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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 00:21

Je propose que nous arrêtions désormais de nous étonner à chaque nouveau film du niveau d'insignifiance et d'inintérêt atteint par le cinéma de Klapisch, car cela fait désormais trois fois de suite (Les poupées russes, Paris et aujourd'hui Ma part du gâteau) que le cinéaste confirme qu'il a perdu sa verve satirique et son talent pour brosser des portraits, qu'ils soient réalistes ou cocasses. Ceci dit, il faut bien avouer que Ma part du gâteau atteint dans le domaine des clichés et des facilités de scénario un niveau assez hallucinant.

Steve est un trader sans état d'âme dont la seule aspiration dans la vie est de faire le plus d'argent possible, et que cela soit aux dépens des autres ne le dérange en rien. De son côté, France (prénom très lourdement symbolique) est une ouvrière et mère courage du Nord subitement mise au chômage et qui, après un épisode dépressif, se reprend en main et devient femme de ménage à Paris. Elle est évidemment embauchée par Steve, sans savoir qu'il est le responsable de la fermeture de son usine. Les portraits contrastés des deux protagonistes, mis en évidence dès le début par un montage alterné de leurs deux vies ô combien différentes, sont d'emblée très caricaturaux. Chaleur de France contre froideur de Steve, petite maison accueillante contre grand appartement vide et terne, vie de famille aimante contre célibat agressif, combativité et joie de vivre contre cynisme et ennui. France est une gentille ouvrière courageuse, Steve est une ordure immorale et odieuse (voir la séquence assez dérangeante à Venise où il emmène une jeune mannequin).

Le tableau est dressé, et il n'est pas subtil. La rencontre entre les deux aurait pu cependant être efficace et amusante (après tout, la comédie repose souvent sur la caricature) mais Klapisch ne parvient jamais à lui donner la moindre saveur. Les dialogues sont d'une lourdeur rare et le comique souvent très appuyé. Le cinéaste rate le greffage du commentaire social sur la comédie (ou de la comédie sur le commentaire social), si bien que le film ne trouve jamais son identité propre. On ne doute pas de la sincérité de Klapisch mais sa maladresse est terrifiante. Phénomène qui déteint également sur les interprètes : Gilles Lellouche est égal à lui-même, totalement fade. Karin Viard quant à elle est toujours talentueuse mais elle est en roue libre tout du long (exemple avec une embarrassante scène où elle braille avec un ridicule accent russe afin de se faire passer pour une immigrée dans sa formation de femme de ménage).

Gilles Lellouche & Karin Viard. StudioCanal

Malgré la consternation que suscite le film, deux choses incitent à l'indulgence : d'une part la mise en scène plutôt nerveuse et légère de Klapisch, sans génie aucun mais qui évite d'en rajouter à la pesanteur incroyable de son scénario ; d'autre part, un final très surprenant, une bifurcation soudaine de l'intrigue, du ton et du propos qui éveille enfin l'attention. Alors qu'on craignait la réconciliation bébête sur le mode de la comédie romantique facile, Ma part du gâteau bascule totalement dans autre chose, et l'on se croirait presque, soudain, chez Ken Loach. C'est quasiment un autre film qui commence, comme si Klapisch préférait terminer sur un hors-sujet plutôt que sur un happy end ou un statu quo exaspérants d'angélisme. Ces vingt dernières minutes intéressent à défaut de convaincre et on les apprécie surtout par contraste avec la nullité totale de ce qui les précède. C'est dire...

15étoile

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 23:31
Eh oui, c'est déjà la fin de ce fort sympathique festival virtuel organisé par Chris. En voici les résultats, dominés par Black swan (youpi!) et Le discours d'un roi (mouais...).

Twentieth Century Fox France

Flocon d'or :
BLACK SWAN

Meilleur acteur :
COLIN FIRTH
dans Le discours d'un roi

Meilleure actrice :
NATALIE PORTMAN
dans Black swan

Meilleur réalisateur :
DARREN ARONOFSKY
pour Black swan

Meilleur scénario :
LE DISCOURS D'UN ROI

Helena Bonham Carter et Colin Firth. Wild Bunch Distribution

Pour les résultats détaillés et l'annonce du festival de printemps à venir, c'est ici !


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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 22:37

De Raging bull à Ali, de la saga des Rocky à pas moins de trois films sortis mercredi dernier (Boxing Gym, Jimmy Rivière et celui qui nous intéresse présentement), la boxe s'impose encore et toujours comme le sport le plus cinécompatible qui soit. C'est que la mythologie liée à ce sport permet de remettre éternellement en scène cet édifiant parcours qu'affectionne la fiction hollywoodienne : celui de personnages expérimentant tour à tour le succès, la chute puis la rédemption. Assorti de l'alibi « based on a true story », The fighter est le biopic de Micky Ward (Mark Wahlberg), boxeur de Lowell, Massachussets qui à force d'abnégation obtint en 2000 la gloire en remportant les championnats du monde. Son parcours serait sans grand intérêt s'il n'était flanqué d'une famille franchement pathologique, notamment une mère envahissante qui joue les managers (Melissa Leo) et un frère lui-même ancien champion de boxe et crack-addict notoire (Christian Bale).

Le récit de The fighter est franchement prévisible, mais il n'en est pas moins mené avec talent et n'ennuie que rarement, tant David O. Russell retrouve avec bonheur tous les codes d'un genre balisé à mort mais efficace. Le film s'organise autour des relations entre Micky et son frère Dickie, qui constitue tantôt une aide tantôt un frein à son succès. Le cinéaste a recours à des procédés assez intéressants : au début du film, une équipe de documentaristes de HBO vient filmer le comeback de Dickie, et les images du documentaire en question sont intégrées au film lui-même à plusieurs reprises. De manière générale, le film suscite un effet de réel plutôt convaincant, notamment durant les scènes de boxe découpées en de longs plans et rejetant le montage saccadé. Les combats sont la part la plus stimulante du film en termes de mise en scène et d'émotion. Le final notamment est palpitant, et bien qu'attendu, source d'un plaisir de spectateur indéniable.

Une des particularités du film de boxe est également qu'il est souvent en même temps un film social, portrait des déclassés des États-Unis. Ici, le portrait qui est fait de cette famille de prolos bien dérangés est très trash, voire à la limite du cynisme le plus total. L'hallucinante gynécée (outre la mère, six ou sept sœurs plus monstrueuses les unes que les autres) qui entoure les deux frères est filmée comme une troupe de bêtes étranges et laides, aucune d'entre elles n'acquérant d'identité en tant que personnage. Ce regard m'a paru légèrement obscène et méprisant, et fait presque douter de la sincérité du cinéaste. Le film est cependant plus convaincant dans son commentaire sur le poids terrifiant de la famille et sur la complexité des liens qui s'y nouent. Il dépeint avec talent les névroses familiales et les conflits d'égo entre Micky, Dickie et leur mère. Russell ne fait pas dans la dentelle : sa description est crue et assez violente, mais elle évite également le manichéisme en renversant les points de vue à des moments opportuns (notamment autour du personnage de la petite amie de Micky).

Mark Wahlberg et Christian Bale. Paramount Pictures

The fighter est aussi et surtout un film d'acteurs, et contient selon moi ce qui se fait de mieux et de pire dans la tradition de l'actor's studio. Mark Wahlberg est absolument superbe, tout en réserve, en nuances, en fragilité et en secrète révolte. À ses côtés, Christian Bale en fait des millions de tonnes, et on ne voit quasiment que lui : dommage, car j'ai trouvé sa prestation insupportable, forcée, caricaturale et boursouflée. Des deux performances (qui passent par la transformation physique et le travail très fort sur l'imitation), j'ai largement préféré celle du premier, donc. Côté femmes, même sentiment pour moi : Amy Adams est décidément une actrice sublime, d'une douceur et d'une puissance incroyables ; Melissa Leo en revanche surjoue la mère abusive, enlaidie qu'elle est par ce même regard ambigu du cinéaste. S'il m'a quelque peu dérangée, disons « éthiquement », et agacée dans ses facilités, The fighter reste néanmoins une œoeuvre sacrément efficace, ce qui est après tout une qualité non négligeable.

25étoiles

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 12:38

FESTIVAL DU PREMIER FILM D'ANNONAY - Compétition - Prix de la meilleure musique.

Le premier film du péruvien Javier Fuentes Léon est une histoire d'amour intense et secrète entre Miguel, pécheur marié dont la femme attend leur premier enfant, et Santiago, artiste peintre marginal. Dans le petit village de bord de mer où ils vivent, personne n'est au courant de leur relation. Alors quand Santiago meurt noyé, Miguel ne peut pas montrer sa douleur. Contracorriente est un film d'une sentimentalité exacerbée, et c'est ce qui fait à la fois sa beauté et ses excès.

Dans le premier tiers du film, l'amour de Miguel et Santiago est présenté sous tous ses angles, sentimentaux, intellectuels et physiques. Les scènes d'amour sont d'un lyrisme à la limite du kitsch, avec leur joliesse parfois gênante - tout est magnifique : les plages de sable fin, le bleu profond de la mer, les corps d'éphèbes des deux amants, le soleil se reflétant sur leur peau... Javier Fuentes Léon les filment avec une sincérité absolue, dans un premier degré hypersensible parfois too much. Puis, son film prend un virage étrange, devient une sorte de film de fantôme minimaliste. Dans une scène absolument stupéfiante, on comprend que Miguel est mort et n'existe plus que dans l'esprit de son amant. Cette intégration douce et assez bouleversante du surnaturel introduit ce qui est le sujet majeur du film : l'acceptation de soi par Miguel. En allant chercher en mer le corps de son amant et en finissant par admettre devant la communauté villageoise qu'il a aimé cet homme, Miguel devient homme libre et désormais prêt à la paternité.  

Contracorriente n'est donc pas tant l'histoire d'un amour impossible qu'un trajet de deuil qui est aussi trajet de libération – Miguel finit pas accepter et assumer non seulement sa sexualité mais aussi sa liberté d'individu à l'intérieur d'une communauté oppressante. Le film est donc également un commentaire sur le poids des conventions, des traditions et du qu'en-dira-t-on, parfois trop appuyé mais jamais trop manichéen – le personnage de la femme de Miguel est à cet égard très beau et émouvant. Miguel n'est pas entièrement une victime, et les rapports ambigus de l'individu à sa famille, son village, sa communauté sont dépeints avec lucidité, sous la forme d'un conflit intérieur. On regrette les quelques clichés dont use Fuentes Léon pour mettre en évidence ce conflit, notamment la caractérisation du personnage de Santiago, archétype romantique de l'artiste homo ultra sensible et doux (l'acteur Manolo Cardona est particulièrement beau).

L'action de Contracorriente prend place dans un lieu paradisiaque dont la beauté (qui évoque ce très beau film italien de 2002, Respiro) contraste avec la cruauté des destins. Le cinéaste filme l'émouvant parcours d'émancipation de son protagoniste (louons l'interprétation délicate de Cristian Mercado) avec une grande douceur et, même si sa sensibilité vire parfois à la sensiblerie, c'est sa sincérité qui finit par l'emporter. 

3étoiles

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 20:06

Pourquoi un film aussi profondément débile et peu subtil ne m'a-t-il pas totalement déplu ? C'est ce que je vais essayer de comprendre tout en écrivant. 127 heures, c'est l'adaptation par Danny Boyle du récit véritable par Aron Ralston de sa mésaventure : randonneur zélé, il s'est retrouvé coincé pendant plus de cinq jours dans une grotte au milieu d'un désert, le bras écrasé sous une roche, avant de s'en sortir d'une manière peu ragoûtante. Le minimalisme du sujet (cent-vingt sept heures de solitude et de douleur, en gros) a de quoi étonner vu le passif de Danny Boyle. Passé un quart d'heure introduction relativement inintéressant et fatiguant à force de bougeotte, le film arrive tout de même assez vite au fin mot de l'affaire. Soudain, le cinéaste se voit bien obligé de se coltiner son sujet pour de vrai et pendant un certain temps, on caresse l'espérance qu'il ne fasse pas trop diversion. Boyle arrive ainsi, surtout au début, à nous faire ressentir la dimension physique, concrète, de la situation extrême de son héros : la soif, la douleur, la faiblesse, la chaleur puis le froid, les quinze minutes de lumière du soleil par jour (très belle séquence), la lutte pour la survie, les moments de laisser aller, les tentatives pratiques de s'en sortir, le sentiment d'enfermement. 127 heures évoque à ce titre le récent Buried (dans lequel on passait une heure trente dans un cercueil sans en sortir jamais) – Boyle fait cependant un choix différent en sortant régulièrement de l'isolement par l'intermédiaire de l'esprit du protagoniste. 

Malheureusement, c'est dans cette dimension « mentale » qu'il s'égare un peu trop, laissant libre courts aux pensées crétines du personnage et à ses délires mièvres. Le second film auquel renvoie assez facilement 127 heures, c'est Gerry de Gus Van Sant, grand film qui lui aussi confrontait de jeunes corps à la solitude absolu dans l'aridité d'un désert. Or dans Gerry, la dimension hypnotique émergeait bien, mais ceci par l'épure et l'étirement des scènes. Chez Boyle le choix est inverse et les scènes d'hallucinations paraissent la plupart du temps factices et kitsch. Mais le pire n'est pas là. Car Boyle se livre tout de même à des procédés magistralement débiles, comme des split screens sur des plans de foule, annonçant au début et par opposition la solitude future du personnage, des plans « subjectifs » depuis l'intérieur de la gourde d'Aron ou - summum de la crétinerie – un mouvement de caméra géant, depuis le visage assoiffé de James Franco jusqu'à... la bouteille de Fanta qu'il a laissée dans sa voiture (sic). Difficile de ne pas trouver ces instants totalement risibles. Il y a aussi l'effarante mièvrerie des scènes de flash back, ce gloubi boulga sur le destin et la liberté - notamment le mémorable « Tu finiras seul » lancée par son ex petite amie, assez hilarant quand on le visualise seul au fond de sa caverne en plein désert. Le tout suggère une morale bébête du genre « il faut répondre aux appels de sa maman, et être gentil avec les gens qu'on aime ». Sans oublier la petite leçon de vie finale sur la nécessité de la prudence : un carton nous raconte la vie d'Aron après son aventure et conclut par « he always leaves a note to say where he has gone ». Lol.

La débilité profonde de ces instants de mise en scène, et de ces leçons que Boyle se croit obligé de tirer de son film, résonne assez bien avec la débilité du personnage principal, un espèce de casse-cou inconséquent qui pense à du Coca quand il meurt de soif et se met en scène dans des shows télé alors qu'il est en danger de mort (là encore, ça aurait pu passer si Boyle n'avait pas ajouté les bruitages d'une véritable émission télé, histoire d'être moins subtil encore). Pourquoi alors n'ai-je pas trouvé 127 heures détestable, mais simplement moyen ? La première raison, c'est que Boyle a eu raison de ne pas se croire plus intelligent que son personnage (je crains d'ailleurs qu'il ne le soit pas). Il nous plonge dans son cerveau d'Américain de base et nous le donne à voir sans le juger, dans son imaginaire limité envahi par la pub et son énergie harassante, mais aussi dans ses éclairs d'intelligence (pratique). Il fait ceci dans un premier degré total, sans une once de cynisme, en perpétuel mouvement, prenant ainsi le risque de tourner à vide (ce qui arrive plus d'une fois). Ce choix est à mes yeux pertinent. La seconde raison, c'est James Franco, difficilement égalable dans l'art de jouer les ahuris de service. Il parvient à donner charme et drôlerie à son personnage, multipliant avec talent les manifestations physiques de l'être-imbécile-heureux.

James Franco. Pathé Distribution

Boyle échoue plutôt à restituer la dimension temporelle de l'expérience limite de son héros : on ne sent pas la pesanteur de la durée, des minutes qui passent comme des heures, des journées interminables et de la perspective de la mort. La scène gore finale, que l'on attend depuis le début autant qu'on la redoute, est réussie dans sa « goritude » mais elle est trop rapide, pas assez douloureuse. Ce type a probablement passé des heures à se découper le bras ! En revanche, le cinéaste a quelques bonnes idées, comme ce jeu sur les types d'image (Aron passe son temps à filmer, réflexe ultra contemporain) ; et sa franchise et son énergie séduisent parfois, notamment dans un final lyrique à souhait. Encore une fois, on regrette que Boyle ne se soit pas confronté plus directement, plus concrètement à son sujet, mais lorsqu'il le fait, c'est assez réussi. Un film sincère dans sa crétinerie, et qui pour cette raison m'a paru supportable.

À voir aussi sur le blog
Films de Danny Boyle : Slumdog millionaire, Sunshine

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 13:47
Paramount Pictures France

Le premier véritable western des frères Coen (même si No country for old men y ressemblait déjà fort) étonne d'emblée par le ton qu'il déploie. À la différence de beaucoup de westerns récents qui prennent acte de la mort du genre et se font crépusculaires, métaphysiques ou réflexifs, True grit est un western assez « classique » qui respecte les codes du genre, la plupart du temps sans second degré. Il est adapté d'un roman de Charles Portis qui avait déjà donné lieu à une adaptation en 1969 : Cent dollars pour un shérif de Henry Hathaway, avec un John Wayne vieillissant.  

Mattie Ross, jeune fille têtue de quatorze ans, cherche à venger la mort de son père. Elle engage pour cela un shérif teigneux et part avec lui à la recherche de l'assassin. Ils sont rejoints par un représentant de la loi texane qui souhaite lui aussi mettre la main sur l'homme en question. Ces deux hommes semblent figurer en quelque sorte deux représentations de la justice : l'une sauvage, instinctive, amorale, l'autre officielle, civilisée, impartiale. Ce thème de la justice (les rapports entre loi et morale, le droit ou non à la vengeance personnelle), assez classique dans le western et le cinéma américain en général, est annoncé dès la formidable scène de procès au début du film. La jeune héroïne de True grit est comme une image de la dualité de l'âme américaine : d'une côté la bestialité et le désir de vengeance, de l'autre la pureté et le respect de la loi.

Ce personnage est particulièrement surprenant, et la maturité de l'actrice (la révélation Hailee Steinfeld) frappante. Elle parvient à imposer son obstination et son intelligence, parmi deux figures masculines finalement un peu molles : Jeff Bridges et Matt Damon. Deux adultes immatures qui sont les sources du comique du film. L'humour des frères Coen est bel et bien présent et séduit la plupart du temps, sauf lorsqu'il se fait trop « cynique » et lourd (la scène où Jeff Bridges donne des coups de pied aux enfants de la famille indienne ne m'a pas arraché un sourire). Outre cette faute de goût, le film est d'une maîtrise formelle épatante : la lumière est superbe, et quelques scènes de fusillade en plan large sont assez stupéfiantes. Ce ne sont pas vraiment les grands espaces de l'Ouest que filment les frères Coen, mais une nature plus foisonnante et toujours aussi menaçante (forêts, froid, serpents, nuit).

Hailee Steinfeld & Jeff Bridges. Paramount Pictures France

Les cinéastes prennent leur temps pour raconter cette histoire et ces personnages, et l'objet de la quête – la capture du méchant de base Tom Chaney (apparition éclair de Josh Brolin) – n'en est pas tout à fait la fin. L'attachement entre Cogburn (Jeff Bridges) et Mattie se concrétise dans une folle course finale où ce shérif revenu de tout trouve un nouveau souffle en sauvant la vie de la jeune fille. On se serait passer, en revanche, d'un épilogue un peu inutile qui nous résume la vie de merde qu'a mené Mattie après cette histoire. Néanmoins, True grit suscite un immense plaisir de spectateur, miroir du plaisir simple et direct des cinéastes, et de leur croyance très classique dans la puissance et la beauté du récit de cinéma. Un film passionnant, qui ne l'est jamais plus que quand il conserve sa ligne claire et retrouve l'esprit du genre western, sans naïveté ni ironie.

À voir aussi sur le blog
Films des frères Coen : Miller's crossing, No country for old men

4étoiles

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 13:42

L'argument de Jewishh connection (et un titre « français » débile de plus, un !) semblerait légèrement tiré par les cheveux s'il n'était pas « based on a true story ». Vers la fin des années 90, de jeunes membres d'une communauté juive orthodoxe de New York ont été embarqués dans un trafic de drogue de grande envergure dont beaucoup n'avait pas conscience, pensant faire passer de simples médicaments. L'un d'eux, Sam Gold, est le jeune protagoniste de ce premier film de Kevin Asch. Sortant rapidement de la crédulité, il devient agent actif de ce trafic international. Il avait pourtant tout, en apparence d'un gentil petit juif parfait. Destiné au rabbinat, il étudie l'hébreu et sert fidèlement dans le magasin de tissu de son père.
 
Jewish connection dessine un portrait assez glaçant (même s'il n'est jamais dans la dénonciation directe) d'une communauté religieuse traditionaliste. Sam ne fréquente que rarement des non-juifs, son parcours est tracé d'avance : il deviendra rabbin et épousera la femme que ses parents ont choisi pour lui. Pourtant, ce n'est pas exactement contre cela que Sam se rebelle lorsqu'il verse dans la criminalité, ou en tout cas pas seulement : il est aussi question de pauvreté (sa famille est de condition très modeste) et de désemparement (il subit un revers amoureux). Le film de Kevin Asch évite donc habilement le manichéisme et met en scène des gens qui « ont leur raison » - le personnage du père de Sam est émouvant, comme l'est celui de son ami trafiquant. Au final, le traditionalisme et la criminalité s'avèrent deux trajets pas si différents l'un de l'autre et mènent tout deux à des impasses. Il y a dans Jewish connection une dimension de fatalité et donc de tragédie, malgré une fin qui laisse pointer l'espoir.
 
Le film est une sorte de thriller minimaliste, où l'on retrouve l'influence de quelques grands filmeurs de New York tels Scorsese, mais surtout James Gray, avec la thématique du poids de la communauté (juive en particulier) sur l'individu. La comparaison dessert cependant Jewish connection, qui sur le plan de la forme ne se départ pas de son esthétique de film indépendant estampillé « festival Sundance ». Filmé caméra à l'épaule, dans des tons gris et une atmosphère morne, le film n'est pas vraiment surprenant. Le jeune réalisateur n'est cependant pas sans talent et livre notamment des scènes de boîte de nuit assez saisissantes. Le déroulement du récit est également plutôt uniforme, et son rythme monotone – et on attend longtemps que le film livre véritablement toute sa charge émotionnelle, ce qui finit par arriver dans la dernière demie-heure.
 
Jesse Eisenberg. Pyramide Distribution

Il faut pour finir louer l'absolu génie de Jesse Eisenberg, décidément un grand acteur, qui parvient à donner à Sam une sorte d'obstination émouvante et une inquiétude permanente qui rendent son personnage à la fois ambigu (ses pensées et sentiments nous restent pour beaucoup inaccessibles) et bouleversant. Il est le centre du film, sa raison d'être presque, et parvient par son interprétation à lui insuffler la dose d'incarnation qui lui manque.  
 
3étoiles
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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 21:23

Le titre donné à ce Tron 2.0, L'héritage, est significatif. Il témoigne d'une volonté de rester fidèle à l'univers du premier opus, ses thématiques, ses inventions visuelles (on verra un peu plus loin si cela est réussi !). Il est aussi, plus simplement, le reflet de l'intrigue, une histoire de relation père-fils qui voit le fils de Kevin Flynn partir à la recherche de son père qu'il n'a plus vu depuis des années, à l'intérieur du monde virtuel dans lequel ce dernier se retrouvé à nouveau coincé. Ce qui dessert d'emblée le film, c'est ce récit terriblement neuneu, dans lequel Sam Flynn (l'endive Garrett Hedllun, moins charismatique tu meurs), héritier richissime mais je-m'en-foutiste de l'empire informatique de son père, enchaîne les péripéties inintéressantes et prévisibles. Il fait des courses de motos virtuelles, rencontre une sublime fille virtuelle également, et se bat contre le méchant Clu, avatar de son paternel qui n'a fatalement pas vieilli (son visage est une version assez mal rajeunie de celui de Jeff Bridges). Les dialogues atteignent également des sommets de mièvrerie rares, et l'ensemble se prend trop au sérieux. Tout juste le film titille-t-il la fibre nostalgique des fans du premier, avec des visions comme celle du complexe de jeux d'arcades désormais à l'abandon.  

Alors que le premier Tron avait un aspect précurseur voire prophétique quand à l'évolution des techniques à la fois de l'informatique et du blockbuster, Tron l'héritage est à peine sorti qu'il est déjà vieilli. L'imagerie n'est pas désagréable mais s'avère bien souvent balourde, avec ces immensité au ciel sombre dont on ne voit pas le bout – la gestion de l'espace est hasardeuse. On sauvera cependant, entre autres, une belle scène de discothèque flashy, presque kitsch, avec les Daft Punk en guest-stars (auteurs d'ailleurs de l'assez belle BO du film, il faut dire qu'on fait difficilement plus adapté à leur musique que l'univers de Tron). Le film n'est pas dénué d'inventivité, il est même plutôt chiadé. Mais il se contente de recycler, en plus grandiloquent et pataud, l'univers du premier. La seule véritable nouveauté visuelle de cette suite est la 3D, c'est dire... À propos justement de la 3D, on notera son utilisation cohérente et relativement pertinente : elle est présente uniquement dans les scènes se déroulant dans le monde virtuel (la quasi-intégralité du film, certes), les scènes du monde réel étant en deux dimensions. Ceci dit, le relief en tant que tel reste peu excitant – l'intérêt de cette technologie est encore peu probant, tant sont rares les films qui l'utilisent de manière enrichissante. D'autant que les lunettes 3D assombrissent fatalement une image déjà très obscure.

Walt Disney Studios Motion Pictures France

Un film dont les idées visuelles, même si pas toujours abouties, parviennent en de rares instants à nous extirper du bourbier d'ennui dans lequel les personnages, les dialogues et l'intrigue nous plongent impitoyablement.

[Bilan Festival d'Hiver : potentielle lanterne rouge du festval ? Il a quand même la concurrence de Je suis un no man's land...]

À voir aussi sur le blog : la critique du premier Tron.


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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 00:14
FESTIVAL DU PREMIER FILM D'ANNONAY - Compétition - Prix du public

 

C'est l'histoire de deux solitudes, deux détresses, qui se rencontrent, s'apprivoisent, se réapprennent mutuellement à vivre et à « laisser mourir ». Rose (Florence Loiret-Caille) est infirmière à domicile. Elle vient de perdre son enfant à la naissance et a des difficultés à faire son deuil : elle ne veut pas encore vider la petite chambre qu'elle et son mari (Eric Caravaca) avaient préparée pour lui. À la reprise du travail, elle doit s'occuper d'Edmond (Michel Bouquet), vieil homme ronchon qui entretient des rapports conflictuels avec son fils.  

 

Les jeunes réalisatrices suisses, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, dont c'est le premier long-métrage, tentent d'aborder des thèmes sensibles : le deuil, la perte d'un enfant, les rapports de couple, la situation des personnes âgés. Autant de sujets « sociologiques » traités la plupart du temps en tant que tel, et non incarnés dans de véritables personnages de cinéma. Michel Bouquet, dans son premier rôle au cinéma depuis Le promeneur du Champ de Mars en 2005, est comme à son habitude remarquable, dans le registre du papy aigri, comme dans celui du vieillard enfin adouci. On demande bien ce qu'aurait été le film sans lui. Ceci dit, son personnage dépasse rarement l'alternative ronchon/gentil et son parcours est assez cliché. Ce défaut est encore plus flagrant avec celui de Florence Loiret-Caille (attachante comme toujours, mais parfois sérieusement en roue libre), que l'on voit littéralement à l'écran expérimenter chaque étape de cette tarte à la crème psychiatrique qu'est le travail de deuil : déni, colère, marchandage, dépression et enfin acceptation.  

Le déroulement de La petite chambre est donc extrêmement convenu, à aucun moment surprenant. La réalisation est sérieuse mais sans personnalité, jamais très inventive. Les deux réalisatrices font même parfois preuve de maladresse, notamment dans des dialogues bien trop appuyés qui viennent redoubler ce que la symbolique des scènes avait déjà fait comprendre. D'où un manque de naturel qui dessert le propos. La petite chambre n'est pas pour autant une catastrophe, c'est un film souvent touchant et qui traite avec tact de sujets difficiles. Mais ce premier essai reste terriblement appliqué, scolaire et attendu. Intentions louables, donc, mais résultat pas encore très concluant.

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 20:26


Kevin Flynn est un génie de l'informatique, ancien employé d'une boîte qui lui a piqué ses brillantes idées. Pour obtenir réparation, il s'infiltre dans le système informatique de cette dernière, mais malheureusement, le système en question est contrôlé par un puissant et méchant ordinateur qui le projette et l'enferme dans un monde entièrement virtuel peuplé des programmes informatiques qui lui sont hostiles (les « utilisateurs » ne sont pas les bienvenus). C'est sur ce récit relativement original (en tout cas au départ) que Tron appuie les trouvailles visuelles qui font aujourd'hui encore sa renommée. Ce film de Steven Lisberger est en effet le premier à utiliser dans sa quasi-intégralité des images générées par ordinateur. Produit par Disney, le film fut un échec commercial à sa sortie en 1982, avant d'acquérir un statut de film culte dans les milieux geeks et gamers.

Le film est novateur et, encore aujourd'hui, très intéressant à regarder pour son inventivité visuelle. À une époque où les jeux vidéos en étaient à leurs balbutiements, et où quasiment personne ne possédait d'ordinateur personnel, Tron utilise avec une certaine intelligence une imagerie moderne qui deviendra populaire quelques années plus tard. La composition très géométrique de cet espace virtuel infini, le travail sur les couleurs fluorescentes, la création de décors de et costumes futuristes... tout cela est assez brillant – c'est l'œuvre de Moebius et Syd Mead. Ces images, qui évoquent le jeu d'arcade mais aussi le flipper, avec leur aspect flashy et saccadé, sont clairement rétro, mais elles ne m'ont pas paru plus vieillis que cela – et conservent à mes yeux un certain charme. C'est qu'elles se gardent bien de verser dans l'effet kitsch et restent sobres (souvent monochromes), au prix parfois d'une certaine froideur esthétique.

Ce qui convainc moins en revanche, c'est en premier lieu l'intrigue générale. D'emblée, j'avoue avoir du mal à en saisir les fondations mêmes. J'aimerais bien me procurer le nom de la drogue du type qui a eu l'idée de faire prendre vie à des programmes d'ordinateurs et de les faire évoluer dans une société parallèle entièrement virtuelle. Des machines ou des robots qui acquièrent une conscience et se rebellent contre l'humanité (Terminator date de deux ans après Tron), je peux saisir le concept. Des personnages d'un jeu vidéo avec lesquelles un être humain interagit une fois projeté à l'intérieur, à la limite... mais des programmes, donc des entités immatérielles et sans identité, évoluant comme des êtres corporels ? C'est au-delà de ce que je peux gober comme spectatrice. Passée cette espèce d'incompréhension métaphysique en un sens fascinante, l'intrigue en elle-même est relativement simple à comprendre, voire simpliste.


Les enjeux du récit sont tellement minimes et prévisibles, la mise en place de l'intrigue tellement lente, que l'ennui pointe régulièrement le bout de son nez. Il faut dire également que Lisberger est une espèce de tâcheron dont le sens du rythme et les talents de mise en scène sont plutôt faibles (il n'a d'ailleurs rien fait d'un tant soit peu significatif après Tron). Les véritables auteurs du film sont clairement les créateurs des images. Cependant, Tron parvient à procurer un certain plaisir : il ne se prend pas trop au sérieux (même s'il parle beaucoup, pour un blockbuster) et bénéficie de la présence du coolissime Jeff Bridges. Un film à l'univers visuel cohérent et inventif, à défaut d'être totalement passionnant.

À voir aussi sur le blog : la critique de Tron legacy.



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Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
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