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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 23:43
Warner Bros.

Ronnie Barnhart est le chef de la sécurité d'un centre commercial. Quand un exhibitionniste se met à faire des passages réguliers et que plusieurs vols ont lieu dans les magasins, il se trouve désemparé. Il va prendre très mal de voir un policier local (Ray Liotta) marcher sur ses plates-bandes. D'autant que sa vie à côté de cela n'est pas très joyeuse : il vit avec sa mère alcoolique et est amoureux de Brandi (Anna Faris), une jolie fille complètement barjo qui ne daigne pas le regarder. Sorti aux États-Unis en 2009 et passé totalement inaperçue dans nos contrées, Observe & report est une comédie grinçante et décalée qui étonne par son ton volontiers trash. Bien loin de l'esprit des productions Apatow, ce film de Gary Jones et Jody Hill (ce dernier étant également le créateur de la série Eastbound & down) porte un regard féroce sur ses personnages et n'hésitent pas à jouer la carte de la violence et de la grossièreté.

On assiste avant tout à un véritable one man show de Seth Rogen, ce qui est à la fois sa force et sa limite. Rogen joue un crétin fini, impulsif et violent voire psychotique, avec sa conviction et sa puissance comique habituelles. Cette composition de fou furieux donne son ton d'ensemble à Observe & report. Complètement hystérique, le film ne recule devant aucune provocation et appelle à rire de tout - drogue, sexe, crime – de manière parfois assez sordide. L'humour noir est partout et engendre des situations presque gênantes dans l'ambiguïté du rire qu'elles appellent. Cette gène est cependant souvent désamorcée par des effets des décalages qui créent une surenchère de comique. Film de la surenchère, donc, et par conséquent non exempt de lourdeurs (Anna Faris, par exemple, en fait des tonnes). L'utlisation des décors du centre commercial est relativement intéressante, créant un monde surréel où tout semble pourvoir arriver, comme une métaphore miniature et régressive de l'Amérique profonde.  

Portraits de paumés même pas attachants (à l'exception d'un personnage de jeune femme incarnée par Collette Wolfe), Observe & report monte en puissance jusqu'à un final tout de même réconciliateur où Ronnie retrouve son statut social et trouve l'amour... mais on ne sait pas réellement s'il faut s'en réjouir, et le film entretient cette ambiguïté. Un jeu de massacre limité mais drolatique, où Seth Rogen renouvelle avec bonheur son panel comique.

Seth Rogen. Warner Bros.


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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 18:17

CYCLE ARTHURIEN 10/10

Pour achever le cycle (snif!), un film récent qui dépouille le mythe d'Arthur de toute sa dimension... mythique, justement. La prétention du réalisateur Antoine Fuqua est de revenir aux origines historiques de la légende arthurienne. Un sérieux revendiqué dès les cartons du début (on nous annonce la « vraie histoire ») et qui se maintient tout au long du film. Le scénario se fonde sur de prétendues recherches historiques récentes mais aussi sur une réalité connue des spécialistes du mythe d'Arthur : les aventures de la Table Ronde prennent place dans une période qui va de la toute fin de l'Antiquité au début du Haut Moyen-Âge. L'Empire Romain d'Occident est proche de sa chute, et ce qui ne s'appelle pas encore la Grande-Bretagne s'émancipe peu à peu de la tutelle de ce dernier. King Arthur se déroule donc à l'ère où le personnage éponyme et ses amis sont supposés avoir vécus, et non au Bas Moyen-Âge, époque où les récits majeurs de leurs aventures ont été écrits.

