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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 10:50

Le Palmarès 2007

Palme d'or 4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu

Grand Prix La forêt de Mogari, de Naomi Kawase

Prix du soixantième anniversaire Gus Van Sant (Paranoid Park)

Prix d'interprétation féminine Jeon Do-Yeon pour Secret Sunshine, de Lee Chang-Dong

Prix du scénario Fatih Akin, pour De l'autre côté

Prix de la mise en scène Julian Schnabel, pour Le Scaphandre et le papillon

Prix d'interprétation masculine Konstantin Lavronenko pour Le Bannissement, d'Andrei Zviaguintsev

Prix du Jury (ex-aequo) Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et Lumière silencieuse, de Carlos Reygadas

Caméra d'or Les Méduses, de Etgar Keret et Shira Geffen et une mention spéciale : Control, d'Anton Corbijn

BILAN SUBJECTIF

Une sélection ouverte et de qualité

La principale qualité de la sélection cannoise de cette année fut d'offrir une sélection de films d'une grande variété : des vieux de la vieille et des jeunots, des films traitant de sujets extrêmement divers, des genres très variés. Du film série B au thriller, de la comédie musicale au drame famillial, de l'animation au film en costume, le festival a cette année mis un point d'honneur a célébré tous les cinémas. L'Asie, l'Europe de l'Est, ont ainsi pris une place considérable et relativement nouvelle dans la sélection officielle - et dans le Palmarès, nous le verrons. Une sélection courageuse : 13 des 22 films ont été ceux de réalisateurs jamais présents à Cannes auparavant. La qualité fut également au rendez-vous. Je n'ai personnellement vu que deux (très bons) films cannois, mais les échos des bloggeurs comme des journalistes sont extrêmement favorable, pour les films de réalisateurs reconnus comme ceux des jeunes cinéastes. Partant de ce constat, le jury composé de personnalités de qualité a dû faire face à un choix, qui ne fut semble-t-il - et on peut le comprendre - pas simplement artistique.

Les américains et les "cannois" boudés

La plupart des américains présents sur la Croisette, pourtant sélectionnés de façon importante (Gray, Fincher, Tarantino, les Coen brothers...) sont repartis bredouille de leur excursion, et ceci malgré les qualités indéniables de leurs films, dont les critiques ont souvent été extrêmement positives. Je trouve cependant assez pitoyable le chantage auquel se sont adonné certains producteurs américains, mauvais perdants, du genre "si c'est ça, on ne reviendra pas l'an prochain". Le cinéma américain n'a pas le monopole du festival. Julien Schnabel,du réalisateur du film français Le Scaphandre et le papillon, repart tout de même avec le prix de la mise en scène et le prix du 60e anniversaire est remis à Gus Van Sant pour Paranoïd Park et/ou l'ensemble de son oeuvre. Mais on le voit bien, le jury a fait un autre choix que celui de récompenser les habitués de Cannes : les invités systématiques (Wong Kar Waï par exemple), voire les déjà palmés (Tarantino, Kusturica etc.). On assiste à un passage de témoin à une nouvelle génération de cinéaste, en rupture totale avec un Palmarès 2006 qui avait fait la part belle à des anciens comme Loach et Almodovar.

No country for old men (Joel & Ethan Coen)

Un Palmarès cosmopolite et engagé

Le Palmarès de ce 60e festival de Cannes a donc été l'occasion pour Frears, cinéaste ô combien engagé, et ses acolytes de donner un coup de pouce à des cinémas en pleine éclosion et qui ont certainement plus besoin de soutien que les Coen ou David Fincher... En ce sens j'approuve ce Palmarès par ailleurs certainement pas exempt de considérations esthétique et cinématographique. La Palme d'Or 4 mois, 3 semaines et 2 jours, le film roumain de Cristian Mungiu est un film en partie politique, qui fait le portrait d'une société déshumanisée, tout comme De l'autre côté du germano-turc Fatih Akin constate l'état actuel du monde et pointe du doigt les frontières meurtrières entre Orient et Occident, et tout comme Persépolis offre un regard original sur l'Iran islamiste. Ce sont donc des films qui présentent un constat désabusé et regard puissant sur notre monde, dans une visée d'engagement que je veux saluer, qui ont bien souvent été récompensés, et l'on peut comprendre le choix de ses films face à des Américains dont le cinéma est bien souvent un commentaire de lui-même et non un interface vers le reste du monde - ce qui n'enlève rien, bien évidemment, à ses qualités. N'oublions pas non plus le cinéma asiatique qui avec le japonais La forêt de Mogari et le sud-coréen Secret Sunshine s'est fait une place de choix. Certes le jury a plutôt oublié les films euphorisants (Les Chansons d'amour, par exemple, ou le Tarantino) et a récompensé un cinéma plus intellectuel et grave. C'est ainsi. En tout cas, il me semble qu'il a respecté un certain esprit du festival. Il ne faut pas oublier que sans des manifestations comme Cannes, les cinémas des petits pays seraient bien souvent délaissés.

