant. On retrouve ici la manie de Haneke de regarder l'humanité (les personnages comme les spectateurs) de haut en lui refusant toute rédemption. L'idée majeure du Ruban blanc, c'est un peu celle, archi-rebattue, du village en apparence tranquille mais qui cache, derrière ses portes closes, des monstres pervers, violents, incestueux et j'en passe. Le film n'étant jamais réellement incarné, on est constamment tenu à distance du sujet qui est pourtant supposé être le cœur du film : l'identification, ou en tout cas la recherche, des origines du mal et de la violence.

Si le film est plutôt une chronique villageoise qui s'intéresse au mal ordinaire présent en tout lieu, son semblant de scénario s'agence autour de la résolution d'un mystère : qui est responsable de tous ces forfaits ? Tout dans la structure plus ou moins polar du film invitait à une résolution finale, or le mystère n'est jamais réellement élucidé. C'est à la fois prévisible, lourdement symbolique, et hypocrite. Haneke fait en effet semblant de ne pas donner de réponse, tout en pointant avec insistance dans la direction de la culpabilité des enfants, sans laquelle le film n'aurait tout simplement pas de sens. Le cinéaste se montre donc paradoxalement, et ce tout le long du film, lourd dans la suggestion : par exemple toute violence est nécessairement représentée hors champ (derrière la porte) ; censée être ainsi rendue encore plus insupportable (on ne voit pas le pasteur battre son fils, on entend simplement le fouet claquer...). Quant à la voix off, elle redouble inutilement l'image en annonçant sans cesse l'horreur à venir. Le ruban blanc reste un film intense et parfois passionnant, qui ne nous lâche pas pendant 2h30 (on y souffre du début à la fin !). À la fois pénible et fascinante, la Palme 2009 reflète bien les contradictions de son auteur, brillant donneur de leçons qui ne cesse de s'interroger sur la violence, ses origines, ses manifestations... et son épineuse représentation !


Les Films du Paradoxe


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 02:24

 

Ce court-métrage fait partie du film Paris vu par... tourné en 1965 par plusieurs pointures de la Nouvelle Vague (Godard, Rohmer, Chabrol...). Et en effet, Gare du Nord témoigne d'emblée de son ancrage dans son époque de cinéma : jeunesse des acteurs (amateurs) , tournage en décors naturels, filmage non conventionnel (caméra à l'épaule en majorité), Paris, ainsi que des thèmes comme la lassitudes vis-à-vis de la vie petite bourgeoise et le désir d'échapper à l'ennui d'une existence routinière.

Gare du Nord débute par un travelling latéral sur les toits de Paris, plus précisément du quartier (en construction) dont il tire son titre. Puis la caméra s'insinue dans l'intimité d'un appartement où vit un couple marié banal qui prend son petit-déjeuner. Ce simple mouvement induit un passage du général au particulier, du « monde » à la « maison », du social et de l'urbain à l'intime et au familier. La conversation du jeune couple a tout de banal et d'ordinaire. La caméra s'intéresse uniquement à Odile et à Jean-Pierre qu'elle scrute, les filmant tour à tour ensemble et séparément, lorsque leurs vues divergent par exemple (un gros plan sur le visage de la jeune femme qui se met à rêver à d'autres horizons. Petit à petit, le conflit dans le couple s'intensifie et ceci est mis en évidence par une caméra de plus en plus mouvante et agitée. Jean Rouch est un ethnologue de formation : son regard sur les rapports humains et précis et vise souvent juste. On sent dans Gare du Nord sa recherche de réalisme et de naturel - le dialogue est presque totalement improvisé et l'action est en temps réel, le spectateur la vit comme un présent parallèle.

