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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 11:23
Interior. Leather bar.

1980. Cruising de William Friedkin, l’histoire d’un flic infiltré dans la communauté gay new-yorkaise, se voit amputé de quarante minutes jugées trop choquantes, les producteurs souhaitant éviter au film le classement X. Étrange projet que celui de James Franco et Travis Mathews : recréer cette séquence perdue, en imaginer le sulfureux contenu et la re-filmer avec des acteurs d’aujourd’hui.

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 18:52
Le héros d'Iwo Jima / The Outsider

Ira Hayes, Indien d’Amérique engagé chez les marines durant la Seconde Guerre Mondiale, devient héros de la nation en faisant partie du groupe de cinq soldats ayant hissé le drapeau américain sur les hauteurs d’Iwo Jima (épisode exploré par Clint Eastwood dans le beau Mémoires de nos pères en 2005). Le héros d’Iwo Jima (The Outsider), film méconnu de Delbert Mann, n’est réellement pas le récit de cet exploit – c’est l’« histoire vraie » d’un homme qui ne supporte pas l’absurdité de sa gloire soudaine, du traumatisme engendré chez lui par la guerre et la mort d’un camarade, et de son incapacité à renouer avec les siens à son retour.

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 18:42
Death Proof : back to the future

« Please don't dead end, please don't dead end », répète Kim (Tracie Thoms) comme un mantra, alors que sa bagnole s'engage sur un chemin à l'issue douteuse, à la fin de Death Proof. Et non, elle parvient finalement à retrouver la route et à reprendre l'époustouflante poursuite en voiture qui l'oppose au pervers Stuntman Mike (Kurt Russell). Death Proof est un film qui fuse, prenant à chaque instant le risque de se crasher. À première vue, le récit de Death Proof est dépourvu des circonvolutions temporelles qui sont l'une des marques du cinéma de Tarantino (exemplairement, le récit de Pulp Fiction avec ses flashes-backs et flashforwards à répétition). Son déroulé est linéaire et sa structure simple. Au lieu d'être emberlificoté, il est seulement (mais essentiellement) scindé en son milieu. Death Proof se replie sur lui-même à sa césure, la seconde partie étant comme un remake, version « happy end », de la première.

 

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 23:39

journal-de-france.jpg

 

Il y a plusieurs films dans Journal de France. Voyage et rétrospective, portrait d'un pays et déclaration d'amour tout à la fois, ce film à deux voix (celles de Raymond Depardon et de sa compagne et collaboratrice de toujours Claudine Nougaret) fait le pari de fondre en un seul deux projets de films.


Il y a, d'abord, Depardon qui s'offre un voyage en solitaire sur les routes de France, une expédition automobile durant laquelle il photographie inlassablement les lieux et les gens de la France des villes et des villages qu'il n'a cessé de raconter et d'inventer. Cet assez plaisant road trip est scandé d'images d'archives plus (les débuts derrière la caméra, Depardon filmant Nougaret) ou moins (extraits de ses célèbres et célébrés 1974 une partie de campagne, Reporters, 10e chambre instants d'audience...) inédites - que Nougaret, restée à Paris pendant ce temps, commente en un retour chronologique et linéaire sur la carrière de son cinéaste adoré.

La superposition de ces deux idées pour le moins dissemblables n'est cependant guère féconde et aboutit tristement à une œuvre extrêmement scolaire et répétitive où rien ne dialogue véritablement. Le voyage de Raymond et le récit de Claudine, le présent et le passé, sont juxtaposés sans que rien ne naisse de leur rencontre pourtant potentiellement « choc » (un bonhomme taiseux déambulant dans le désert français, le chaos du monde qu'il a autrefois capturé et raconté). Sous son titre très ronflant, rien ne se cache dans Journal de France qu'une rétrospective quasiment dénuée de point de vue : on peine à voir ce que ce « journal » nous apprend, sur la France, sur Depardon (à moins ne pas du tout le connaître) ou sur Nougaret. Si l'on entend par endroits, dans les commentaires de celle-ci en voix off, une tendresse et une admiration émouvantes, ils sont malheureusement dans l'ensemble d'une platitude lénifiante.