Ce postulat est particulièrement intéressant et rafraîchissant pour qui vient de regarder neuf autres films où décors et costumes sont ceux du XIIIème ou du XIVème siècle. King Arthur est en fait un film à la limite du péplum ! Une vision originale et déroutante du mythe, qui ne laisse guère de place à la magie - comme en témoigne l'épisode de l'épée dans l'enclume, casé en passant, dans un minuscule flashback sans intérêt. En outre, on reconnaît à peine les personnages d'origine : Guenièvre est une « maiden warrior » douée pour le combat, Merlin est un chef de guerre et le père de cette dernière (!), Lancelot est un chevalier parmi d'autres. En effet le film d'Antoine Fuqua se voulant plus ou moins « réaliste », il fait le récit de batailles, de conquêtes et de luttes de pouvoir mais laisse de côté toutes les grandes intrigues arthuriennes d'origine : le fameux triangle amoureux, la quête du Graal, Morgane, Merlin et Viviane... Malheureusement, il leur substitue un scénario assez banal de film de guerre où Arthur hésite dans son allégeance à Rome et se bat pour la liberté de son peuple. Ce choix intéressant de racler le mythe jusqu'à l'os est paradoxal car il crée un déficit de récit. On a du mal à se passionner pour une intrigue aussi faible et peu incarnée (les personnages peinent à emporter l'adhésion).  

Fuqua recherche un certain réalisme historique et traite parfois habilement des enjeux de l'époque : émancipation de la Grande Bretagne par rapport à Rome, victoire du christianisme sur le paganisme... Il n'est de plus pas sans talent et livre quelques beaux morceaux de mise en scène, comme une bataille sur la neige et la glace, et une scène d'amour assez troublante (avec cette plus value que les interprètes sont plastiquement superbes : Keira Knightley, et Clive Owen qui a rarement été aussi beau). Si le film manque un peu de puissance romanesque, il faut rendre grâce à la superbe musique de Hans Zimmer qui parvient à lui insuffler la dimension épique qui lui manque parfois. Une vue intéressante sur la légende mais dont les partis pris ne convainquent pas toujours. 




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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 00:25


Heavenly creatures fait état d’un fait divers réel, survenu en Nouvelle-Zélande dans les années 50. Fait divers sur lequel Peter Jackson pose un regard personnel et subjectif :  il entre en empathie et adopte le point de vue des criminelles, deux adolescentes de bonne famille qui assassinent violemment la mère de l’une d’elles pour ne pas être séparées. L’horreur nous est annoncée dès le début (le prologue nous montre les deux filles hurlant, couvertes de sang), aussi tout le film est-il placé sous la menace de la tragédie imminente, que le spectateur attend et craint. Jackson montre un certain talent à mettre en place une tension du début à la fin, en même temps qu’un habile mélange des genres (plutôt mélo, le film est parfois à la limite du fantastique voire de l‘horreur).

L’histoire que raconte Heavenly creatures est assez stupéfiante en elle-même pour susciter un intérêt qui ne décroit pas. Les implications psychologiques, sexuelles (homosexualité), sociales (pourquoi assassiner la mère de la famille la plus modeste des deux ?) etc. ne sont pas nécessairement toutes mises en avant par Jackson mais elles sont bien là, et ajoutent de la profondeur à ce qui n’est pas une simple anecdote glauque et gore. Le cinéaste livre un portrait appuyé mais intéressant de ces deux jeunes filles qui cherchent à vivre leur amitié au-delà des conventions. Il montre l’intensité d’une relation humaine insupportable pour la société puritaine ici décrite. Cet amour-amitié est vouée au rejet et à l’incompréhension.



Pour résister à la pression extérieure, les deux héroïnes s’inventent un monde à elles seules dévolues, elles imaginent, elles créent, comme deux artistes maudites. Problème, tout de même : la mise en image de leur monde imaginaire est quelque peu kitsch voire guimauve. Alors oui, on constate volontiers que Peter Jackson possède une personnalité de cinéaste, comme on dit. Il a du style, et de l‘imagination. Mais se laisse parfois aller à des effets de style, justement, pas très opportuns. Heavenly creatures est un mélo total, qui va parfois trop long dans l’hystérie mélodramatique, au point que l’on est plus souvent agacé qu’ému.

Dans le même ordre d’idée, on peut constater que la jeune Kate Winslet en fait un peu trop dans la frénésie ; mais sa partenaire Melanie Lynskey est parfaite en ado renfrognée qui s‘ouvre à la vie et au monde au contact de son amie. Heavenly creatures est imparfait mais assez insolite et riche pour susciter l’intérêt.