Cinéma de divertissement contre films "prise de tête" ?

Il est clair que cette année cannoise a bien souvent offert des films obscurs voire abscons, qualifiés par certains critiques d'ennuyeux à mourir, de désespérément lent, de "prise d'otage" (puisque c'est beau, il faut aimer) tandis que d'autres s'extasiaient sur la beauté des plans et la profondeur du message. En m'en tenant à ceux récompsés par le jury, je pense notamment à Lumière silencieuse, de Carlos Reygadas, à La forêt de Mogari, de Naomi Kawase ou encore au Banissement d'Andrei Zviaguintsev. Les films "de divertissement", déjà épurés de la sélection - officielle ou non - sont absents du Palmarès. Il semble loin le temps où l'on osait récompenser des films qui pouvaient provoquer une plaisir immense au spectateur lambda tout en respectant des exigences "auteuristes" et artistiques remarquables (je pense à Pulp Fiction, Palme en 94). Il y a fort à parier que les films de ce Palmarès 2007 ne rencontreront pour la plupart pas un grand succès en salle. C'est dommage, mais il est intéressant que Cannes continue à soutenir des auteurs en devenir, des artistes exigents, un cinéma exempt de considérations commerciales. C'est pourquoi je reste sur ma position et tire de ce Palmarès un bilan plutôt positif, qui offre à la Roumanie une Palme méritée pour son cinéma en pleine expansion et au monde entier une ouverture vers de nouvelles perspectives et de nouvelles exigences en matière de 7e art.

4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu



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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 14:14
Date de sortie : 23 Mai 2007
Réalisé par Christophe Honoré
Avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroianni
Film français.
Genre : Comédie musicale
Durée : 1h 40min.



Ismaël et Julie. Ismaël, Julie et Alice. Alice et Gwendal. Julie... Erwann. Ismaël et Erwann. L'amour sur tous les tons, c'est ce que raconte toutes les chansons d'amour.

Le genre : enchanté

Un bonheur. Une merveille de grâce, d’espièglerie, de gravité, de pudeur et d’humour. Avec Les chansons d’amour, Christophe Honoré réussit le pari risqué de faire un film vrai, moderne et d’esprit populaire tout en respectant les codes de la comédie musicale et les références imposantes qu’ils impliquent. Il le revendique d’ailleurs, lui qui dit ne pas aimer le cinéma « amnésique ». On pense alors essentiellement à Jacques Demy pour cette grâce, cette élégance et cette capacité à saisir l’esprit d’un lieu à travers des personnages et une intrigue délicieusement racontés. Ce que Demy a fait avec Rochefort, Cherbourg, Nantes, Honoré le réussit avec le 10ème arrondissement de Paris, mais sans le parer de mille artifices, simplement en le filmant dans sa réalité, sociale, culturelle, voire politique : les affiches de ciné sont celles de films qu’on a vu cette année (le tournage a eu lieu en janvier-février), les SDF ont froid la nuit, la rose socialiste se flétrit, Sarkozy triomphe déjà. Les chansons d’amour est un film au présent, qui nous parle de nos vies. Un film extrêmement moderne, donc, qui raconte aussi la manière dont les mœurs amoureux se sont redessinés, en ce début de XXIème siècle : on y chante l’amour et le sexe sur tous les tons, à deux, à trois, homo, hétéro, passager, durable, en famille, entre amants, en amis. C’est la vie qui est célébrée. Les délicieuses chansons d’Alex Beaupain, toutes des pépites pop à la Etienne Daho célébrant la sensualité joyeuse (« Embrassez-vous sur moi, hm hm ») ou triste (« Du bout de ta langue nettoie-moi partout »), parcourent le film avec un naturel bluffant. La fantaisie de la comédie musicale permet à Honoré de s’affranchir de pathos ou de réalisme exacerbé. Les chansons d’amour est avant tout un film libre. Les mouvements deviennent chorégraphies, les dialogues, poèmes. Les répliques ('écrites', comme on dit, mais tellement bien !) s’intègrent avec bonheur dans un univers à la fois réel et fantasmé. On n’est pas exactement chez Demy : dans Les demoiselles de Rochefort par exemple, on chantait comme on parlait (voir les mélodies de Michel Legrand qui respectait l’intonation des voix). Ici, c’est plutôt que l’on parle comme on chante. Et c’est tout aussi merveilleux. Mais il n'y a pas que ça : après une demi-heure de charme espiègle et faussement futile, le drame s'insinue et dévie la trajectoire du film. Il nous tombe dessus, comme ça. Et Honoré sait aussi nous parler du malheur. Le deuil, et la manière dont chacun parvient à s’en sortir, à faire avec, est au cœur de son œuvre. Pas de misérabilisme, juste la vie qui continue, cruelle ou douce, mais toujours surprenante. Les acteurs tous impeccables, beaux, sensuels, humains, ajoutent à la douceur et au charme de ce grand film populaire qui, tout en convoquant tour à tour Nouvelle Vague et références musicales, reste un conte moderne et subtile qui fait souffler un vent de liberté et d'innovation infini sur le cinéma français, sur le cinéma mondial, sur l’art, sur le monde.