Par moments, nécessairement, on est pris en à peine quelques secondes par la puissance des images, même celles vues et revues, de Depardon - par l'actualité de son cinéma, par sa capacité à capter des bouts de réels fascinants et bouleversants. On n'avait cependant pas besoin de Journal de France pour cela. La partie la plus singulière et touchante du film reste le voyage de Depardon, son personnage de routier affable et modeste, ces instants où il commente ses propres gestes d'artiste, s'adresse à ses modèles ou fait une remarque discrètement mélancolique en arrêtant sa camionnette sur le bas-côté. Le film émeut également par endroits lorsqu'il nous dévoile ce qu'il a échoué ou renoncé à être : un vibrant autoportrait de couple (les images de Nougaret jeune filmée par Depardon sont magnifiques). C'est cependant bien peu au regard de la déception que fait naître ce Journal de France aux raccords artificiels et au déroulement redondant.

Il y a bien plusieurs films dans Journal de France. Mais Le portrait amoureux et la plongée dans l'histoire contemporaine de la France, le road trip de Raymond et le montage d'archives se parasitent les uns les autres, si bien que le film finit par s'effondrer et ne plus rien dire. Reste la singularité d'un regard de cinéaste, qui pointe par moment sous cette forme ingrate, et émeut malgré tout.

Notes sur le DVD


Un intéressant petit document, « La France de Raymond Depardon », dans lequel le cinéaste explicite le projet et la genèse du film




Sorti en DVD et Blu-Ray chez Arte le 5 novembre.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez d’autres oeuvres sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses que la liste liée au documentaire ou celle nommée sortie cinema]

 

25étoiles

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 22:36

On reprend les bonnes habitudes sur GTTM, avec le top intégral des fllms de l'année 2012. 127 films inédits vus en salles et/ou rattrapés en DVD avant le 31 décembre 2012 à 23h59min59s.

 

1. GO GO TALES d'Abel Ferrara

2. THE DAY HE ARRIVES / IN ANOTHER COUNTRY de Hong Sangsoo

4. TABOU de Miguel Gomes

5. LAURENCE ANYWAYS de Xavier Dolan
6. J. EDGAR de Clint Eastwood

7. LA CABANE DANS LES BOIS de Drew Goddard / TUCKER & DALE FIGHTENT LE MAL d'Eli Craig

9. THE WE AND THE I de Michel Gondry

10. SAUDADE de Katsuya Tomita

11. DAMSELS IN DISRESS de Whit Stillman

12. LES BETES DU SUD SAUVAGE de Behn Zeitlin / TAKE SHELTER de Jeff Nichols

14. WRONG de Quentin Dupieux

15. THREE STOOGES de Peter & Bob Farrelly

16. OSLO, 31 AOUT de Joachim Trier

17. LES ADIEUX A LA REINE de Benoit Jacquot

18. MARTHA MARCY MAY MARLENE de Sean Durkin

19. NINO, UNE ADOLESCENCE IMAGINAIRE DE NINO FERRER de Thomas Bardinet

20. 4h44, DERNIER JOUR SU TERRE d'Abel Ferrara

21. WEEK END d'Andrew Haigh
22. AVÉ de Konstantin Bojanov
23. LES LIGNES DE WELLINGTON de Valeria Sarmiento
24. HOLY MOTORS de Léos Carax
25. I WISH - NOS VOEUX SECRETS de Koreeda Hirokazu
26. CAMILLE REDOUBLE de Noémie Lovsky

27. ANNA KARENINE de Joe Wright / LES HAUTS DE HURLEVENT d'Andrea Arnold
29. LOOPER de Ryan Johnson
30. AU DELA DES COLLINES de Cristian Mungiu

31. LES ENFANTS LOUPS – AME & YUKI de Mamoru Hosoda
32. 21 JUMP STREET de Phil Lord & Chris Miller
33. UN MONDE SANS FEMMES de Guillaume Brac
34. COSMOPOLIS de David Cronenberg
35. JE SUIS d'Emmanuel Finkiel
36. LOW LIFE de Nicolas Klotz & Elisabeth Perceval
37. A PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse

38. MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson
39. ULYSSE, SOUVIENS TOI ! de Guy Maddin
40. MISS BALA de Gerardo Naranjo
41. WE BOUGHT A ZOO de Cameron Crowe
42. MILLENIUM de David Fincher
43. AMOUR de Michael Haneke
44. WALK AWAY RENEE de Jonathan Caouette
45. A MOI SEULE de Frédéric Videau
46. ADIEU BERTHE – L'ENTERREMENT DE MÉMÉ de Bruno Podalydès
47. BARBARA de Christian Petzold
48. TWIXT de Francis Ford Coppola