À voir aussi sur le blog
Films de Peter Jackson : Lovely bones


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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:56


Kaïro de Kyoshi Kurosawa est l'un des films emblématiques de la nouvelle vague horrifique japonaise des années 1990-2000, marquée par le retour du genre yurei eiga (film de fantôme). Dans Ring (Hideo Nakata, 1998), une cassette vidéo maudite semait la terreur dans le Japon rural en faisant surgir un spectre d'un écran de télévision. Kurosawa s'inscrit dans la continuation de cette thématique technologique - chez lui, les fantômes hantent l'internet – mais invite cette fois-ci l'horreur au cœur de la mégalopole moderne et soudain inquiétante qu'est Tokyo.

Souvenez-vous : à l'époque (2001), les modems faisaient scritch-scratch-brrrrr-bleeeeeee-tududut quand on les lançait. C'est par ce son familier que Kaïro débute. Le film se déroule dans l'univers des otakus (les geeks japonais). Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. Ils découvrent que des spectres hantent l'internet et cherchent à entrer en contact avec les vivants. L'idée originelle est superbe : le monde des âmes mortes est surchargé, l'au-delà est rempli, aussi les fantômes se voient-ils obligés d'errer sur le réseau, organisant le parasitage puis la destruction massive des vivants pour pouvoir prendre leur place. La frontière entre monde des morts et monde des vivants devient dangereusement poreuse, et ce même si Kawashima (le protagoniste majeur) cherche à rationaliser la situation et à se convaincre qu'il est bien vivant. Le fond relativement ésotérique du film n'est jamais totalement explicité : Kaïro est un film certes théorique mais qui n'oublie pas de s'incarner, notamment dans quelques scènes terrifiantes, comme celle où une jeune femme se découvre observée par un fantôme en voyant sa propre image sur un écran d'ordinateur.

© Euripide distribution.

Kurosawa se livre à une élégante et subtile allégorie de la solitude et de l'incommunicabilité moderne, à l'époque où paradoxalement les moyens de communication n'ont jamais été aussi nombreux et efficaces. Même s'ils sont attachants, les (anti)héros de Kaïro sont à peine plus consistants que des ombres qui passent – on ne sait rien de leur vie, de leur chair (ce sont des êtres plus ou moins asexués) ; l'absence de psychologie contribue à alimenter le sentiment d'étrangeté qui plane sur le film. Kaïro est un film d'horreur d'auteur sérieux, très cérébral. Il s'appuie constamment sur une atmosphère anxiogène faite de suggestion et de hors champ. Le silence domine, les images saisissantes d'une Tokyo quasiment vide, déshumanisée et courant à l'apocalypse parlent d'elles-mêmes. Le monde figuré par Kurosawa est flottant et vacillant, à la lisière à la fois de l'ultra-réalisme et du surnaturel poétique. Quand ils meurent, les gens ne laissent derrière eux qu'une ombre, une trace de cendre ou de suie qui s'évapore sans laisser de traces.

Un conte fantastique glaçant où la technologie altère et fissure (au propre comme au figuré) le réel – où la solitude et la mort (qui n'est rien d'autre qu'un « isolement éternel ») reprennent leur droit. Kaïro suscite autant la peur que la tristesse quand il dépeint un monde fragile et désespéré dont on peut toujours fuir, mais incertain de ce qui nous attend.

À voir aussi sur le blog
Films de Kyoshi Kurosawa : Tokyo sonata


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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 23:10
 


Quelques mots sur ce très très beau film honteusement sorti en direct-to-dvd en France. Greg Mottola, le réalisateur de SuperGrave, s'émancipe quelque peu de la tutelle Apatow avec ce film dont il a lui-même écrit le scénario, s'inspirant de souvenirs personnels. Adventureland se déroule donc vers la fin des années 80 et a pour héros James, un post-adolescent puceau vaguement intello, étudiant en art de la Renaissance (le craquant Jesse Eisenberg, même genre que Michael Cera), qui doit financer ses études en travaillant l'été dans un parc d'attraction un tantinet délabré.

C'est dans ce petit monde foutraque qu'il évoluera le temps d'un été où il rencontrera quelques beaux personnages : Kristen Stewart en jeune fille ultra cool mais déjà abimée par la vie, Ryan Renolds en musicien raté qui frime en prétendant avoir jammé avec Lou Reed (son meilleur rôle), Martin Starr geek génial dans la lignée de son personnage de feu Freaks and geeks la plus belle série du monde... Ce qu'il s'y passe n'est rien que de très modeste mais le regard porté sur l'adolescence, cet âge de tous les possibles, est subtile et émouvant.