>>> A lire : l'adorable critique de Fab sur Passion Scopik.


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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 15:27

Date de sortie : 01 Septembre 2004
Réalisé par Olivier Assayas
Avec Maggie Cheung, Nick Nolte, Béatrice Dalle
Film français, canadien, américain, britannique.
Genre : Drame
Durée : 1h 50min

ARP Sélection

Quand on n'a pas le choix, on change. Emily n'a qu'une obsession : récupérer son fils, que ses beaux-parents élèvent loin d'elle. Pour y parvenir, il faudra qu'elle reconstruise sa vie... qu'elle devienne clean.

Le genre : drame sobre

Sous la caméra amoureuse d'Olivier Assayas, Maggie Cheung crève l'écran (prix d'interprétation à Cannes en 2004) dans ce film terriblement humain sur le deuil, l'espoir, l'absence et le retour, l'amour, le temps qui a passé, la rédemption enfin. Le mari d'Emily, ancienne éfigie du rock indépendant, meurt d'une overdose et la laisse à son désespoir. Elle doit refaire sa vie, se débarrasser de la drogue, trouver de l'argent, pour pouvoir retrouver son fils. Clean raconte un parcours vers le retour à soi, qui ne se fait pas sans souffrance et sans sacrifice. Assayas filme avec un tact exceptionnel les péripéties, si futiles, si cruelles, si décisives que trouve Emily sur sa route. Elle rencontre des personnages qui, eux aussi, font ceux qu'ils peuvent pour s'accommoder avec le réel : il y a les opportunistes (Jeanne Balibar, formidable), les keep-cool (Béatrice Dalle, tout autant), ceux qui préfèrent ignorer le malheur des autres (le producteur Tricky dans son propre rôle !). Au milieu de tout ça, il y a l'amour maternel qui n'est pas vécu comme naturel par Emily mais qui sera reconquis par une prise de conscience de la nécessite de se retrouver d'abord soi-même. A ce titre, le personnage du beau-père (Nick Nolte, extrêmement juste) apparaît comme idyllique : toujours plein de tact, de bonne volonté, prévenant. On ne peut pas s'empêcher de se dire que, dans la vie, ça ne se serait peut-être pas passé comme ça. Mais c'est aussi ce qui fait la force de ce film : un optimisme latent, réconfortant. Les derniers seront les premiers, en quelque sorte. Et puis, l'amour de la musique. Maggie n'a pas tout laissé derrière elle pour récupérer son fils : sa passion, son talent, sa seule vraie drogue, en somme, c'était cela. La musique est son premier et son dernier amour. En cela, Clean n'est pas un film moralisateur. Il distille simplement, sans didactisme, dans ses moments de cruauté comme d'espoir, un formidable discours sur la beauté de l'humain, sur sa perfectibilité. Un film qui croit à ce point en la rédemption ne peut que rester dans les mémoires.