49. L'AMOUR ET RIEN D'AUTRE de Jan Schiomburg
50. YOUNG ADULT de Jason Reitman
51. SUGAR MAN de Malik Bendjelloul / LE SOMMEIL D'OR de Davy Chou
53. DANS LA MAISON de François Ozon
54. TED de Seth MacFarlane
55. LES CHANTS DE MANDRIN de Rabah Ameur-Zaimeche

56. 5 ANS DE REFLEXION de Nicholas Stoller
57. CLOCLO de Florent-Emilio Siri
58. LA DÉSINTÉGRATION de Philippe Faucon
59. LE HOBBIT – UN VOYAGE INATTENDU de Peter Jackson
60. KEEP THE LIGHTS ON d'Ira Sachs
61. LE GRAND SOIR de Benoît Delépine et Gustave Kervern
62. L'ÉTÉ DE GIACOMO d'Alessandro Comodin
63. LA COLLINE AUX COQUELICOTS de Goro Myazaki
64. SKYFALL de Sam Mendes
65. TATSUMI d'Eric Khoo
66. PROMETHEUS de Ridley Scott / JOHN CARTER
d'Andrew Stanton
68. LA VIDA UTIL de Federico Veiroj
69. L'ENFANT D'EN HAUT d'Ursula Meier
70. PIÉGÉE de Steven Soderbergh
71. THE DARK KNIGHT RISES de Christopher Nolan
72. SUR LA PLANCHE de Leila Kilani
73. CHERCHER LE GARCON
de Dorothée Sebbagh
74. LA PART DES ANGES de Ken Loach
75. HANEZU de Naomi Kawase
76. JACK REACHER
de Christopher MacQuarrie
77. HISTORIAS de Julia Murat
78. LES ACACIAS de Pablo Giorgelli
79. THE SAPPHIRES de Wayne Blair
80. CHEVAL DE GUERRE de Steven Spielberg
81. 38 TÉMOINS de Lucas Belvaux
82. LIKE SOMEONE IN LOVE d'Abbas Kiarostami
83. ROCK'N'LOVE de David MacKenzie
84. BELLFLOWER d'Evan Glodell
85. TWILIGHT 5 de Bill Condon
86. BOVINES d'Emmanuel Gras
87. DE ROUILLE ET D'OS de Jacques Audiard
88. L'OISEAU d'Yves Caumon
89. HUNGER GAMES de Gary Ross
90. BITCH SLAP de Rick Jacobson
91. CHRONICLE de Josh Trank
92. DARK SHADOWS de Tim Burton
93. PRES DU FEU d'Alenjandro Fernandez Almendras
94. LA TERRE OUTRAGÉE de Michale Boganim
95. ROCK FOREVER d'Adam Shankman
96. ANONYMOUS de Roland Emmerich
97. JANE EYRE de Cary Fukunaga
98. JASON BOURNE : L'HÉRITAGE de Tony Gilroy
99. ANOTHER HAPPY DAY
de Sam Levinson
100. HOWL de Rob Epstein & Jeffrey Friedman
101. BYE BYE BLONDIE de Virgine Despentes
102. INTO THE ABYSS de Werner Herzog
103. TO ROME WITH LOVE de Woody Allen
104. APRES MAI d'Olivier Assayas

105. ROYAL AFFAIRde Nikolaj Arcel
106. LA FEMME QUI AIMAIT LES HOMMESde Hagar Ben Asher
107. ET SI ON VIVAIT TOUS ENSEMBLE ?de Stéphane Robelin
108. L'ÂGE DE GLACE 4 de Steve Martino et Mike Thurmeier
109. PORTRAIT AU CRÉPUSCULEd'Angelina Nikonova
110. RENGAINE de Rachid Djaïdani
111. LA VÉRITÉ SI JE MENS ! 3
de Thomas Gilou
112. L'AMOUR DURE 3 ANS de Frédéric Beigbeder
113. AMERICAN PIE 4de Jon Hurwitz & Hayden Schlossberg
114. THE DESCENDANTSd'Alexander Payne
115. LE PARADIS DES BÊTESd'Estelle Larrivaz
116. ZARAFA de Rémi Besançon et Jean-Christophe Lie
117. SÉCURITÉ RAPPROCHÉEde Daniel Espinosa
118. PROJET X deNima Nourizadeh
119. COGAN - KILLING THEM SOFTLY d'Andrew Dominik
120. LA CHASSE de Thomas Vinterberg
121. KILLER JOE de William Friedkin
122. BEL AMI de
Declan Donellan & Nick Ormerod
123. LE CAPITAL de Costa Gavras
124. DETACHMENT de Tony Kaye
125. JE ME SUIS FAIT TOUT PETIT
de Cécila Rouaud
126. MA PREMIERE FOIS de Marie-Castille Mention-Schaar
127. 360 de Fernando Mereilles

