Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 23:01

Samedi dernier au Grand Rex a eu lieu l'avant-première de Donoma, film fauché fait avec presque rien et que son équipe défend avec un enthousiasme assez incroyable (le « Donoma Guérilla Tour » parcourt actuellement les routes de France). Une croisade qui a toute ma sympathie. La séance était un vrai bonheur, et la salle incroyablement réceptive, interagissant avec les personnages et le film, ce qui me l'a rendu d'autant plus excitant. Mais, surtout, au delà du buzz et du marketing « viral » mis en place par le réalisateur Djinn Carrénard autour de l'idée que Donoma a été réalisé avec seulement 150€, le film est tout simplement une merveille, un truc jamais vu, stupéfiant.

Donoma
est un film choral qui suit le destin de nombreux personnages, dont les histoires individuelles se recoupent de manière plus ou moins évidentes. Une prof d'espagnol et le cancre de sa classe s'affrontent tout en se découvrant une étrange attirance sexuelle ; une photographe entame une relation avec un inconnu, mais refuse qu'ils s'adressent la parole ; une adolescente un peu marginale s'interroge sur la spiritualité. Le nœud thématique de ces intrigues réside dans les relations de désir et/ou d'amour entre hommes et femmes. Tous les personnages sont magnifiques, et le film leur offre un espace de liberté complètement dingue. Donoma se fait par ailleurs une joie de revisiter quelques uns des topoï du cinéma français (le film de couple, le film de banlieue, le naturalisme...) en décapitant dans un geste désarmant nombre de stéréotypes, qu'ils soient « sociologiques » ou formels.

 

http://www.jewanda-magazine.com/wp-content/uploads/2011/02/donoma-djinn-carrenard.jpg

 

Le film est une succession de blocs en plans-séquences, que Carrénard étire à l'envi afin de laisser se déployer la parole de ses personnages, celle de ses acteurs qui improvisent des dialogues d'une naturel hallucinant. C'est une merveille à entendre que cette langue en liberté, en mouvement. Donoma est un grand film sur le langage, les langages, leur pouvoir et leur insuffisance. Sur ce plan, il y a une certaine filiation avec le cinéma d'Abdellatif Kéchiche (qui a d'ailleurs déclaré être fan de Donoma, qu'il considère comme une révolution pour le cinéma français). Le débit, le ton, la posture des acteurs sont à chaque instant fascinants, la façon de dire les mots participe du sens même de ces mots. La tchatche dans Donoma est portée à un degré ultime où les mots se font à la fois hilarants et bouleversants, foutraques et précis, légers et profonds.

On peut évidemment regretter un certain nombre d'imperfections techniques qui n'apportent rien formellement : le point de la caméra, notamment, n'est jamais fait ou est modifié en cours de scènes, le flou suscitant une sensation souvent désagréable. Filmé n'importe comment (techniquement du moins), Donoma est absolument bordélique, rempli à ras bord et fonctionne beaucoup à l'énergie, en particulier celle insufflée par son incroyable troupe d'acteurs. Dans ce genre là, Donoma défonce d'ailleurs allègrement la gueule de Polisse, film mille fois moins sincère, mille fois moins nécessaire, mille fois moins beau. Djinn Carrénard, lui, a déjà tout compris au cinéma, et son film prend merveilleusement la mesure de ce qu'est la vie, tout simplement. Un film forcément imparfait, donc, mais d'une liberté bouleversante.

45étoiles-copie-1

Repost 0
Published by Anna - dans Nouveautés
commenter cet article
25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 01:11

Un « film choc », une « claque », un « coup de poing », voilà le genre de qualificatifs qui reviennent régulièrement pour désigner Polisse, le dernier film de Maïwenn Le Besco, au succès déjà assuré. Cette immersion dans le quotidien de la Brigade de Protection de Mineurs est un portrait de groupe de flics au grand cœur qui voient défiler chaque jour dansleurs bureaux des cas plus sordides et révoltants les uns que les autres.