Jesse Eisenberg et Kristen Stewart. Miramax Films

Si Adventureland est une avant tout comédie, chronique amusée des troubles adolescents (la relation naissante entre James et Em) et des frasques de personnages hauts en couleur (Bill Hader est délirant dans le rôle du gérant du parc d'attraction), il n'en est pas moins bercé d'une profonde mélancolie, comme si les héros de ce film d'apprentissage voyait déjà venir la fin de leur insouciance adolescente. Sur ce point, le film m'a beaucoup fait pensé au sublime All the real girls de David Gordon Green. La nostalgie du réalisateur pour sa propre jeunesse y est certainement pour beaucoup.

Rythmé par une BO à tomber (Bowie, Replacements, Yo La Tengo, Big Star, Velvet Underground...), Adventureland est une superbe film sur l'entrée dans l'âge adulte, avec son lot de satisfactions (vivre à NY et sortir avec une nana) mais aussi de renoncements : James laisse derrière lui cette communauté disparate mais unie qu'il a connu le temps d'un seul mémorable été.


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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 09:29
Connaissance du Cinéma





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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 10:00
*CYCLE TARANTINO*
(projet du blog collaboratif Le temps du cinéma)



En marge de son travail de réalisateur, Quentin Tarantino a également écrit un certain nombre de scénarios (notamment True romance de Tony Scoot et Tueurs nés d'Oliver Stone) et joué dans quelques films. Dans Une nuit en enfer, de son vieux copain Roberto Rodriguez, il fait les deux.

À en juger sur la première partie, voilà un film totalement tarantinesque, tant dans son atmosphère que dans ses thématiques : aux abords de la frontière mexicaine, deux frères criminels (Clooney et QT himself) sont en cavale après un hold up particulièrement sanglant dans un magasin, et prennent une famille américaine modèle en otage. La situation est sans nouveauté mais cocasse. Elle permet à la célèbre science des dialogues de Tarantino de faire son œuvre, même si elle semble moins rodée que dans ses propres films, ou même ceux cités plus haut. Les personnages y sont plus monolithiques et moins attachants : ainsi, Clooney joue le frère plus ou moins « raisonnable » et Tarantino le pervers maniaque (avec une complaisance parfois un peu fatigante). Cette première moitié est celle d'un Tarantino certainement moins investi, en petite forme, d'autant que le film ne bénéficie pas d'une mise en scène aussi ciselée que s'il avait été au commande.



Au mitan du film, le petit groupe passe la frontière mexicaine et se retrouve dans un bar pour routier particulièrement étrange. Ce franchissement de frontière est d'ordre géographique mais aussi générique, à en juger par la suite des événements. En effet, la seconde moitié d'Une nuit en enfer s'enclenche avec un changement de ton pour le moins radical (qui passe d'ailleurs rapidement, et ce n'est pas étonnant, par la mort du personnage interprété par Tarantino) puisque l'on se retrouve plongé dans un film d'horreur où il va s'agir de dézinguer des vampires dans un night club miteux dont il est impossible de s'échapper. Le passage, à la tombée de la nuit, du road movie « gangsteresque » à la Tarantino au film de vampire parodique assez rodriguezien (préfiguration peut-être de Planète terreur, qui s'attaquera aux zombies, autres figures classiques du film horrifique) est pour le moins abrupt...

Il va donc désormais falloir se débarrasser de créatures suceuses de sang aux corps malléables jusqu'à l'écœurement. Le jeu est amusant même si un peu gratuit, à l'image de l'ensemble d'un film qui, tout en se donnant des airs désinvoltes et premier degré, ne cesse de dévoiler malgré lui ses questionnements sur lui-même : À quel genre appartiens-je ? De mon scénariste ou de mon réalisateur, qui a le dessus ? Mes personnages fonctionnent-ils dans les deux contextes ? Défaite de cette hésitation certes ludique, on sauvera la toute fin du film, teintée de mélancolie, qui s'extirpe de la dualité des genres et des cinéastes et laisse enfin voir la beauté des personnages, jusque là relégués au second plan.



Vous l'aurez compris, il est difficile de juger Une nuit en enfer comme un tout, tant le renversement central tient de la rupture existentielle, rupture qui semble malgré tout gratuite et absurde. En bref, c'est une greffe trop apparente des styles des potes Tarantino et Rodriguez que nous offre ce curieux exercice de style, fun mais pas totalement abouti. Pour une rencontre/confrontation beaucoup plus passionnante entre ces deux cinéastes tout à fait singuliers, il est conseille de revoir le diptyque Grindhouse.

Texte également publié sur Le Temps du cinéma.

À voir aussi sur le blog
Films de Quentin Tarantino : Boulevard de la mort, Inglourious Basterds, Pulp Fiction


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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 13:10
Buena Vista International

(Toutes mes excuses à C., qui a eu la gentillesse de me prêter ce DVD - même si elle ne s'en est certainement pas aperçu)

Une petite communauté isolée vit dans la terrifiante certitude qu'une race de créatures mythiques peuple les bois entourant le village. Cette force maléfique est si menaçante que personne n'ose s'aventurer au-delà des dernières maisons, et encore moins pénétrer dans les bois... Le jeune Lucius Hunt, un garçon entêté, est cependant bien décidé à aller voir ce qui se cache par-delà des limites du village, et son audace menace de changer à jamais l'avenir de tous.

On comprend bien quelle fable politique sur les dangers du repli communautaire était visée par le cinéaste. Malheureusement, le sérieux et le premier degré avec lesquels est menée l'entreprise en font plutôt au final un nanar pas antipathique mais assez grotesque.  Tout y est extrêmement soigné, décors, costumes etc. mais ne prend jamais réellement vie. Shyamalan est un petit malin qui parvient parfois à nous prendre dans le filet de ses récit alambiqués, mais ce n'est quasiment jamais le cas dans ce Village dénué de toute passion, sinistre parabole où tout semble en roue libre, à commencer par les comédiens...

Adrien Brody.

Ça fait mal de le dire, mais les deux interprètes principaux, Joaquin Phoenix et Adrien Brody, (et Dieu sait que je les aime) sont mauvais comme des cochons. Le premier à l'air de s'ennuyer à mourir en héros inexpressif et à moitié autiste, le second cabotine comme rarement dans le rôle du débile mental des service. Il faudrait lui montrer cette séquence de Tropic Thunder où Robert Downey Jr. explique à Ben Stiller que jouer un idiot seulement idiot ne rapporte pas un clou. Le personnage de Brody est une sorte d'ancêtre du Simple Jack de Ben Stiller, à la différence (majeure) qu'il n'est pas une parodie... Il est juste pathétique. Seule la jolie Bryce Dallas Howard s'en sort avec les honneurs.

Alors que j'avais défendu l'année dernière le très décrié Phénomènes, pour son entièreté, sa sincérité, et l'authenticité de son envie de cinéma (très premier degré là aussi, mais dans le beau sens du terme), ici rien de tel. Pas le moindre plaisir ne parvient jusqu'à nous, que ce soit dans la mise en scène inutilement ampoulée, ou dans le récit ultra balisé et couronné du fameux twist final cher à Shyamalan, ici tristement prévisible. Ni série B fantastique divertissante, ni film d'auteur passionnant, Le village ennuie profondément, malgré quelques belles idées. Je reste partagée sur le cas Shyamalan (aimé : 2, pas aimé : 2), attendant d'en voir plus pour trancher.

À voir aussi sur le blog
Films de M. Night Shyamalan : Phénomènes


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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 15:03
Les Acacias

Des producteurs verreux montent une comédie musicale désastreuse : "Le printemps d'Hitler" et s'assurent que l'echec du spectacle leur rapportera la fortune. Mais prise au second degré par les spectateurs, la pièce remporte un vif succès !

Les producteurs est le premier film de l’excellent Mel Brooks, l’un des papes de la comédie américaine, et s’inspire de façon détournée de sa propre expérience à Broadway. C’est une comédie de 1h30, format parfait, au rythmé trépidant, au ton irrévérencieux et au mauvais goût assumé (mais Oscar du meilleur scénario quand même). Mel Brooks nous embarque dans une jubilatoire entreprise de destruction (finalement inefficace) ; il s’agit donc de monter le flop le plus total : trouver la pièce la plus indigente sur le fond comme sur la forme (écrite par un nostalgique du 3ème Reich), le metteur en scène le plus incompétent (travesti la moitié du film), le moins bon Hitler chantant et dansant (le délirant Kenneth Mars) etc.

La comédie musicale qui en résulte est assez hilarante, et les chansons excellentes. Le film fait parfois penser au chef-d’œuvre de Lubitsch, To be or not to be (dont Brooks a d’ailleurs produit en 1983 un remake dans lequel il tenait le rôle principal) : humour juif et regard amusé sur le monde du théâtre, par l’intermédiaire d’une hallucinante pièce satirique sur Hitler. Certes, la mise en scène n’est pas vraiment le souci premier de Mel Brooks. Les producteurs, c’est avant tout du théâtre filmé (surjeu, apartés au spectateur), mais quel théâtre ! Gene Wilder et Zero Mostel cabotinent avec talent, duo comique barjo à la limite de l’hystérie mais toujours plein d’énergie et provoquant des avalanches de gags hénaurmes. Ça ne fait pas toujours dans la subtilité mais qu’est-ce que c’est drôle ! Vraiment à mourir de rire.



À lire : la critique du remake de 2005 avec Uma Thurman et Will Ferrell entre autres.


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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:22


Dans le dernier Chabrol, Bellamy, Depardieu répond à quelqu'un qui lui demande s'il est bon ou méchant : « 50-50, comme tout le monde ». Cette morale toute chabrolienne fonctionne à plein dans son très beau Une affaire de femmes. C'est l'histoire vraie de Marie, une «faiseuse d'anges » sans scrupule qui fut exécutée sous l'Occupation le 30 juillet 1943, en est l'héroïne. Une personnage complexe, ni coupable ni innocente, mais qui a ses raisons, comme tout le monde là aussi.

Chabrol montre la vie quotidienne en cette période trouble de l'Occupation: les tickets de rationnement, les trafics illégaux, les maris qui reviennent du front, les amis qui disparaissent du jour au lendemain. Parce qu'elle veut échapper au cercle macabre de sa petite vie morose et misérable, Marie pratique des avortements, loue parfois une chambre à une prostituée... Son désir de confort, de réussite sociale, de respectabilité va se confondre avec ce qui la mènera à la déchéance et en fera l'incarnation du mal, le bouc émissaire d'un pays alors peu reluisant moralement parlant. La mise en scène de Chabrol, comme d'habitude peu voyante, est d'une précision remarquable, notamment dans les scènes d'intérieurs où l'étroitesse des lieux reflètent le mécanisme mortifère dans lequel s'embarque Marie, avec toute sa famille. Le cinéaste est plein de compassion pour sa protagoniste, en revanche il jette un regard sans pitié sur la France de l'Occupation et son lot de traîtres, de délateurs et de donneurs de leçon.

Isabelle Huppert et François Cluzet. Collection Christophe L.

Et Marie, bien sûr, c'est Isabelle Huppert, principale égérie de Chabrol depuis Violette Nozière en 1978, particulièrement excellente ici, avec ce mélange de douceur et de détermination. Une personnage paradoxal et passionnant, que Chabrol filme comme tel, sans jugement. Les autres interprêtes sont à l'avenant, François Cluzet en marie largué et Marie Trintignant en « pute au grand coeur ». Dans ce film remarquable, Claude Chabrol met admirablement en relief les contradictions d'une femme et d'une société en mal de repères et qui tente de s'en sortir, entre système D et dilemmes moraux. Le cinéaste n'a pas peur de filmer la France de Vichy sous ses aspects les moins reluisants, avec un réalisme qui cependant ne se fait jamais moralisateur. L'un des brillants sommets de la collaboration Chabrol-Huppert.

À voir aussi sur le blog
Films de Claude Chabrol : Bellamy, L'ivresse du pouvoir


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