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 19:45

  trishna-affiche.jpg


Inclassable Michael Winterbottom. Pour preuve, on trouve parmi ses derniers films sortis en France, un thriller (The Killer inside me), une road trip comique (The Trip), une film érotique (9 songs), un drame politique (Un cœur invaincu)... Inclassable et inégal, car pour quelques réussites, on trouve aussi dans sa filmographie des films d'une effrayante médiocrité (Un été italien, pour ne citer que lui). Aussi ne sait-on a pas vraiment à quoi s'attendre en lançant Trishna, adaptation libre de Tess d'Urberville de Thomas Hardy (comme l'était le Tess de Roman Polanski).

Winterbottom transpose l'action du roman de nos jours, dans la province indienne du Rajasthan où l'héroïne éponyme (Freida Pinto), paysanne pauvre, fait la rencontre d'un jeune homme fortuné, Jay (Riz Ahmed). Puis, c'est un mélodrame où la passion amoureuse va se heurter aux traditions, aux rapports de classe et à la cruauté inattendue de Jay. Sujet tout autant banal et cliché que potentiellement sublime.

On déchante rapidement tant le film est d'emblée dépourvu de la moindre passion, de la moindre fougue, non seulement dans la mise en scène (indigente), mais aussi dans le récit même. Le réalisateur se contente de filmer quelques saynètes expliquant le contexte à chaque fois que celui-ci change, avant de lancer une ellipse platement illustrative matinée de musique, Bollywood style. On a rarement vu manière aussi paresseuse de marquer le passage du temps dans un film. Les inconséquences du récit sont terribles car elles noient l'éventuel propos sociologico-politique du film (la dualité tradition/modernité, un regard sur l'Inde contemporaine), mais aussi tout intérêt pour le destin des personnages, et notamment celui de Trishna elle-même.

S'attacher à une jeune femme dont les rêves et les ambitions sont sans cesse menacés et brisés par l'ordre social, rien de plus facile a priori. Et pourtant. À aucun moment cette héroïne insupportablement passive et soumise ne suscite la moindre empathie. C'est que le récit est tellement elliptique et allusif qu'il ne donne jamais l'occasion d'accéder à l'intériorité de ses personnages. Et quand Winterbottom se permet, sans même nous avoir autorisé à l'aimer quelque peu, de torturer son héroïne au cours de quelques séquences affreusement voyeuristes, le film, de médiocre devient carrément obscène. La pauvre Freida Pinto n'a alors plus grand chose à défendre... Même réflexion du côté du personnage masculin, profondément antipathique et dont on ne comprend jamais les changements d'humeur (Winterbottom a semble-t-il fondu en un seul plusieurs personnages distincts du roman de Hardy).

Et l'Inde dans tout ça ? Winterbottom se complaît dans un exotisme franchement agaçant. Il se contente de capter platement les décors (pittoresques, évidemment), les couleurs (vives et nombreuses, naturellement) et les musiques (typiques, constamment). On ne voit rien de l'Inde, ou si peu : palais sublimes versus slums délabrés, séquences Bollywood versus naturalisme de pacotille... Impossible alors de comprendre en quoi l'idée de greffer l'esprit européen de Tess sur l'Inde d'aujourd'hui et sur Bollywood a le moindre intérêt. Clairement, elle n'en a pas, en tout cas pas sous cette forme, et pas dans ce film indigne, grossier et désagréable.

Notes sur le DVD

En bonus, un entretien avec le réalisateur qui évoque notamment son attachement au roman de Thomas Hardy et son point de vue sur la pertinence d'une adaptation en Inde. Peu fouillé, mais pas inintéressant, il permet de mettre en perspective l'échec total du film...