Sauf que ces cas ne semblent pas être le sujet profond du film, Polisse devenant rapidement un simple catalogue de toutes les horreurs rencontrées à la BPM. Les enfants et adolescents qui défilent dans le commissariat ne sont donc jamais des personnages à part entière, seulement des figures prétextes (à émouvoir, à signifier) que l'on se permet de croquer parfois méchamment en quelques plans - l'adolescente au look gothique qui a fait une fugue, ou encore la jeune fille qui a fait une fellation pour récupérer son téléphone portable et qui est à l'origine d'une scène de fou rire très embarrassante. Le spectateur est placé en totale connivence avec tous les flics, sans recul aucun. Les enfants ne sont utilisés quasiment que comme des éléments de scénario qui servent à faire avancer les intrigues entre les personnages. Un exemple : si l'ado violée - dont on ne sait rien - accouche d'un bébé mort, c'est avant tout pour que dans la scène suivante, le personnage de Marina Foïs puisse révéler toute sa haine de soi en donnant son propre prénom au bébé. La séquence de l'accouchement en soi est très puissante, mais cette juxtaposition est consternante.

Le regard de Maïwenn sur les membres de la BPM est très univoque : tous les petits flics de la brigade sont des merveilles d'humanisme et de bonne volonté, tandis que la hiérarchie est lâche et cherche à protéger les puissants (l'intrigue avec Louis-Do de Lencquesaing en immonde pervers est grotesque). On ne doute pas un instant des bonnes intentions de Maïwenn, de son désir sincère de nous immerger dans une certaine « réalité sociale ». Mais sa sincérité et son indéniable énergie n'en sont pas moins maladroites, et conduisent à des scènes à la limite de l'obscénité (tout le monde a déjà parlé de la scène où les enfants roumains qui viennent d'être enlevés à leurs parents se mettent à danser dans le bus qui les emmènent loin d'eux, mais je le répète : c'est une horreur). En outre, la volonté naturaliste ou « documentaire » ne parvient pas à dissimuler une certaine artificialité, dans le typage des personnages mais aussi dans sa construction générale, qui alterne de manière un peu forcée les moments lourds et édifiants, et les instants de répit légers et drôles. Une volonté d'équilibre et de compensation de scènes entre elles, calibrée pour que le film plaise à tous, mais peu convaincante sur la longueur et surtout terriblement clichée.

 

http://www.artistikrezo.com/images/stories/redac3/Stephen_Warbeck_-_bande_originale_de_Polisse_film_de_Maiwenn_Le_Besco_.jpg

 

Polisse est cependant rendu supportable par sa troupe d'acteurs assez fascinante, totalement en roue libre certes mais pleine d'une énergie bordélique qui séduit par intermittences. Il faut dire que le film passe son temps à nous demander d'acquiescer devant leur talent collectif. Néanmoins, bien qu'assez caricaturaux et typés (il y a l'arabe, la lesbienne, l'intello, le beauf etc.), les personnages parviennent à exister, même ceux qui ont un temps à l'écran plus réduit que d'autres (Duvauchelle, Bercot, Elkaïm). Ils sont écrits un peu à la manière de personnages de série télé, par petites touches, et ce traitement est assez convaincant quoique paradoxal. Ainsi le mauvais soap menace toujours et advient parfois. Notamment avec la romance sans intérêt qui s'installe entre le personnage de Maïwenn (une photographe venue faire un reportage sur la brigade) et Joeystarr. Cette position d'observatrice extérieure que s'attribue la réalisatrice aurait pu être relativement intéressante - miroir de la position de la cinéaste vis-à-vis de son sujet - mais finit par devenir extrêmement envahissante.

Beaucoup de choses inutiles, naïves et même un peu bêtes dans ce film, donc. Beaucoup de gros plans interminables, d'affreux tire-larmes, de scènes fausses et calculées, de plans scandaleusement irréfléchis. Polisse est un trop-plein totalement bordélique, mais pas de ceux qui séduisent, non. De ceux, indigestes, qui génèrent un malaise poisseux et désagréable. Polisse verse ainsi parfois dans des séquences très douteuses ou embarrassantes. Parfois, certes, pour le meilleur (la scène de l'interrogatoire de Sandrine Kiberlain est très forte), mais plus souvent pour le pire (le consternant montage parallèle final, entre autres).