Le trait le plus remarquable de ce film à mes yeux est la rupture qui a lieu en son milieu : rupture amoureuse, mais surtout rupture formelle. Après la dispute, la femme quitte l'appartement. Le couple traverse un couloir peu éclairé, ce qui renvoie au thème même de leur affrontement : Odile déplore la construction d'un immeuble en face du leur, qui leur boucherait la vue. Or, métaphoriquement comme réellement, c'est d'horizon bouché que parle le film (elle se plaint de rester « coincée », de ne pas pouvoir faire de projets enthousiasmants). À mon sens, le renversement a lieu lorsque la femme prend un ascenseur, très sombre lui aussi. On ne perçoit plus que des ombres et la voix de l'homme qui l'appelle et la supplie de rester se fait de plus en plus faible à mesure que l'ascenseur descend. C'est à ce moment-là que se situe la coupure entre les deux plans séquences du film. On penserait presque à une descente aux Enfers si la lumière ne se faisait pas soudain si éclatante lorsque l'héroïne sort de l'immeuble, contrastant grandement avec l'obscurité qui a précédé.

De fait, cette lumière soudaine est presque aveuglante et les bruits de la rue se mettent à saturer la bande son. Odile a quitté le calme de son appartement pour l'agitation à laquelle elle aspire, mais de façon très ironique cette agitation est presque désagréable, annonçant peut-être la tragédie à venir. La femme manque ensuite d'être renversée par un homme inconnu, qui la suite alors, et ils engagent une conversation d'ordre quasi philosophique sur leurs existences respectives. La caméra ne cadre, et ceci quasiment jusqu'à la fin, que les visages des deux protagonistes. Au début, leur discussion est presque couverte par les bruits de la ville, puis elle se fait plus audible. Ce sont encore une fois les mots qui importent et qui révèlent l'intimité du personnage de la femme en particulier : son désir de nouveauté et d'exaltation n'est finalement pas si ardent qu'on pouvait le penser. Son refus apparent de la vie bourgeoise ne tient pas face à la radicalité romantique dont son interlocuteur fait preuve.


Le film se termine de façon pour le moins abrupte, avec le suicide de l'homme de l'homme suite au refus d'Odile de s'enfuir avec lui. Le suicide a lieu hors champ, ce qui rend d'autant plus choquant et bouleversant le moment où la caméra quitte la femme paniquée (elle ne reviendra pas sur elle) pour nous découvrir le corps de l'homme écrasé sur la voie ferrée en contrebas. Ce geste final radical rappelle certaines films de Godard, où le personnage masculin romantique et « trop libre » finit par se donner la mort, sentant son inadéquation à la vie (Masculin-féminin, Pierrot le fou). Là encore, Gare du Nord a tout de l'esprit Nouvelle Vague. L'ultime mouvement de caméra achève de rendre dramatique et absurde cette histoire : un travelling arrière permet de cadrer à nouveau le quartier dans son ensemble, comme au début, laissant les personnages à leur destin, leur solitude et leur insatisfaction, et conférant peut-être à l'épisode une valeur universelle. La radicalité du propos est le trait le plus marquant de ce film, radicalité soutenue par la forme d'angoisse qui s'insinue petit à petit dans ce récit brutalement tragique.
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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 01:22


Oscar du meilleur court-métrage d'animation en 2004, Ryan est inspiré de la vie du cinéaste d'animation canadien Ryan Larkin, auteur de plusieurs des œuvres les plus marquantes du genre (dont Walking, nommé pour les Oscars en 1968). À l'époque du film, Ryan vit pourtant de l’aide sociale et mendie dans le centre-ville de Montréal. Quatre ans avant Valse avec Bachir, Chris Landreth fait un film hybride, un documentaire animé. Il prend comme support des interviews effectivement réalisées, de Ryan Larkin, donc, mais aussi de deux personnes qui ont compté dans la vie de celui-ci, son ex compagne et son producteur. La « base » visuelle du film ainsi que les voix des personnages proviennent de ces interviews. Chris Landreth se représente également lui-même sous les traits d'un intervieweur-narrateur.



La démarche est de l'ordre de l'enquête : il s'agit de comprendre ce qui a fait de cet homme ce qu'il est aujourd'hui. Mais le réalisateur tranche d'emblée avec un réalisme trop affirmé en inventant grâce à une animation de grande qualité un monde étrange et dérangeant où les visages des personnages sont tordus, incomplets, désarticulés. La représentation des corps dans ce film est particulièrement passionnante ; les personnages souffrent littéralement dans leur chair de tout ce qui les agit, de névroses, de regrets, de traumatismes. Leurs états mentaux sont représentés sous l'aspect de formes colorées étranges qui surgissent de leurs visages et les objets autour d'eux fonctionnent comme métaphore de leurs angoisses intimes : la bouteille d'alcool de Ryan lui tend ses bras inquiétants en lui criant « I love you ! ». Cette part de fantastique est en apparence burlesque, elle est en réalité plutôt glaçante.