 

Sorti le 18 octobre chez Bac Films.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films dans la catégorie Film d'amour]

 

1-etoile.jpg 

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 16:13

etudes-sur-Paris.jpg

 


Études sur Paris est un film retrouvé. Très bien reçu à sa sortie en 1928, et même déjà perçu comme le document précieux, le poème urbain avant-gardiste qu'il est effectivement, il tombe pourtant dans l'oubli pendant des décennies avant d'être l'objet d'un travail de réhabilitation et de restauration aboutissant aujourd'hui à l'édition par Carlotta de ce très beau DVD. Son auteur ? Le bordelais André Sauvage, artiste multiple (poète, écrivain, peintre) et tristement oublié. Études sur Paris est son troisième film.

Sauvage y propose une visite du Paris des Années Folles. Cinq visites successives, en fait, puisque le film est scindé en cinq parties, géographiques et thématiques : « Paris-Port », « Nord-Sud », « Îles de Paris », « Petite Ceinture », « De la tour Saint-Jacques à la montagne Sainte-Geneviève ». Le cinéaste adopte une attitude de promeneur, de flâneur, à la recherche tout à la fois de la bizarrerie, du sordide, de la beauté et de la drôlerie de la ville. Flâneur, cela ne veut pas dire touriste, au contraire. Le regard cherche à épuiser tous les aspects d'une ville protéiforme et en mutation. Monuments, voies de communication (rues, fleuve, voies ferrées), lieux de travail (commerces, chantiers) ou de loisirs (parcs, piscine), tout est observé avec la même attention. Le film nous plonge dans le présent d'une ville, avec ces moments saisis au vol, ces images furtives de lieux et de personnes qui auront disparu demain. C'est bouleversant.

Mais bien entendu, Études sur Paris est bien plus qu'un simple témoignage d'une époque. Ce qui frappe et bouleverse également (et même surtout), c'est la puissance visuelle du film, son incroyable inventivité formelle. On sent la fascination du cinéaste pour les signes de la modernité qui se multiplient dans la ville et se coulent dans la matière même du film. En cela, et en beaucoup d'autres points, Études sur Paris fait évidemment penser à L'homme à la caméra de Dziga Vertov, avec son montage astucieux, volontiers poétique et abstrait sans pour autant être trop « signifiant ».

Les vues urbaines de Sauvage ne sont jamais statiques. La caméra est régulièrement placée sur des supports en mouvement (notamment des bateaux), ou bien au milieu d'éléments mobiles (comme dans ces plans fascinants de rues où se bousculent les gens et les véhicules). Vitesse et mouvement sont les maîtres mots d'un film à la fois monumental et aérien, imposant et léger. Cette fresque urbaine aux vertus hypnotiques fait d'André Sauvage l'égal de Vertov ou de Vigo (À propos de Nice) pour rendre justice à l'incroyable pouvoir de captation du réel qui est celui du cinéma.

 

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Notes sur le DVD


La très belle édition DVD de Carlotta inclut un très instructif livret revenant sur le parcours et l’œuvre de l'artiste, ainsi que sur la réception du film à l'époque. En bonus, des rushes et des morceaux retrouvés de films divers tournés par Sauvage entre 1923 et 1930.

Côté documentaire, La traversée du Grépon, dont seules sept minutes ont subsisté, présente d'impressionnantes images d'alpinisme. Bien que leur valeur cinématographique ne soit pas exactement manifeste, on ne peut s'empêcher d'être ému par ces tout petits bouts de film, seuls restes d'une œuvre désormais perdue et qu'on ne pourra jamais juger dans son ensemble. Même chose pour Portrait de la Grêce (dont les extraits encore existant sont tout de même plus conséquents – environ une demie heure). Comme dans Études sur Paris, Sauvage tente d'embrasser les facettes multiples du pays, visitant à la fois les lieux vivants (le présent, la ville, les travailleurs) et les lieux « morts » (plans « touristiques » de monuments célèbres).

Pour finir, deux plaisantes fictions qui révèlent le goût du cinéaste pour le burlesque. Edouard Goerc à Cély est un amusant portrait à la fois vaudevillesque et mélodramatique, dans lequel Sauvage tient le rôle principal. Quant à Pivoine déménage, avec Michel Simon en clochard, c'est une « scène de la vie parisienne » qui pourrait être un complément fictionnel et parlant des Etudes. (le film était sonore mais sa bande son a disparu, ô ironie !). Dans les deux cas, les films amusent mais valent également pour leur aspect documentaire, escapade à la campagne d'un côté, belles vues urbaines de l'autre.


[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films, dans les catégories Documentaire et Meilleurs films] 

 

45étoiles

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:44
SMOKING / NO SMOKING

Travelling avant sur un paquet de cigarettes. Fumera, fumera pas ? Selon la décision que prendra le personnage de Sabine Azéma, toute son existence et celle de sa famille, de ses amis, de ses voisins, en seront modifiées. D'où deux films. On s'arrête là ? Non, car à l'intérieur de Smoking et de No smoking, d'autres décisions seront prises par d'autres personnages qui dessineront elles aussi des destins différents. Douze en tout.

Smoking/No smoking est l'adaptation de huit pièces du dramaturge anglais Alan Ayckbourn regroupées sous le titre Intimate Exchanges et que l'auteur se plaît à appeler une « orgie théâtrale ». Un projet de cinéma fou (Resnais souhaitait à l'origine en faire huit films différents) qui ne surprend pas si l'on connaît le goût du cinéaste pour les films multiples et les récits entrelacés, d'Hiroshima mon amour aux Herbes folles en passant par La vie est un roman.

 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:31

FESTIVAL DE CANNES 2012 - Un Certain Regard

 

Selon que l'on sache ou pas en quoi consiste le fait divers dont le Belge Joachim Lafosse a tiré le scénario de son dernier film, il y a de fortes chances pour que l'impression laissée par À perdre la raison soit radicalement différente. Le film démarre comme la chronique d'un amour banal mais beau entre deux trentenaires, Emilie Dequenne et Tahar Rahim, dont les relations vont rapidement être compliquées par la figure très envahissante du père adoptif de ce dernier (Niels Arestrup).

La progression dramatique d'À perdre la raison est remarquable. Alors que l'on commence au bout d'un moment à se demander où cette histoire va bien nous mener, l'attention est maintenue par une tension permanente, une montée en puissance extrêmement bien orchestrée par le cinéaste. Trop bien peut-être : le film devient à terme un peu trop programmatique, et probablement davantage si l'on sait de quelle terrible histoire est adapté le film. La linéarité est ici à la fois une faiblesse et une force : l'intrigue est péniblement prévisible, mais troublante parce qu'inéluctable.


http://photo.parismatch.com/media/photos2/5-photos-festival-de-cannes/un-certain-regard2/a-perdre-la-raison2/4768163-1-fre-FR/a-perdre-la-raison2_galleryphoto_paysage_std.jpg

 

Tandis que la vie familiale devient un carcan étouffant et que l’héroïne sombre progressivement et de manière très réaliste dans la maladie mentale, on sent imperceptiblement que le film ne pourra s'achever que dans l'horreur. L'écriture très fine des personnages y est pour beaucoup, ainsi que l'interprétation de haute volée. Dequenne est sublime, toute de fébrilité et de douleur rentrée. Quant à Rahim et Arestrup, ils rejouent sur un mode mineur leurs liens père-fils très ambigus déjà tissés dans Un prophète de Jacques Audiard.

Les personnages restent tous dignes, même si Lafosse se place nettement du côté des femmes ; il accompagne avec empathie chaque pas de son héroïne. Il nous fait vivre l’oppression, l'étouffement qu'elle ressent, entourée de ces hommes aux personnalités toxiques et perverses. Tout en restant simple et discret dans sa mise en scène, le réalisateur parvient à des moments de grâce, tels l'avant-dernier plan, absolument saisissant et bouleversant. Une œuvre très maîtrisée et fascinante.

 

35étoiles

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 16:50

Du 29 juin au 10 juillet, la 10ème édition du Festival Paris Cinéma agitera la capitale avec sa programmation éclectique : huit films en compétition, des avant-premières en tout genre, des rétrospectives Leos Carax, Raul Ruiz, Olivier Assayas, Johnnie To, et un focus sur le cinéma hong-kongais.

Mais ce qu'il y a de vraiment exceptionnel pour moi cette année ? Je ferai partie du jury des blogueurs et du web en compagnie de quatre autres célèbres plumes de l'internet cinéphile :
Chris pour Accreds
Fred de Les nuits du chasseur de films
Valérie pour Shunrize
Noémie pour Mauvaises Langues 

 

http://2.bp.blogspot.com/-1oqhICKVAlM/T-xBAfKZVaI/AAAAAAAAAqM/ZwR_WTeoV5I/s320/sans-titre-1.jpg

 

Récit épique et critiques à la pelle à venir, donc.

À voir :
Le programme de la compét'.
Le festival live sur Vodkaster. 

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