Maggie Cheung. ARP Sélection

Maggie Cheung. ARP Sélection



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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 16:36

Voici l'adresse msn de Quentin Tarantino... du moins dans le rêve que j'ai fait cette nuit ! Je l'ai hébergé dans mon appart (pas vraiment le mien d'ailleurs mais c'était le mien, enfin vous voyez...) pendant le tournage d'un film et après on est devenus potes, on faisait plein de trucs cools ensemble. Ensuite il devait partir mais il était triste (si si !) et il m'a donné son adresse msn pourqu'on puisse parler.

Moi je dis c'est cool, même si c'est juste en rêve, d'avoir un pote comme celui-là !



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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 13:26
SND        

Affiche de Nos jours heureux (2006) / Affiche de Je déteste les enfants des autres (2007)

Encore une fois un manque d'imagination flagrant : mêmes couleurs, mêmes personnages, même paysage. D'autant plus que les deux comédies sont thématiquement très proches et sortent à la même période de l'année : succès équivalent ? Rien n'est moins sûr !


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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 01:11
Date de sortie : 17 Mai 2007
Réalisé par David Fincher
Avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Anthony Edwards
Film américain.
Genre : Thriller
Durée : 2h 36min.

Affiche teaser américaine. Warner Bros.

Rencontrez Zodiac, l'insaisissable tueur en série qui sévit à la fin des années 60 et répandit la terreur dans la région de San Francisco. Prodigue en messages cryptés, il semait les indices comme autant de cailloux blancs, et prenait un malin plaisir à narguer la presse et la police. Il s'attribua une trentaine d'assassinats, mais fit bien d'autres dégâts collatéraux parmi ceux qui le traquèrent en vain. Robert Graysmith, jeune et timide dessinateur de presse, n'avait ni l'expérience ni les relations de son brillant collègue Paul Avery, spécialiste des affaires criminelles au San Francisco Chronicle. Extérieur à l'enquête, il n'avait pas accès aux données et témoignages dont disposait le charismatique Inspecteur David Toschi et son méticuleux partenaire, l'Inspecteur William Armstrong. Le Zodiac n'en deviendrait pas moins l'affaire de sa vie, à laquelle il consacrerait dix ans d'efforts et deux ouvrages d'une vertigineuse précision...

Le genre : de main de maître

Un putain de polar comme on en avait pas vu depuis longtemps, et qui a tout pour devenir un classique du genre. David Fincher, réalisateur assez culte de Seven, Fight Club, The Game et quelques autres, parvient ici à une maturité étonnante avec ce film relativement classique, sobre et débarrassé de tout effet de style. L'affaire du Zodiac qui a défrayé la chronique à San Francisco pendant des années et fait perdre la tête à des dizaines d'enquêteurs fait ici l'objet d'un traitement d'une grande intelligence, avec la concentration de l'intrigue sur trois personnages : Paul Avery, journaliste, David Toschi, policier et Robert Graysmith, dessinateur de presse. Tous trois vont voir leur vie bouleversée par leur obsession pour le serial killer et ses étranges manifestations. Le polar est mené avec une grande efficacité, sur un rythme relativement lent, d'autant plus que l'action se déroule sur plusieurs dizaines d'années (d'où les 2h40 de film), mais qui convient parfaitement à l'atmosphère de tension extrême, de doute et d'angoisse du film. Mais l'aspect proprement serial killer se concentre seulement sur quelques scènes vraiment flippantes et d'une violence paradoxalement élégante, pour ensuite laisser place à l'enquête et surtout aux enquêteurs. Ce à quoi Fincher s'intéresse en fait, c'est la traque elle-même, qui devient obsessionnelle, et ce qu'elle engendre d'irrationnel chez les personnages : Toschi préfère renoncer, Avery se réfugie dans l'alcool, Graysmith s'éloigne de sa famille (voir Chloë Sévigny, impuissante face à l'obsession de son homme). Mis en scène avec une sobriété qui ne le rend que plus percutant, Zodiac offre des séquences d'une rare intensité, comme cette scène dans le sous-sol d'un suspect, où la peur le dispute à la fascination. Jamais pesante mais toujours appropriée, la BO la plus classieuse de la décennie vient couronner le tout : la scène d'introduction rythmée par le Soul Sacrifice de Santana est tout simplement magistrale. Sans oublier le sublime Hurdy Gurdy Man de Donovan, comme un leitmotiv. Voici donc un film remarquable de maîtrise, de finesse et de puissance, doté d'un certain humour et soutenu par un trio d'acteur parfait (Robert Downey Jr, Mark Ruffalo, Jake Gyllenhaal). Fincher a de plus le bon goût de laisser même à la fin planer le doute sur l'identité du meurtrier, ce qui constitue la meilleures des façons de confirmer que Zodiac est un film d'une grande classe et que ce qui compte après tout, plus que la révélation finale, c'est le chemin parcouru.