Sous ses airs de film radical et choc, Polisse reste pourtant le cul entre deux chaises, entre puissance de révolte et démagogie entendue, entre désir de naturalisme et sensationnalisme forcé. Un film auto-satisfait qui, malgré sa générosité revendiquée, donne la sensation de faire son beurre sur le dos des personnages secondaires (les enfants) au profit des principaux (les stars qui défilent en continue). Génant.

15etoile.png

Repost 0
Published by Anna - dans Nouveautés
commenter cet article
17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 23:28

 

 

Après un documentaire somme sur Bob Dylan, No direction home, et un film de concert un peu plus léger consacré aux Rolling Stones (Shine a light), Martin Scorsese poursuit son travail de documentariste des légendes du rock en se penchant cette fois-ci sur l'histoire des Beatles, et plus particulièrement de celui qu'on appelait le Beatle tranquille, George Harrison.

Living in the material world
couvre la vie du guitariste des Fab Four de sa naissance à Liverpool au début des années 40 à sa mort d'un cancer des poumons il y a exactement dix ans. Si la chronologie est à peu près suivie, elle est parfois décousue et certaines périodes sont survolées quand d'autres sont fouillées avec précision. Le film dure environ 3h30 et se compose de deux parties, la première traitant principalement de l'histoire des Beatles et s'achevant en 1968 ; la seconde brossant un portrait plus général de l'artiste avec les repères chronologiques que sont la séparation des Beatles, l'album All things must pass, le concert pour le Bangladesh, la séparation d'avec sa femme Pattie et la rencontre d'Olivia, le « supergroupe » Travelling Wilburys dans les années 80 et enfin sa maladie.

En tant que fan et connaisseuse (j'ose le croire) de l'histoire des Beatles, je m'attendais à préférer la seconde partie à la première (plus intéressante et inédite pour moi a priori). Ce n'est pas ce qui s'est passé. Bien que la première partie réutilise des images déjà connues (surtout si l'on a vu Anthology, la série de documentaires « officielle » sur les Beatles), elle présente tout de même un grand intérêt et quelques documents absolument incroyables. Par exemmple, l'interview d'Astrid Kircherr, photographe allemande et amie intime des Beatles, qui présente des photos inédites sublimes et bouleversantes (notamment Harrison et John Lennon dans l'atelier de peinture de l'ex bassiste du groupe, Stuart Stucliffe, peu de temps après son décès). De plus, sur la forme le film est particulièrement bien monté et pertinent, avec un rythme intéressant qui épouse à la perfection la musique et les émotions véhiculées par les interviews et les archives présentés.

La seconde partie se concentre sans doute d'avantage sur l'homme George Harrison et fait par conséquent défiler des pans entiers de sa vie à une vitesse un peu perturbante. Il s'agit de traiter de trente ans de carrière, contre à peine dix dans la première partie, ce qui donne un aspect un peu survolé à l'ensemble. Le propos se concentre sur la philosophie personnelle d'Harrison, son rapport à la spiritualité, à la méditation etc. D'un point de vue personnel, ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus et j'aurais aimé entendre davantage parler de musique et de création – il y a un excellent passage, cependant, sur le soutien inconditionnel d'Harrison aux Monty Python et à leurs films.

Living in the material world
est un très beau film, cependant il me semble inférieur à No direction home, et ce pour deux raisons. D'abord, leurs personnages respectifs : Bob Dylan se prête d'autant plus à un portrait qu'il est une personnalité totalement surréaliste, mutante et mystérieuse, fascinante et très cinégénique. Ici en revanche, les intervenants se bornent à dire que George avait deux facettes : la spirituelle et la terrienne. Rien de bien transcendant, si je puis dire. Deuxième raison : Bob Dylan n'est pas mort, et No direction home n'est par conséquent pas un hommage à proprement parler. À l'inverse, l'éloge funèbre qui clôt Living in the material world est quelque peu pesant et superflu à mon sens.

Même s'il ne satisfera entièrement, à mon avis, ni les fans « hardcore » (trop de choses passées sous silence) ni les néophytes (tant la chronologie est parfois malmenée sans explication, et les différents intervenants pas vraiment présentés), Living in the material world reste un document passionnant et pertinent. Au final, le film ne constitue pas une biographie mais bien un portrait disparate et par endroits saisissant du Quiet Beatle.