Le film montre la déchéance d'un homme qui a sombré dans l'enfer de la drogue alors qu'il était promis à un grand succès. Ryan ne nous épargne pas la douleur de comprendre ce destin tragique et absurde. Le problème éthique que pose cette situation (le film tire en quelque sorte avantage d'une personne réelle misérable pour en faire une œuvre d'art) n'échappe pas au réalisateur qui prend soin de ne jamais accabler Ryan, et de ne pas se complaire dans la représentation de sa décadence. Au contraire, tout le film tend à rendre en quelque sorte sa dignité à Ryan, notamment à travers les dialogues. Landreth se représente également lui-même sous des traits peu ragoutants et dessine en filigrane sa propre auto-biographie : finalement, Ryan, ce pourrait être lui dans trente ans. D'autant plus que l'image terrifiante de l'artiste ivre ramène à lui les souvenirs de sa mère alcoolique, à laquelle le film est dédié.



Ce court métrage inventif, intelligent et souvent malaisant s'achève dans la tristesse d'une rue déserte où Ryan mendie, ivre, et se retrouve seul face à lui-même et ce qu'il est devenu. Ryan Larkin n'est jamais sorti de la misère. Il est mort en février 2007 des suites d'un cancer du poumon.


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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 15:15


Elephant, téléfilm expérimental réalisé par Alan Clarke pour la BBC en 1989, a donné son titre et une part de son concept au chef-d'œuvre de Gus Van Sant, palmé en 2003. Ce moyen-métrage consiste en une suite dix-huit assassinats perpétrés à Belfast en Irlande du Nord. Dix-huit scènes de meurtre, et rien d'autre. Aucune musique, aucun dialogue, aucune mise en situation, aucune explication, aucun véritable personnage (on ne sait rien d'eux) : simplement le fait brut et barbare, la violence pure, l'acte de tuer en lui-même. Les scènes sont toutes structurées de manière similaire : la caméra suit, le plus souvent de dos, le futur meurtrier qui marche dans des rues, des couloirs ou des halls totalement vides, à la recherche de sa victime, qui la trouve et qui tire. Chaque séquence de meurtre s'achève avec un plan fixe sur le cadavre de la victime.

On ne connaîtra le lieu exact, le moment, les circonstances ou les motivations d'aucun des assassinats. Le long-métrage éponyme de Gus Van Sant se consacrera quant à lui à une catastrophe en particulier, celle de la fusillade au lycée Colombine. Il multipliera les pistes explicatives pour au final n'en choisir aucune et conclure sur l'inexplicabilité d'une telle violence. Mais chez Alan Clarke, c'est la représentation de l'idée générale de meurtre qui est visée. Non pour être percée à jour, mais simplement pour être exhibée dans toute son absurdité. Ce que GVS reprendra avec génie quinze ans plus tard, c'est l'idée d'une barbarie exposée sans détour, comme un indicible, un incompréhensible, un trou dans le temps qu'on ne peut dire avec des mots. Qu'on ne peut que montrer. Le monde d'Elephant est un monde de silence et de vide.



Alan Clarke, artiste plasticien radical, livre un film hypnotique et suffocant qui montre la violence sans la moindre complaisance, et d'autant plus angoissant que l'issue de chaque scène est connue d'avance. Loin de banaliser la violence en l'accumulant, Clarke nous la rend plus insupportable. Le cinéaste ne s'intéresse pas aux personnages donc à la vie, mais à l'acte pour lui-même, désincarné et hors du temps. Cette impression de regarder une mécanique imperturbable, un cycle sans fin, se dérouler sous nos yeux est assez perturbante car ce qu'elle dit au final, c'est que la barbarie est une négation absolue de l'humain. Une expérience cinématographique extrême et très troublante.


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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 19:25
Universal Pictures International France

Je me suis décidée à écrire ceci surtout en réaction à certaines critiques que j'ai lues sur ce film et sur les précédents de Judd Apatow, qui m'exaspèrent grandement. Et qui exaspèrent aussi, semble-t-il, Apatow lui-même, qui s'échine dans ses interviews à affirmer que non, il ne vote pas républicain, et non, il n'est pas conservateur simplement parce qu'il montre des familles qui restent ensemble malgré le désamour ou des couples qui se marient parce que ça fait mieux. La question me semble donc celle de savoir si on doit imputer les actes et les choix des personnages à une supposée idéologie du cinéaste qui le met en scène. Et à mon sens, ce n'est pas parce que certains de ses personnages, dans ses trois films en tant que réalisateur (40 ans toujours puceau, En cloque mode d'emploi et Funny people, donc), choisissent au final la voie du conformisme qu'il faut en déduire qu'Apatow s'en réjouit absolument. Au contraire, cette ultime décision, celle de sortir de l'enfance en quelque sorte, se charge toujours d'une amertume et d'une mélancolie qui empêchent d'y voir un happy end complet.

Revenons au film dont il est question aujourd'hui : Funny people est l'histoire d'un comique célèbre (Adam Sandler) qui se découvre soudain gravement malade, d'une forme de leucémie, et qui sait qu'il lui reste peu de temps à vivre. Son tempérament devient de plus en plus sinistre et, en panne d'inspiration, il fait appel à un aspirant comique (Seth Rogen) aperçu dans un comedy club pour lui écrire des textes. Apatow s'interroge sur la nature-même du rire en nous plongeant dans l'univers des comedy clubs remplis de types qui passe leur temps à écrire compulsivement des gags sur des bouts de papier ou à les lâcher, hésitants, devant un public pas toujours conquis. Funny people, c'est également un film sur un comique qui ne parvient plus à l'être (on peut douter qu'il l'est jamais vraiment été vu la teneur de ses films dont on voit quelques extraits consternants !) et sur des comiques qui essaient de l'être mais n'y arrivent pas toujours. D'où une accumulation de vannes foireuses ou déplacées, qui tentent de faire rire parce que justement, elles ne sont pas drôles. Le pari est osé, et réussi.

Leslie Mann, Eric Bana, Adam Sandler et Seth Rogen. Universal Pictures International France


Le point commun avec les précédents films réalisés ou produits par Apatow, c'est cette impression de regarder un film de bande, un films de potes (dans le film, et dans la vraie vie) : les acteurs sont des amis du cinéaste, un peu toujours les mêmes (Rogen, Schwartzman, Hill... sans oublier Leslie Mann qui est l'épouse du cinéaste) et cela fait plaisir de les retrouver (même les absents ont le droit à leurs clins-d'œil : une allusion à Paul Rudd, Owen Wilson entraperçu sur une affiche). Évidemment, Apatow ne déroge pas à sa règle et réalise un film de mecs, entre mecs. D'où par exemple la légère inconsistance du personnage féminin central de Leslie Mann : même si on parvient à comprendre sa drame intérieur, le personnage n'est semble-t-il pas aussi investi que les autres par l'auteur, il est un peu mal-aimé. En revanche, il y a un sublime personnage de fille interprété par la géniale Aubrey Plaza, prouvant qu'Apatow sait tout de même écrire des rôles de nanas drôles, émouvantes et qui ont du répondant.

Le personnage central, celui d'Adam Sandler est assez antipathique – belle audace là aussi. Mais il reste digne et attachant, à aucun moment la cruauté du cinéaste à son égard ne devient humiliation. Sandler joue un type immature, arrogant et soudain mélancolique, hanté par les fantômes de sa jeunesse. Je n'ai jamais beaucoup aimé ce mec sans âge et un peu lourdingue mais ici il est bizarrement superbe, parvenant à suinter la mélancolie, le doute et le regret éternel des occasions manqués. Le personnage de l'adorable Seth Rogen remporte davantage l'adhésion du spectateur, dans un rôle de gentil loser entouré de sa bande de potes crétins mais attachants, qui ne cessent de parler de leur bite mais ne couchent jamais avec une nana (à part Jason Schwartzman, qui lui est acteur dans une sitcom pas drôle). Mais cette comédie volontiers satyrique aux dialogues brillamment écrits n'en est pas qu'une (de comédie), c'est aussi un drame un peu âpre, difficile, où le rire se double souvent d'une certaine cruauté.

Jason Schwartzman, Seth Rogen et Jonah Hill. Universal Pictures International France

Si l'on s'attend à un Apatow « geek buddies » dans la lignée des comédies (quasiment toutes très drôles) qu'il produit à la pelle depuis quelques années, il y a risque d'être quelque peu décontenancé, surtout dans la deuxième moitié, la partie mélodrame, du film. Avec Funny people, Apatow va au fond de ses problématiques, de ses inquiétudes existentielles, et c'est ce qui fait de sa comédie par ailleurs très drôle, un film précieux et poignant, souvent même troublant. Le film est très profond notamment sur l'amitié : celle très étrange, qui se noue entre le comique en panne d'inspiration et le petit nouveau qui cherche en lui un mentor, et qui ne deviendra effective qu'à la fin, où l'un apprendra enfin à donner, et l'autre à recevoir. possède ce côté déceptif, qui est aussi ce qui fait de lui une œuvre absolument passionnante. Dans On peut éventuellement reprocher à ce Funny people quelques longueurs, surtout vers la fin. C'est comme si le personnage de Sandler voulait encore faire durer, trop longtemps, le bonheur qu'il a plus ou moins retrouvé. Et que le spectateur veuille mettre fin, comme le personnage de Rogen, à cette mascarade qui ne peut que mal se terminer. Ce faux rythme est relativement intéressant, et les changements de ton réguliers qu'il induit, également.

Il faut aussi mentionner une bande son excellentissime ; et l'apparition du grand James Taylor, qui chante Carolina in my mind mais se voit aussi gratifié d'un petit échange hilarant avec Seth Rogen : « Vous n'en avez pas marre de toujours jouer les mêmes chansons ? - Et vous, vous n'en avez pas marre de toujours parler de vos bites ? ». Il y aurait tant à dire sur cette comédie à nulle autre pareille qui pose des questions essentielles et bouleversantes... Terminons simplement en louant à la fois sa drôlerie et sa profondeur, sa capacité à dire que « Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard », tout en affirmant que de cela, on peut toujours se remettre au moins un peu. Par le rire ?

Seth Rogen et Aubrey Plaza. Universal Pictures International France


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 00:25
Je relaie cet appel de la plus haute importance initié par Gérard Rocher et repris par mymp de Seuil(s) critique :

Depuis des mois, éditer un article sur l’interface d’Allociné devient un exercice de plus en plus difficile et compliqué. Entre les temps d’attente interminables, les surcharges de connexion, les outils graphiques qui ne fonctionnent pas, la limite de stockage ridicule, Allociné nous offre un éventail complet de désagréments et d’énervements qui donnent envie d’aller voir ailleurs (en à peine une semaine, 4 blogueurs, et pas des moindres, sont partis vers de meilleurs horizons).
C’est pourquoi, dans la mesure où d’autres blogueurs désirent s’associer à ce ras-le-bol général, déjà relayé sur pas mal d’autres blogs, je vous invite à exprimer ici votre mécontentement ou à recopier cet article sur votre blog (et ainsi de suite), espérant peut-être faire comprendre aux hautes instances d’Allociné que cela ne sert à rien de jouer la sourde oreille ou de préférer la politique de l’autruche. Et leur faire admettre, surtout, qu’il faut réellement améliorer l’interface (peut-être prévu avec le lancement prochain de la nouvelle version du site) déficiente et presque obsolète qui tient lieu aujourd’hui de pauvre système d’édition.
Nous participons, dans une certaine mesure, à la renommée et à l’efficacité d’Allociné (sans parler des retombées publicitaires), il serait bien alors que notre hébergeur prenne enfin en compte nos revendications et nos contrariétés, et arrête de nous traiter comme des vaches à lait à qui l’on ne doit absolument rien.


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Published by lucyinthesky4 - dans Blogosphère powaa
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