Jake Gyllenhaal et Robert Downey Jr.. Warner Bros. France

Jake Gyllenhaal et Chloë Sévigny. Warner Bros. France


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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 15:50
Date de sortie : 19 Mai 1993
Réalisé par Jane Campion
Avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill
Film néo-zélandais, australien, français.
Genre : Drame
Durée : 2h 1min

Palme d'or - Festival de Cannes



Au siècle dernier en Nouvelle-Zelande, Ada, mère d'une fillette de neuf ans, s'apprète à suivre son nouveau mari au fin fond du bush. Il accepte de transporter tous ses meubles à l'exception d'un piano qui échoue chez un voisin illettré. Ne pouvant supporter cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier. Regagner son piano touche par touche en se soumettant à ses fantaisies.

Le genre : mélo grotesque

Je n'adhère pas du tout. Vraiment pas. Jane Campion, d'ordinaire réalisatrice de talent, nous livre ici un film aux bonnes intentions, muni de quelques débuts d'idée, mais qui n'a brillé pour moi que par sa vulgarité et la médiocrité de son propos. Bien sûr, c'est très (trop ?) joli dans l'ensemble (costumes et décors), certes il y a quelques beaux moments, Campion sait tenir une caméra, pas de doute là-dessus. Oui, certains symboles sont d'une grande puissance, même s'ils ont tendance à être trop répétés (le piano sur la plage, les mains d'Ada). Et oui, Holly Hunter offre une performance plus que convaincante pour ce rôle difficile, son prix d'interprétation à Cannes est mérité. Mais non. Au bout du compte, La leçon de piano est un film assez nombriliste qui semble nous crier « regardez comme mon sujet et mon personnage sont géniaux ». Certes oui mais leur traitement est non seulement d'une banalité sans nom (qu'apporte le handicap du personnage à l'intrigue ?) mais aussi d'une grossièreté rare. La première heure passe encore : le personnage d'Ada relativement touchant, la belle idée du piano vendu touche par touche et la montée d'un désir plutôt malsain laissaient présager un mélo pas déshonorant. Mais je ne peux pas adhérer à la dérive « syndrome de Stockholm version Harlequin » du scénario, qui fait de ce Piano le film le plus anti-féministe que j'ai vu depuis longtemps (j'imagine pourtant que ce n'était pas l'intention de la réalisatrice) : Ada tombe tout de même amoureuse du type qui lui faisait du harcèlement sexuel ! Que la libération sexuelle et sentimentale d'une femme passe par un quasi-viol, c'est quand même un comble... Cet aspect véritablement malsain, additionné aux rebondissements souvent grotesques et à un happy end très malvenu, m'a fait détesté la deuxième heure du film. Les situations y sont gratuites et incohérentes, la cruauté que l'on veut nous faire ressentir est de l'ordre du grotesque : le doigt coupé que la fille d'Ada porte à son amant, et pire, Ada chutant dans l'eau entraînée par son piano (le pire, c'est qu'elle n'en meurt pas...). A l'exception d'Ada, qui possède une petite épaisseur (merci Holly Hunter), les personnages sont inintéressants au possible, le mari comme l'amant, sans parler de la fillette insupportable. Quant aux dix dernières minutes assez stupides, elles ne font que démontrer que La leçon de piano n'est au bout du compte que l'histoire conventionnelle et plutôt niaise d'un amour compliqué, comme on en a vu mille. Mais cette perversité larvée, vraiment... En tout cas je ne vois dans ce film ni « romantisme à fleur de peau » ni « drame passionnel d’une beauté rare », mais prétention, ennui, vulgarité. En plus de ça, la musique est de la pure guimauve.



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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 16:47
Date de sortie : 19 Avril 2006
Réalisé par James McTeigue
Avec Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea
Film américain.
Genre : Science fiction, Action, Thriller, Fantastique
Durée : 2h 10min.

Affiche américaine. Warner Bros.

Londres, au 21ème siècle. Evey Hammond ne veut rien oublier de l'homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n'aspirait qu'à l'anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans. Une nuit, alors que deux "gardiens de l'ordre" s'apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant. Son apprentissage commença quelques semaines plus tard sous la tutelle de V. Evey ne connaîtrait jamais son nom et son passé, ne verrait jamais son visage atrocement brûlé et défiguré, mais elle deviendrait à la fois son unique disciple, sa seule amie et le seul amour d'une vie sans amour...

Le genre : no pasaran

Un blockbuster d'une intelligence surprenante. Dans un Londres de science-fiction à l'ambiance cauchemardesque, le tyran Sutler a installé sa dictature sans merci. Le film analyse la situation avec brio, montrant la soumission apeurée des citoyens, les méthodes populistes des pouvoirs en place, la manipulation et la terreur ambiantes. V for Vendetta raconte aussi la naissance d'une conscience, celle d'Evey (Natalie Portman) qui décide (mais est-celà une réelle liberté ?) d'entrer en révolte contre un totalitarisme qui l'a déjà détruite. Sa relation ambigüe avec V, chef de file de la résistance locale, est le centre du film. La nature de leurs liens est maintes fois interrogée, ce qui donne une profondeur intéressante aux personnages. Natalie Portman et Hugo Weaving (sous son masque en permanence !) sont excellents : envoûtants, authentiques, émouvants. De plus, le film évite avec malice tout manichéisme : pour V, la fin justifie les moyens. Pour Evey, âme encore innocente que le système corrompra nécessairement, tout ceci est plus difficile. Voici donc un film qui allie l'efficacité du blockbuster d'action à une intelligence scénaristique certaine, qui développe des thèmes primordiaux, tels que les nécessaires sacrifices et compromissions qu'engendre toute lutte. Doté d'un bon rythme, émaillé de répliques marquantes (Remember, remember the fifth of November) ou cocasses (le monologue en V est assez jubilatoire), V for Vendetta offre quelques moments purement jouissifs pour qui se sent quelque peu un esprit révolutionnaire. Les décors de cette Londres futuriste sont remarquablement angoissants et offrent un théâtre parfait à ce film qui plaira autant à des amateurs de cinéma engagé ou de lutte qu'à des passionnés d'action.

Natalie Portman. Warner Bros.

Natalie Portman et Hugo Weaving. Warner Bros.


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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 00:55
Date de sortie : 02 Mai 2007
Réalisé par Sarah Polley
Avec Julie Christie, Gordon Pinsent, Olympia Dukakis
Film canadien.
Genre : Drame, Romance
Durée : 1h 45min

La Fabrique de Films

Fiona et Grant sont mariés depuis 45 ans, ils ont surmonté les épreuves, l'usure du temps et s'aiment tendrement. Pourtant, Fiona a des pertes de mémoire de plus en plus fréquentes. Apprenant qu'elle souffre de la maladie d'Alzheimer, elle décide de se faire admettre en maison spécialisée. Grant ne sait comment gérer cette séparation, rongé par la culpabilité. Impuissant, il regarde Fiona s'éloigner de lui et tomber amoureuse d'un autre patient. Grant arrivera-t-il à gérer la situation et ses sentiments ?

Le genre : l'amour n'a pas d'âge

La charmante actrice canadienne Sarah Polley passe pour la première fois derrière la caméra. L'expression 'coup d'essai, coup de maître' est souvent utilisée à tort et à travers, pourtant elle s'adapte parfaitement à ce Loin d'elle, film d'une justesse et d'une maturité étonnantes, surtout si l'on songe que la réalisatrice n'a pas encore trente ans. L'amour version troisième âge est un thème difficile, en particulier si la maladie d'Alzheimer vient y mettre son grain de sel, et il aurait été aisé de tomber dans le mélodrame du genre 'sortez les violons'. Mais ici, point. Bien que le récit s’organise autour du schéma de la maladie, Loin d'elle n'est pas un film clinique, ni misérabiliste. Le récit de la dégénérescence du personnage central ne se change jamais en voyeurisme et donne naissance à de précieux instants de grâce. On assiste ainsi à des scènes d'une grande intensité, avec le beau portrait de personnages confrontés à l'obligation du choix et au nécessaire retour sur le passé. Les acteurs y sont pour beaucoup : la grande dame Julie Christie (Docteur Jivago, Farenheit 451) est superbe, la voir se défaire de l'intérieur de façon si convaincante est une véritable épreuve. A ses côtés, Gordon Pinsent est littéralement bouleversant. Ils forment un couple d'une présence exceptionnelle. Les personnages secondaires ne sont pas ignorés pour autant et possèdent une identité et une puissance propre : l'infirmière sensible (Kristen Thompson), la femme culpabilisée (Olympia Dukakis), le touchant vieil homme malade (Michael Murphy). Les chassés-croisés amoureux développés par le scénario ne tombent jamais dans le mauvais goût, et le parcours du personnage de Grant est traité avec une grande finesse et une grande douceur, en particulier à travers des dialogues hautement émouvants. C'est aussi et surtout à une réflexion sur les pouvoirs de l'amour, la tragédie de l'oubli, le poids du temps et la vie qui continue que la cinéaste prend le temps de nous inviter. La mise en scène d'une sobriété remarquable offre quelques moments lyriques et presque oniriques (de belles lumières, les paysages enneigés). La beauté du film nous apparaît alors dans toute son évidence. On a rarement l'occasion de voir des films d'une telle sensibilité. Rien que pour cela, Loin d'elle est à ne pas manquer.

Julie Christie et Gordon Pinsent. La Fabrique de Films

Julie Christie et Gordon Pinsent. La Fabrique de Films


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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 10:06
Date de sortie : 15 Janvier 1992
Réalisé par Pedro Almodovar
Avec Victoria Abril, Marisa Paredes, Miguel Bosé
Film français, espagnol.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 53min.



Apres des années d'absence, Becky Del Paramo, célèbre chanteuse pop des années soixante, rentre à Madrid. C'est pour trouver sa fille, Rebecca, mariée à un de ses anciens amants, Manuel. Becky comprend vite que le mariage de Rebecca est un naufrage surtout quand Manuel lui propose de reprendre leur ancienne relation. Une nuit, Manuel est assassiné...

Le genre : sonate d'été

Le motif du film : un duo, ou plutôt un duel, entre Becky et sa fille Rebeca, répété à l'envie, et sur tous les tons. La tendresse pleine de rancœur, les quatre vérités, la confession tragique, Almodovar décline avec talent les multiples faces de cette relation ambigüe et nous entraîne avec ses personnages dans un tourbillon de péripéties toutes plus farfelues les unes que les autres. Le cinéaste estampillé spécialiste des femmes prend soin de ne pas juger ses personnages et dresse des portraits d'une incroyable vérité. La direction d'acteurs est, comme d'habitude chez Almodovar, parfaite : Victoria Abril et Marisa Paredes (la reine du cinéma espagnol, dixit Pedro) sont véritablement troublantes. A côté d'elles, les rôles secondaires ne sont pas en reste : Miguel Bosé, le toujours juste Javier Bardem ou encore Bibi Andersen offrent une composition de grande qualité. Talons aiguilles est une tragédie tintée de moments de comédie, ou l'inverse, un policier matiné de drame familial. Cette confusion des genres fait la force du film, qui ne tombe jamais dans le sentimentalisme qu'aurait pu appeler ce genre de sujet. L'émotion véhiculée par des personnages d'une grande intensité le dispute au rire provoqué par des répliques ou situations hilarantes, souvent burlesques (Becky à sa fille, dont le mari vient d'être assassiné : « Tu dois vraiment apprendre à régler autrement tes problèmes avec les hommes »). L'allusion faite à un moment par Rebeca au Sonate d'automne d'Ingmar Bergman, est plus qu'un clin d'oeil furtif car tout le film est bâti sur cette référence, et Talons aiguilles analyse avec autant de génie mais plus de dérision les effets dévastateurs de l'absence d'une mère. Les deux magnifiques chansons de Luz Casal ajoutent à la mélancolie de l'ensemble. Almodovar l'iconoclaste réussit encore une fois son coup, avec ce film délicieux, politiquement incorrect, qui mélange les genres avec un bonheur perceptible.




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