35etoiles.png

Repost 0
Published by Anna - dans Nouveautés
commenter cet article
1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 01:18

[Cet article marque la résurrection de Goin' to the movies (n'en déplaise à mymp qui me disait il y a peu avec une choquante nonchalance : « ben t'as qu'à arrêter ton blog ! ») et il s'agit du premier publié sur over-blog. Excusez si la critique n'est pas terrible, c'est dur de s'y remettre.]

 

Pourquoi faire un film muet en 2011 ? Pour répondre à cette question, il faut d'abord se demander : comment faire un film muet en 2011 ? La solution la plus convenue serait d'en faire une parodie, au second degré attendu, sur le mode de la connivence avec un spectateur contemporain forcément plus dupe des conventions vieillies du cinéma muet. Heureusement, c'est Michel Hazanavicius qui est aux manettes de ce projet un peu dingue, lui qui n'a plus à prouver son talent de pasticheur. The Artist est donc un pastiche amoureux, un hommage au premier degré à un cinéma aimé. Autrement dit, au delà d'un dispositif singulier qui cherche à retrouver tous les codes d'un certain cinéma muet (américain, en l'occurrence), il s'agit avant tout de raconter une histoire. Le format 1.33, le noir et blanc et les intertitres sont des signes distinctifs du muet qui menacent à tout instants de créer une distance ironique entre le film et le spectateur - pourtant l'identification et l'attachement aux personnages et à l'histoire fonctionne tout de même.

http://justicehasbeendone.files.wordpress.com/2011/05/dujardin-bejo-the-artist.jpg


The Artist est avant tout une histoire de personnages et d'émotion. Les interprètes excellent à nous inviter dans l'univers du film : Dujardin met parfaitement à profit ses mimiques expressives, et Bérénice Béjo est ravissante et délicieuse de naturelle. L'intrigue de The Artist émeut pour elle même mais sert aussi à une méditation sur ce qu'est le cinéma, puisque celui-ci est au cœur du scénario. Scénario qui entretient un grand nombre de similarités avec celui de Chantons sous la pluie : amours entre un acteur célèbre du cinéma muet et une jeune actrice débutante, chronique de Hollywood au moment du passage du muet au parlant, et des déboires rencontrés alors par certains comédiens. Hazanavicius joue sur les mises en abyme : nous regardons un film muet dans lequel on voit des films muets, ce qui génère à chaque fois des modes de représentation différents (mise en scène et interprétation sont davantage « over the top » dans « les films dans le film » que dans la « réalité » du film). Un vertige ludique qui donne lieu à quelques idées assez géniales, comme cette scène où Dujardin rêve « en sonore ».

Le film est de manière générale très drôle, déployant des ressorts comiques assez divers, notamment le burlesque canin (si si). Un millier de petits détails malins le parcourent, même si leur accumulation lasse parfois : ils deviennent alors des gadgets, et il arrive au film de retomber dans l'exercice de style. Le dispositif du film se retourne donc par moments contre lui. D'autre part, The Artist n'est pas exempt de longueurs, notamment dans sa partie « mélodrame » qui voit la chute de son héros. En revanche, sa conclusion m'a enchantée : après tout, un film qui s'achève sur le salut par la comédie musicale, si je puis dire, mérite tous les éloges ! Finalement, The Artist séduit et émeut au delà de ses intentions un peu trop explicites. Pourquoi, donc, faire un film muet en 2011 ? Parce que c'est avant tout du cinéma et que celui-ci est plus fort que tous les dispositifs.

3etoiles.png

Repost 0
Published by lecinedeanna - dans Nouveautés
commenter cet article
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 15:06


Repost 0
Published by lucyinthesky4
commenter cet article
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 01:19

FESTIVAL DE CANNES 2011 - En compétition

Deux ans après le mélodrame jusqu'au-boutiste qu'était Étreintes brisées, Almodovar change de genre. La piel que habito est un thriller hyper-sexuel à la limite de la science-fiction voire du fantastique, un objet étrange, hybride et fascinant.

Trop dévoiler l'intrigue serait dommage tant son caractère incroyable fait partie des plaisirs pervers que procure le film. Il s'agit, en gros, d'un chirurgien (Antonio Banderas) qui séquestre chez lui une jeune femme (la sublime Elena Anaya) qui lui sert de cobaye humain. Hanté par le souvenir de sa femme et de sa fille décédées, il teste notamment sur elle une peau humaine « révolutionnaire », censée être très résistante. L'intrigue met du temps à se mettre en place, on se dit presque que la première partie est laborieuse, mais tout bascule ensuite de manière stupéfiante et éclaire ce qui a précédé d'une lumière nouvelle. Le scénario joue, en particulier, très habilement avec l'identification, qui bascule à chaque aller-venu dans le temps, du « bourreau » à la « victime ».

On retrouve bien Almodovar à travers des thématiques telles que l'ambiguïté sexuelle, mais aussi et surtout des motifs formels, comme cette usage incroyablement pop des couleurs. Avec La piel que habito, Almodovar porte son cinéma à un niveau de romantisme et d'incandescence assez hallucinant. La mise en scène, qui emprunte parfois à l'esthétique du giallo et évoque beaucoup Hitchock dans son accomplissement très hollywoodien, est époustouflante, chaque instant du film constitue une mini-événement plastique, que ce soit un homme dévalant un escalier ou une femme passant les morceaux de tissu de ses robes déchirées à l'aspirateur. Le seul reproche que l'on pourrait alors faire au film, c'est qu'à force de virtuosité, il se pare d'une certaine froideur qui met un peu l'intrigue à distance et gène l'attachement émotionnel.

La piel que habito est en tout cas un film impressionnant de maîtrise et d'intelligence. Almodovar n'en finit pas de confirmer son génie singulier de cinéaste trans-genre(s).




À voir aussi sur le blog
Films de Pedro Almodovar : Talons aiguilles, Volver


35étoiles

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Vus en festival
commenter cet article
25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 00:35
FESTIVAL DE CANNES 2011 - En compétition

Michael est un employé de bureau exemplaire, un célibataire endurci qui vit seul chez lui une vie bien rangée et routinière. Le soir en rentrant chez lui, il mange, regarde un peu la télé, puis descend à la cave, dans laquelle il séquestre depuis des semaines un petit garçon... Vaguement inspiré de plusieurs histoires de pédophilie qui ont secoué l'Autriche ces dernières années, le film de Markus Schleinzer se veut dérangeant, et il l'est en partie.

Pour son premier long-métrage, le cinéaste impressionne certes par sa maîtrise formelle. Markus Schleinzer a été longtemps collaborateur de Michael Haneke, et cela se voit. De ce dernier, on retrouve dans Michael une volonté de toujours mettre la violence hors champ ; on voit mal d'ailleurs comment il aurait pu en être autrement, compte tenu du caractère irreprésentable du crime pédophile. Le film déploie donc une esthétique « de la porte fermée », qui finit par le rendre répétitif et lourd à force de s'expliciter (« regardez comme j'ai bien utilisé mon hors champ ! »). Michael fait dans l'épure, et le refus de toute psychologie : le cinéaste observe les comportements sans empathie aucune pour les personnages.

Le cinéaste fait de constants efforts pour rester « moralement correct », pour qu'on ne puisse jamais lui reprocher la moindre complaisance ou abjection. Et en effet, le film est irréprochable à ce niveau là. Il souhaite choquer, évidemment, mais pas à n'importe quel prix. Cependant, cette absolue rigueur vire rapidement à la rigidité ; le film se trouve corseté dans ses partis pris et finit par ennuyer. Devant tant de soin, on finit tout simplement par se demander quel est l'intérêt véritable du film. Sa thèse majeure est que le pédophile est un homme « banal », que personne ne pourra jamais soupçonner, que donc la monstruosité est d'autant plus dangereuse qu'elle se cache à l'intérieur même de la normalité. Certes...

Si le film est bien un objet maîtrisé et intéressant, il reste fermé sur lui même, froid, stérile, univoque et impropre à susciter la réflexion.

25étoiles
Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Vus en festival
commenter cet article
24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 12:59
FESTIVAL DE CANNES 2001 - Un Certain Regard

Un film d'une heure vingt en noir et blanc, sans véritable scénario, décrivant quelques jours de l'errance d'un jeune cinéaste raté dans Séoul et ses rencontres amicales et amoureuses : il n'en faut pas plus pour que l'on classe The day he arrives dans la catégorie des films fragiles, voire mineurs. Pourtant, à force de films fragiles et mineurs, le très prolifique Coréen Hong Sangsoo (jusqu'à deux films par an) finit par dessiner une véritable œuvre de cinéaste majeur.

The day he arrives, c'est, encore une fois, le plaisir immense de retrouver le petit monde de Hong Sangsoo, ses personnages paumés mais malins, ses histoires de filles, de garçons, d'amour, de vin et de bouffe. Le cinéaste fait partie de ceux dont on dit qu'ils font toujours le même film ; on le dit comme un reproche, mais c'est en réalité un miracle que de pouvoir retrouver régulièrement ces petites variations si vivantes et émouvantes, et ce même charme, cette spontanéité, cette humour. On dit aussi qu'Hong Sangsoo est le plus français des cinéastes coréens et cette fois-ci, on n'a pas tort : il filme Séoul comme les cinéastes de la Nouvelle Vague filmait Paris, et est le digne héritier de Rohmer pour l'art si subtil de filmer une conversation.


The days he arrives est un film extrêmement drôle, qui se moque gentiment de la sentimentalité de son personnage tout en la décrivant avec la plus grande sincérité. Ces élans du cœur un peu naïfs deviennent bouleversants sous le regard bienveillant d'Hong Sangsoo. Le protagoniste (double du cinéaste) est seulement de passage à Séoul : le film retranscrit le caractère éphémère de son expérience, qui en fait à la fois la beauté et la tristesse. C'est un peu comme dans La marine, ce poème de Paul Fort mis en musique par Brassens : « Toutes les joies, tous les soucis des amours qui durent toujours, on les retrouve en raccourci dans nos petites amours d'un jour ». Ce petit film fragile et mineur, finalement, eh bien c'est celui qui m'a le plus émue cette année à Cannes.

À voir aussi sur le blog
Films de Hong Sangsoo : Night and day


45étoiles

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Vus en festival
commenter cet article
22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 20:44
FESTIVAL DE CANNES 2011 - En compétition

Melancholia
est une histoire de fin du monde. Le très controversé danois Lars Von Trier nous invite à assister aux derniers instants de la Terre par le prisme d'une famille en crise. Son film parvient à allier sécheresse et lyrisme pour livrer une méditation sans appel sur la finitude et le chaos.


Le film commence par un prologue cosmique et très pictural de quelques minutes, qui annonce l'apocalypse à venir. Nous ne pouvons alors que regarder la suite avec la certitude de la catastrophe imminente, le film devenant chronique des derniers instants du monde. Melancholia se découpe ensuite en deux parties bien distinctes, indiquées par des intertitres. La première s'attache plus particulièrement au personnage de Justine (Kirsten Dunst), une jeune femme profondément dépressive dont le mariage tourne au fiasco. La seconde porte notre attention sur la sœur de cette dernière, Claire (Charlotte Gainsbourg) alors qu'elle fait face à l'annonce de l'apocalypse à venir (la planète Melancholia va percuter la Terre et l'anéantir). Le lien entre ces deux parties n’apparaît d'abord pas de manière évidente. Les personnages sont les mêmes, mais l'absence de relation temporelle et thématique entre ces deux segments de récit laisse perplexe (il n'est quasiment pas fait d'allusion aux événements de la première partie dans la seconde).

Cependant, une même puissance s'étend sur l'ensemble du film et l'on finit par comprendre : mélancolie et menace de la fin du monde sont présentées dans chaque partie sous des jours différents mais complémentaires. Dans la première, ce sont le désespoir et la lassitude qui étouffent le personnage de Justine, l'apocalypse à venir n'étant au fond que la fin de toute chose, la mort, qui viendra un jour ou l'autre. De la manière la plus quotidienne qui soit (un mariage raté, une famille dysfonctionnelle, les exigences absurdes d'un patron), Lars Von Trier nous renvoie à la vanité de toute vie. Par la suite, l'apocalypse prend une forme plus explicite, et devient une menace cosmique dont on connaît l'inéluctabilité. Coup de génie ici que de caster Kiefer Sutherland, éternel Jack Bauer, dans le rôle du mari de Claire qui se révélera incapable de sauver le monde, ni même d'anticiper la catastrophe à venir ! C'est aussi dans cette certitude de la mort imminente que Justine devient plus sereine, sa dépression rejoignant in fine l'état du monde.


Le film est terrible parce qu'il dit qu'au fond ce sont les dépressifs qui ont raison, que la mélancolie est la seule façon lucide de regarder le monde, ce dernier courant immanquablement au néant (c'est Justine, par exemple, qui sait qu'il n'existe pas de vie ailleurs dans l'univers). Melancholia est donc un film de désespoir profond. Ce qui n'empêche pas Lars Von Trier de parvenir à faire vivre ses personnages, trouvant tout particulièrement en Justine son double à l'écran. Kirsten Dunst y est filmée comme elle ne l'a jamais été – elle n'est plus l'habituelle femme enfant, mais une femme lasse et torturée, complexe et déjà vieille, absolument magnifique. Le cinéaste prend d'ailleurs dans Melancholia le parti des femmes, ce sont elles qui sont au centre du film, elles qui restent jusqu'au bout. Manière, peut-être, pour Lars Von Trier de réponde aux accusations de misogynie dont il avait fait l'objet avec Antichrist.

Loin des blockbusters apocalyptiques, Melancholia met en scène une fin du monde sur le mode intime, isolé, où le destin de deux femmes résume au final celui de l'humanité toute entière. Un film terrifiant, implacable, sans issue, qui ne peut que s'achever dans un grand fracas et un silence de mort.

À voir aussi sur le blog
Films de Lars Von Trier : Antichrist


4étoiles

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Vus en festival
commenter cet article
22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 12:12
FESTIVAL DE CANNES 2011 - En compétition

En 2008, Sean Penn, président du jury au Festival de Cannes, offrait le Prix du Jury à l'Italien Paolo Sorrentino pour Il divo, fiction politique, qui fascinait davantage pour son sujet et son personnage que pour sa mise en scène pleine de tics. Cette année, l'acteur a le rôle principal dans le premier film américain du cinéaste, This must be the place. Penn y joue Cheyenne, une rock star dépressive qui n'a pas joué depuis vingt ans et part sur les routes après le décès de son père, à la recherche du nazi qui avait humilié ce dernier lorsqu'il était prisonnier d'Auschwitz.

Malgré un sujet potentiellement cool, This must be the place est un désastre, sur la forme comme sur le fond. Pourtant, le film démarre de façon relativement plaisante, faisant le portrait d'une famille hybride et rigolote, avec notamment Frances McDormand, très drôle et très belle. Puis Sorrentino abandonne tout ce beau monde et se perd en chemin dans un road movie existentiel d'une banalité sans nom. Le film se prétend original (détails prétendument cocasses, effets de mise en scènes ringards) mais reste de bout en bout profondément conventionnel. Formellement, This must be the place est d'une grande lourdeur, parfois à la limite de la laideur – Sorrentino se regarde filmer comme rarement. Quant à Sean Penn, il cabotine comme ça ne se fait plus, voix fluette et démarche apathique constituant les deux principes sans nuances de son interprétation.

Sean Penn. ARP Sélection

Mais le pire, c'est que le film prétend donner des leçons de vie et de morale qui s'avèrent très bêtes. Il faudrait faire signer à tous les cinéastes une charte dans laquelle ils s'engageraient à ne parler de la Shoah que si cela est absolument consubstantiel et nécessaire à leur propos. Car cela finit par être très dérangeant que le génocide juif serve sans cesse de prétexte, de justification, à tous les films qui souhaitent se prévaloir d'un fond un peu sérieux. Surtout que This must be the place s'achève de façon abjecte et détestable, filmant complaisamment le corps nu et décharné d'un nazi enfin puni, puis revenant sur Sean Penn qui ressemble enfin à Sean Penn, débarrassé de son maquillage et de sa tignasse, libéré par cette vengeance. Que c'est beau, que c'est profond ! Non, c'est nul.

À voir aussi sur le blog
Films de Paolo Sorrentino : Il divo


15étoile

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
commenter cet article

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche