Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 12:11
http://www.feuxcroises.com/photo/art/grande/6367880-9604591.jpg?v=1393521420
 

L'Opinion publique (1923). La Comtesse de Hong Kong (1967). Le second long-métrage de Charles Chaplin et son dernier film, que plus de quarante ans séparent, possèdent un point commun d'importance : ce sont les seuls dans lesquels le cinéaste n'apparaît pas dans un rôle principal. Bien que les deux films soient très éloignés a priori (l'un est un mélodrame, l'autre une comédie romantique burlesque), ils semblent entretenir de loin en loin de délicates et mystérieuses correspondances. Dans les deux cas, la mise en scène de Chaplin, son art, nous sont comme donnés dans leur nudité, en l'absence du corps de Charlot.

Repost 0
Published by Anna - dans Classiques
commenter cet article
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 11:53

De son premier long-métrage, Jacques Demy s'est plu tout au long de son œuvre à semer le souvenir par l'intermédiaire de ses personnages. C'est ainsi que Roland Cassard, le jeune homme indécis de Lola devient l'époux de Geneviève dans Les Parapluies de Cherbourg ; que Les Demoiselles de Rochefort contient une allusion à une Mme Desnoyers résidant à Nantes ; et que Lola en personne ré-apparaît presque dix ans plus tard à Los Angeles dans Model shop. Une chambre en ville - film trop singulier, trop unique sans doute – n'entretient pas ce type de résonance avec Lola. En revanche, il partage avec lui le même décor : Nantes, ville natale de Demy, dans laquelle le cinéaste a donc tourné deux fois à plus de vingt ans d'écart. À bien des égards, les deux films existent en miroir, simultanément négatifs et symétriques l'un de l'autre ; Une chambre en ville est aussi sombre et suffocant que Lola était solaire et gracieux. Du noir et blanc à la couleur, du présent au passé, du musical rêvé à l'opéra accompli.

 

La suite sur Feux Croisés...

Repost 0
Published by Anna - dans Classiques
commenter cet article
14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 18:42
Death Proof : back to the future

« Please don't dead end, please don't dead end », répète Kim (Tracie Thoms) comme un mantra, alors que sa bagnole s'engage sur un chemin à l'issue douteuse, à la fin de Death Proof. Et non, elle parvient finalement à retrouver la route et à reprendre l'époustouflante poursuite en voiture qui l'oppose au pervers Stuntman Mike (Kurt Russell). Death Proof est un film qui fuse, prenant à chaque instant le risque de se crasher. À première vue, le récit de Death Proof est dépourvu des circonvolutions temporelles qui sont l'une des marques du cinéma de Tarantino (exemplairement, le récit de Pulp Fiction avec ses flashes-backs et flashforwards à répétition). Son déroulé est linéaire et sa structure simple. Au lieu d'être emberlificoté, il est seulement (mais essentiellement) scindé en son milieu. Death Proof se replie sur lui-même à sa césure, la seconde partie étant comme un remake, version « happy end », de la première.

 

La suite sur Feux croisés...

Repost 0
Published by Anna - dans Classiques
commenter cet article
15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 20:26


Kevin Flynn est un génie de l'informatique, ancien employé d'une boîte qui lui a piqué ses brillantes idées. Pour obtenir réparation, il s'infiltre dans le système informatique de cette dernière, mais malheureusement, le système en question est contrôlé par un puissant et méchant ordinateur qui le projette et l'enferme dans un monde entièrement virtuel peuplé des programmes informatiques qui lui sont hostiles (les « utilisateurs » ne sont pas les bienvenus). C'est sur ce récit relativement original (en tout cas au départ) que Tron appuie les trouvailles visuelles qui font aujourd'hui encore sa renommée. Ce film de Steven Lisberger est en effet le premier à utiliser dans sa quasi-intégralité des images générées par ordinateur. Produit par Disney, le film fut un échec commercial à sa sortie en 1982, avant d'acquérir un statut de film culte dans les milieux geeks et gamers.

Le film est novateur et, encore aujourd'hui, très intéressant à regarder pour son inventivité visuelle. À une époque où les jeux vidéos en étaient à leurs balbutiements, et où quasiment personne ne possédait d'ordinateur personnel, Tron utilise avec une certaine intelligence une imagerie moderne qui deviendra populaire quelques années plus tard. La composition très géométrique de cet espace virtuel infini, le travail sur les couleurs fluorescentes, la création de décors de et costumes futuristes... tout cela est assez brillant – c'est l'œuvre de Moebius et Syd Mead. Ces images, qui évoquent le jeu d'arcade mais aussi le flipper, avec leur aspect flashy et saccadé, sont clairement rétro, mais elles ne m'ont pas paru plus vieillis que cela – et conservent à mes yeux un certain charme. C'est qu'elles se gardent bien de verser dans l'effet kitsch et restent sobres (souvent monochromes), au prix parfois d'une certaine froideur esthétique.

Ce qui convainc moins en revanche, c'est en premier lieu l'intrigue générale. D'emblée, j'avoue avoir du mal à en saisir les fondations mêmes. J'aimerais bien me procurer le nom de la drogue du type qui a eu l'idée de faire prendre vie à des programmes d'ordinateurs et de les faire évoluer dans une société parallèle entièrement virtuelle. Des machines ou des robots qui acquièrent une conscience et se rebellent contre l'humanité (Terminator date de deux ans après Tron), je peux saisir le concept. Des personnages d'un jeu vidéo avec lesquelles un être humain interagit une fois projeté à l'intérieur, à la limite... mais des programmes, donc des entités immatérielles et sans identité, évoluant comme des êtres corporels ? C'est au-delà de ce que je peux gober comme spectatrice. Passée cette espèce d'incompréhension métaphysique en un sens fascinante, l'intrigue en elle-même est relativement simple à comprendre, voire simpliste.


Les enjeux du récit sont tellement minimes et prévisibles, la mise en place de l'intrigue tellement lente, que l'ennui pointe régulièrement le bout de son nez. Il faut dire également que Lisberger est une espèce de tâcheron dont le sens du rythme et les talents de mise en scène sont plutôt faibles (il n'a d'ailleurs rien fait d'un tant soit peu significatif après Tron). Les véritables auteurs du film sont clairement les créateurs des images. Cependant, Tron parvient à procurer un certain plaisir : il ne se prend pas trop au sérieux (même s'il parle beaucoup, pour un blockbuster) et bénéficie de la présence du coolissime Jeff Bridges. Un film à l'univers visuel cohérent et inventif, à défaut d'être totalement passionnant.

À voir aussi sur le blog : la critique de Tron legacy.



Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
commenter cet article
15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 01:01

Dans la première séquence entièrement muette, de ce sixième film américain de Fritz Lang, un homme chasse dans un bois. Il se couche, met son fusil en joue, et vise. Et là, image stupéfiante : c'est Hitler qui est dans son viseur. L'homme appuie sur la gâchette, mais le fusil est vide. Scène d'une incroyable puissance où le spectateur entrevoit assez vivement la possibilité d'une bifurcation de l'Histoire. Elle résume l'audace et la portée de Chasse à l'homme, film sorti en 1941, à une époque que les États-Unis sont encore officiellement neutres dans la guerre qui fait rage.

Accusé de tentative d'assassinat sur la personne de Führer, le personnage central Alan Thorndike (Walter Pidgeon), gentleman libre-penseur, parvient à fuir jusqu'à son pays l'Angleterre mais y est traqué par la police allemande. Il est contraint de se cacher dans le petit appartement d'une jeune femme originale et charmante, Jerry (Joan Bennett). C'est donc, comme le titre du film l'indique, une véritable chasse à l'homme à laquelle nous assistons, où le héros cherche le moyen d'échapper à deux officiers SS particulièrement coriaces et retors. Hitchcock disait que « plus le méchant est réussi, plus le film l'est » : dans Man hunt, ce sont deux méchants absolument fascinants que Fritz Lang met en scène. Un « homme en noir » mutique et terrifiant campé par John Carradine ; et George Sanders en officier cultivé et cynique, dont les débats avec le héros forment le ciment « moraliste » du film.

L'intrigue est un modèle du genre, avec un suspense constant qui ne sacrifie pas l'émotion et la réflexion. Lang est tellement à l'aise qu'il s'aménage plusieurs moments consacrés à la romance, et même des scènes de comédie, à l'intérieur de ce qui est tout à la fois un film noir, un thriller, un film de guerre et même d'aventure. Rien dans le déroulement du film n'est convenu, pas même le passage obligé de l'histoire d'amour, ici traité sur un mode déceptif et ironique particulièrement surprenant. Ni même la morale humaniste du film : sa dénonciation virulente du régime d'Hitler est étonnante et émouvante, étant donné le contexte et l'histoire personnelle de Fritz Lang. Man hunt est une méditation éthique sur le mal et sur la responsabilité, qui culmine dans l'incroyable scène de la grotte où le héros, acculé, n'a plus que la parole comme arme contre le prédateur nazi qui le retient prisonnier. Un film d'une maîtrise et d'une intelligence rares.

À voir aussi sur le blog
Films de Fritz Lang : M le maudit



Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
commenter cet article
16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 22:36

CYCLE ARTHURIEN 7/10

Enfin ! Enfin un film qui ose se coltiner vraiment l'outrance, la fougue et l'intensité du mythe arthurien, quitte parfois à se retrouver au bord du ridicule. En 1980, cela fait déjà plus de dix ans que John Boorman a pour projet de porter les aventures de Merlin, Arthur, Lancelot et les autres à l'écran. Après avoir vu échouer une adaptation du Seigneur des anneaux, il se lance enfin (et réutilise beaucoup des costumes et décors du projet précédent !). Excalibur est clairement une tentative d'embrasser, d'un coup d'un seul, l'intégralité de la légende - Uther, Ygraine et la conception d'Arthur, Merlin et l'épée dans l'enclume, la Table Ronde, Guenièvre et Lancelot, les amours incestueuses d'Arthur et Morgane, Perceval et la quête du Graal, la guerre contre Mordred... - dans une immense fresque épique.  

On fait difficilement un film plus hystérique et outrancier que cet Excalibur. Premier symptôme de ceci : le jeu des acteurs. Quand ils ne hurlent pas, ils éructent, et quand ils n'éructent pas, ils déclament. On se croirait quasiment chez Shakespeare, dans une de ses tragédies les plus violentes. Les interprètes d'Arthur et Merlin, respectivement Nigel Terry et Nicol Williamson, sont d'ailleurs de formation théâtrale et leur interprétation hallucinée demande un temps d'adaptation ! Deuxième symptôme : la mise en scène très expressive et grandiloquente qui met à profit des décors grandiose pour donner au mythe toute sa puissance. L'atmosphère est sombre et brumeuse, emplie de splendides visions macabres - après tout, ce sont les « Dark Ages ». La musique lyrique de Trevor Jones et l'utilisation répétée du trop évident Carmina Burana de Carl Orff renforce cette grandiloquence, si bien que le film donne parfois l'impression de se prendre un peu trop au sérieux.

C'est pourtant ce côté « solennel » qui fait aussi la valeur de l'oeuvre, car ce qu'il prend au sérieux, c'est avant tout l'histoire qu'il raconte - cette épopée pleine de bruit et de fureur, de passion, de haine, de mystère et de magie. John Boorman ne recule pas devant l'utilisation d'éléments surnaturels impressionnants ou incongrus ; Excalibur appartient clairement au genre de la fantasy et ne se soucie pas de représentation historique. Ainsi, bien que le mythe arthurien soit celui de la formation et de l'unification de la Grande Bretagne, le pays n'est jamais cité que sous l'appelation « The Land ». Excalibur parle, de manière plus générale et universelle, de la guerre, de la religion, de la passion, du pouvoir... Cette emphase permanente sous le signe de laquelle Boorman place son film, lui fait prendre un risque : celui du kitsch et du grotesque involontaire. Et il est vrai que certains effets spéciaux, certaines répliques récitées avec affectation, certains décors, prêtent parfois à sourire. Plusieurs aspects d'Excalibur ont assez mal vieilli. Mais dans l'ensemble, son premier degré absolu sert le film, aventure fantastique et violente qui fascine pendant ses deux heures vingt.  




Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
commenter cet article
7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 16:44


CYCLE ARTHURIEN 4/10

C'est un peu le problème avec les films vraiment très très très drôles : au moment d'en faire la critique, on est tenté en guise d'argument de compiler simplement tous les gags du film. Il faut dire que Sacré Graal avec ses mille et une trouvailles comiques et son sens du détail hilarant ne manquent pas de candidats au titre de meilleur gag du monde. Essayons tout de même d'en parler sérieusement. L'intrigue, donc : le roi Arthur cherche de valeureux chevaliers pour se joindre à lui à la cour de Camelot, mais il a beau se clamer « roi de tous les Bretons » partout où il passe, personne ne semble le reconnaître. Il parvient finalement à réunir quelques disciples : les chevaliers de la Table Ronde que sont Sir Lancelot le brave, Sir Galaad le pur, Sir Robin le-pas-aussi-brave-que-Sir-Lancelot et le tristement coupé au montage Sir qui-n'apparaît-pas-dans-ce-film. Finalement, ils décident que Camelot est un endroit stupide et partent en quête du Graal ; ceci après une apparition kitschissime de Dieu le père en personne (bon à savoir : il ne supporte plus tous ces gens qui lui demandent sans cesse pardon !).

Le film a bénéficié d'un budget très limité, c'est pourquoi la quasi-totalité des rôles est jouée par les six membres de la troupe. C'est pourquoi aussi les chevaliers sont si peu nombreux dans les scènes de bataille (faute de figurants), et c'est pourquoi les Monty Python n'ont pas pu se payer des chevaux : d'où le célébrissime gag des noix de coco, que je ne déflorerai pas ici, pour les tristes sires qui n'auraient point encore vu ce chef-d'œuvre. Dans le plus pur nonsense british qui soit, les Monty Python s'attachent à démonter joyeusement ce grand mythe fondateur de la Grande-Bretagne qu'est la quête du Graal. Tout est parodié, tourné en dérision : le prétendu courage des chevaliers, la prestance du roi Arthur, la pureté de Galaad... Les anachronismes sont foison, et l'absurdité fait office de loi. Ainsi, cette sublime rencontre avec une communauté d'anarco-syndicalistes qui expliquent à Arthur qu'il ne peut pas fonder un gouvernement légitime sur une cérémonie aquatique dans laquelle une folle lui a confié une épée sacrée.

Du désopilant générique de début (qui commence suédois puis vire latino-américain) aux toutes dernières images, Sacré Graal est une déferlante comique inarrêtable et insolente. Le langage est poussé jusque dans les derniers retranchements de l'absurde et révèle parfois une forme de subversion jubilatoire, comme dans cette parodie, pas aussi exagérée que cela, des logiques perverties de la pensée obscurantiste (« Pourquoi brûle-t-on les sorcières ? Mais parce qu'elles sont en bois, pardi ! »). La mise en scène est également très astucieuse et multiplie les possibilités comiques. Par exemple, les jeux sur le cadre et le hors champ, ou encore des plans étirés au maximum, créent des véritables bombes à retardement comiques. Parmi les morceaux de bravoure du film, n'oublions pas de citer un duel à l'épée totalement absurde (où le découpage de ses quatre membres ne décourage pas l'un des deux combattants de pouvoir l'emporter) ou encore la rencontre avec un Français à l'accent exécrable, menant à une ré-invention cocasse de l'épisode du cheval de Troie.


Sacré Graal est entrecoupé d'ingénieuses scènes d'animation réalisées par Terry Gilliam et de quelques irrésistibles bouts de chansons composés par Neil Innes. Quelques éléments de méta-récit (le livre du film dont les pages sont tournées à mesure que le récit avance, une voix-off qui apparaît ici et là, l'intervention inattendue d'un historien) ajoutent encore une autre dimension comique à un film qui n'en manquait déjà pas. Sacré Graal s'achève avec les flics débarquant pour arrêter Arthur et mettre fin au combat : toujours là pour gâcher la fête, ceux-là ! Si l'orgie comique se trouve interrompue par d'agaçantes figures de l'autorité, elle n'en reste pas moins dévastatrice et le film est sûrement le plus désopilant de tous les films désopilants tournés par les Monty Python.

PS : Sacrilège ! J'ai oublié d'évoquer les chevalier qui disent « Ni ! ». C'est maintenant chose faite. Ni !    



Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
commenter cet article
5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 21:00


CYCLE ARTHURIEN 2/10

Adapté assez librement d'un récit de T.H. White, le Merlin l'enchanteur de Disney raconte la rencontre du jeune apprenti écuyer Moustique (Arthur de son vrai nom) avec un enchanteur qui fera son éducation. Les cinq premières et les cinq dernières minutes du film prennent en charge la dimension légendaire du récit, en présentant sans second degré l'histoire de la fameuse épée dans l'enclume (The sword in the stone est le titre original du film) qui désignera le roi légitime que l'Angleterre attend - l'introduction, en particulier, est très belle. Entre les deux, le récit se fait davantage trivial et se constitue en une suite d'épisodes initiatiques. Ces derniers prennent la forme de transformations animales permettant au héros de découvrir la nature, à l'aide de son mentor : il est changé en poisson, puis en écureuil et enfin en oiseau. Amusantes, ces séquences n'en sont pas moins répétitives. En outre, elles mettent en lumière l'absence, quelque peu problématique, d'intrigue d'ensemble. Ainsi, le climax final (le combat entre Merlin et la terrible Madame Mime) n'a strictement rien à voir avec l'enjeu du récit, à savoir l'initiation d'Arthur afin que celui-ci puisse accéder au trône d'Angleterre. C'est donc peu dire que le scénario est faible.  

Cependant, là n'est clairement pas l'important, et le film repose avant tout sur un humour cocasse et des personnages attachants. Merlin est un vieillard érudit, gaffeur et un peu fou, et son hibou savant et grincheux, Archimède, s'inscrit dans la tradition disneyenne des personnages secondaires qui volent la vedette aux principaux. Arthur est le protagoniste auquel les spectateurs (les enfants, donc) sont censés s'identifier : il découvre, émerveillé, le monde et la magie, et avance pas à pas vers l'âge adulte. L'un des ressorts comiques les plus originaux du film est l'usage récurrent d'anachronismes, justifiés par le fait que Merlin voyage dans le temps : il connait les locomotives, l'Amérique et passent ses vacances aux Bermudes. Le film est donc agrémenté de quelques trouvailles formidables. Visuellement, Merlin l'enchanteur s'inscrit dans la mouvance Disney des années 1960 et 70, avec l'abandon du dessin « noble » et doux des classiques précédents pour des traits plus anguleux mais néanmoins assez beaux. Merlin l'enchanteur est clairement un Disney mineur mais il reste très charmant et présente de jolie et amusante manière les débuts du mythe arthurien : à la fin, Merlin annonce à Arthur qu'il créera la Table Ronde... à moins qu'il n'en préfère une carrée !

Walt Disney Pictures



Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
commenter cet article
5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 00:58
Les Acacias

CYCLE ARTHURIEN 1/10

Avec Les chevaliers de la Table Ronde en 1953, Richard Thorpe, l'un des spécialistes du film d'aventure de l'âge d'or d'Hollywood, adapte l'un des mythes fondateurs de la culture britannique. Il réalise également un quasi copié-collé, en moins réussi, de son formidable Ivanohé réalisé l'année précédente. Sa vision du mythe arthurien est pour le moins tristounette... Ici, il ne relève pas de l'épopée flamboyante mais de la fresque pseudo-historique, figée et artificielle. Les aventures du roi Arthur et de ses chevaliers se voient en effet défaites de leur mystère, de leur sauvagerie et de leur magie - si Merlin et le Graal apparaissent quelques instants, c'est uniquement pour le folklore. La dimension épique du mythe est totalement gommée au profit de ressorts dramatiques plus lâches : une trame politique assez faible (la rivalité Mordred/Arthur), prétexte à l'intrigue sentimentale (le fameux triangle amoureux Arthur/Guenièvre/Lancelot).

L'élégant filmage en Cinemascope, le Technicolor presque agressif, les costumes soignés, les décors pittoresques et les actrices sublimes (Ava Gardner est une reine d'une incroyable beauté) : tout est réuni pour le plaisir des yeux. L'imagerie médiévale du film est surannée mais charmante. Thorpe n'est pas un véritable auteur mais un artisan efficace qui mène son film sans temps mort. Cependant, le côté très propre de la mise en scène (où sont la fougue, la violence ?) empêche le film de convaincre totalement, en particulier quand celui-ci use des ressorts stylistiques les plus clichées. C'est le cas par exemple dans l'utilisation de la musique (agressive quand les méchants sont à l'image, douce dans les scènes amoureuses, conquérante quand Arthur donne l'assaut etc...).  

Robert Taylor (Lancelot, en réalité le personnage central) semble figé dans son habituel rôle du héros noble et fidèle. Il est à l'image du film, affecté et sans panache. Cela est particulièrement visible dans les scènes de combat, brillantes mais le plus souvent dénuées de souffle : qu'on les compare avec les merveilleux combats au fleuret des films de George Sidney, par exemple. C'est cependant dans les quelques scènes intimes que le film émeut, comme lors de la mort d'Elaine, femme de Lancelot, amoureuse tragique d'un homme qui en aime une autre – le plus beau personnage du film. Bien que terriblement daté, Les chevaliers de la Table Ronde dégage cependant un charme désuet et développe une intrigue assez bien menée pour qu'on le regarde avec un certain plaisir. En 1955, Thorpe réalisera une troisième film avec Robert Taylor en vedette, Les aventures de Quentin Durward, qui forme avec Ivanohé et Les chevaliers de la Table Ronde, la trilogie médiévale du cinéaste.



Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
commenter cet article
26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 01:04
Universal International Pictures

Tout ce que le ciel permet est la seconde collaboration de Douglas Sirk avec le couple Jane Wyman/Rock Hudson, après Le secret magnifique. Le cinéaste allemand y raconte les amours d'une bourgeoise veuve (Jane Wyman) et de son jardinier plus jeune et plus pauvre qu'elle (Rock Hudson).  Leur différence d’âge et de rang social va les empêcher de vivre leur amour, en raison du jugement d’autrui.

Le film, lyrique, épouse les états d'âme de son héroïne Carey, qui oscille entre moments de bonheur intense et moments de souffrance et d'angoisse. Sirk joue sur des oppositions qui seront éléments perturbateurs dans le récit (ville/campagne, parents/enfants, bourgeoisie/population modeste, individu/société, amour/haine). Tout ce que le ciel permet, en bon mélodrame, se caractérise également par la menace constante d'une fin malheureuse. En effet, la crainte du spectateur que le couple se sépare et cède à la pression conformiste du groupe est permanente, et ce jusqu'à la dernière scène. La mise en scène brillante de Sirk suit les mouvements « ascendants » et « descendants » de l'intrigue et provoque l'identification à l'héroïne. Les sentiments sont exacerbés : fulgurance de l'amour des deux personnages, puis rejet de l'entourage de Carey. Tout est baroque : on retrouve une utilisation typiquement sirkienne de couleurs très symboliques. Le cinéaste utilise des tons chauds, des couleurs outrancières, contrastées et presque surréelles, rehaussées par le Technicolor flamboyant de son fidèle collaborateur Russell Metty.



Cependant; aucun moment le film ne se conforme aux clichés concernant le mélodrame, à savoir l'aspect « larmoyant », l'incohérence de l'intrigue, le manichéisme, l'avalanche de malheurs... Tout ce que le ciel permet s'inscrit au contraire dans un réalisme social tout à fait pertinent. C'est un film moins jusqu'au-boutiste dans le traitement mélodramatique que certains autres films de Sirk comme Le mirage de la vie (on se souvient de son bouleversant final en grandes pompes). On ne repère pas de véritable climax émotionnel, à l'exception peut-être de l'ultime scène en forme de réconciliation. La saveur des films de Sirk se retrouve par contre dans l'ironie constante (dénuée cependant de condescendance) dont le cinéaste fait preuve. Ironie non vis-à-vis du genre lui-même (les codes du mélodrame sont utilisés au contraire avec tout le premier degré possible) ni des personnages, mais vis-à-vis du monde et des situations qu'il donne à voir. Son regard sur la société est dénué de toute naïveté et génère une critique sociale acérée. L'hypocrisie bourgeoise est ici dénoncée avec virulence.

Tout ce que le ciel permet s'avère une étude profonde et subtile de la condition de la femme dans l'Amérique des années 1950. Les faits et gestes de Carey, l'héroïne du film, sont scrutés par son entourage, familles et amis ; on attend d'elle qu'elle se conforme au rôle attendu d'une jeune bourgeoise veuve. Selon la convenance, elle devrait rester chez elle (devant la télévision, par exemple) ou épouser un sosie de son époux décédé. Ses enfants ultra conformistes lui font bien comprendre la chose, même si de manière partiellement inconsciente, lorsqu'ils lui font offrir un poste de télévision. Dans cette scène étonnante, le vendeur lui vante les mérites de son nouveau téléviseur qui lui donnera prétendument accès au monde (« toute la parade de la vie à la portée de vos doigts »). Or, l'on voit soudain se refléter dans l'écran éteint de l'appareil, le visage triste de Carey. L'écran est comme un miroir révélateur de l'âme de l'héroïne mais aussi de son image faussée par les conventions sociales. Pour elle et pour son amant Ron, la télévision représente au contraire le retrait du monde, le refus de la nature, le conformisme, l'ennui.



Sirk oppose la ville, lieu d'hypocrisie et d'intolérance, à la campagne où règnent la nature et son corollaire humain, la sincérité.  Dans Tout ce que le ciel permet, Sirk fait montre d'un grand romantisme, lié à éloge de la vie en communion avec la nature et de l'authenticité. Ron vit simplement dans une maison modeste. Il rejette la vie policé de la bourgeoisie pleine de préjugés, ne s'intéresse ni à sa richesse ni à sa réputation. Il vit en harmonie avec la nature, sur le modèle de Walden, le livre de Henry David Thoreau (auquel il est fait allusion dans le film). La solitude de Carey, son rejet par la « bonne société », l'égoïsme et l'ingratitude dont font preuve ses enfants : tout concourt à créer autour d'elle une tension cruelle et impitoyable, ce à quoi la tranquillité du domaine sauvage de Ron et de son mode de vie apaisé apporte un contraste saisissant. Carey « renaît » au contact d'une nature sans cesse magnifiée par la mise en scène de Sirk. La neige est immaculée, les feuilles d'automne dorées... Le film rend éclatantes les couleurs naturelles et nous rappelle sans cesse la puissance de la nature.

Tout ce que le ciel permet n’est pas le mélodrame le plus bouleversant de Douglas Sirk, mais certainement l’un de ses plus ouvertement critiques. Cependant, malgré sa constante ironie, Sirk croit en la possibilité de l’amour de Cary et Ron au-delà des conventions sociales et des jugements bourgeois. La mise en scène d'un tel espoir, c'est bien tout ce que le cinéma permet.


Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Classiques
commenter cet article

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche