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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 23:39

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Il y a plusieurs films dans Journal de France. Voyage et rétrospective, portrait d'un pays et déclaration d'amour tout à la fois, ce film à deux voix (celles de Raymond Depardon et de sa compagne et collaboratrice de toujours Claudine Nougaret) fait le pari de fondre en un seul deux projets de films.


Il y a, d'abord, Depardon qui s'offre un voyage en solitaire sur les routes de France, une expédition automobile durant laquelle il photographie inlassablement les lieux et les gens de la France des villes et des villages qu'il n'a cessé de raconter et d'inventer. Cet assez plaisant road trip est scandé d'images d'archives plus (les débuts derrière la caméra, Depardon filmant Nougaret) ou moins (extraits de ses célèbres et célébrés 1974 une partie de campagne, Reporters, 10e chambre instants d'audience...) inédites - que Nougaret, restée à Paris pendant ce temps, commente en un retour chronologique et linéaire sur la carrière de son cinéaste adoré.

La superposition de ces deux idées pour le moins dissemblables n'est cependant guère féconde et aboutit tristement à une œuvre extrêmement scolaire et répétitive où rien ne dialogue véritablement. Le voyage de Raymond et le récit de Claudine, le présent et le passé, sont juxtaposés sans que rien ne naisse de leur rencontre pourtant potentiellement « choc » (un bonhomme taiseux déambulant dans le désert français, le chaos du monde qu'il a autrefois capturé et raconté). Sous son titre très ronflant, rien ne se cache dans Journal de France qu'une rétrospective quasiment dénuée de point de vue : on peine à voir ce que ce « journal » nous apprend, sur la France, sur Depardon (à moins ne pas du tout le connaître) ou sur Nougaret. Si l'on entend par endroits, dans les commentaires de celle-ci en voix off, une tendresse et une admiration émouvantes, ils sont malheureusement dans l'ensemble d'une platitude lénifiante.

Par moments, nécessairement, on est pris en à peine quelques secondes par la puissance des images, même celles vues et revues, de Depardon - par l'actualité de son cinéma, par sa capacité à capter des bouts de réels fascinants et bouleversants. On n'avait cependant pas besoin de Journal de France pour cela. La partie la plus singulière et touchante du film reste le voyage de Depardon, son personnage de routier affable et modeste, ces instants où il commente ses propres gestes d'artiste, s'adresse à ses modèles ou fait une remarque discrètement mélancolique en arrêtant sa camionnette sur le bas-côté. Le film émeut également par endroits lorsqu'il nous dévoile ce qu'il a échoué ou renoncé à être : un vibrant autoportrait de couple (les images de Nougaret jeune filmée par Depardon sont magnifiques). C'est cependant bien peu au regard de la déception que fait naître ce Journal de France aux raccords artificiels et au déroulement redondant.

Il y a bien plusieurs films dans Journal de France. Mais Le portrait amoureux et la plongée dans l'histoire contemporaine de la France, le road trip de Raymond et le montage d'archives se parasitent les uns les autres, si bien que le film finit par s'effondrer et ne plus rien dire. Reste la singularité d'un regard de cinéaste, qui pointe par moment sous cette forme ingrate, et émeut malgré tout.

Notes sur le DVD


Un intéressant petit document, « La France de Raymond Depardon », dans lequel le cinéaste explicite le projet et la genèse du film




Sorti en DVD et Blu-Ray chez Arte le 5 novembre.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez d’autres oeuvres sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses que la liste liée au documentaire ou celle nommée sortie cinema]

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 19:45

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Inclassable Michael Winterbottom. Pour preuve, on trouve parmi ses derniers films sortis en France, un thriller (The Killer inside me), une road trip comique (The Trip), une film érotique (9 songs), un drame politique (Un cœur invaincu)... Inclassable et inégal, car pour quelques réussites, on trouve aussi dans sa filmographie des films d'une effrayante médiocrité (Un été italien, pour ne citer que lui). Aussi ne sait-on a pas vraiment à quoi s'attendre en lançant Trishna, adaptation libre de Tess d'Urberville de Thomas Hardy (comme l'était le Tess de Roman Polanski).

Winterbottom transpose l'action du roman de nos jours, dans la province indienne du Rajasthan où l'héroïne éponyme (Freida Pinto), paysanne pauvre, fait la rencontre d'un jeune homme fortuné, Jay (Riz Ahmed). Puis, c'est un mélodrame où la passion amoureuse va se heurter aux traditions, aux rapports de classe et à la cruauté inattendue de Jay. Sujet tout autant banal et cliché que potentiellement sublime.

On déchante rapidement tant le film est d'emblée dépourvu de la moindre passion, de la moindre fougue, non seulement dans la mise en scène (indigente), mais aussi dans le récit même. Le réalisateur se contente de filmer quelques saynètes expliquant le contexte à chaque fois que celui-ci change, avant de lancer une ellipse platement illustrative matinée de musique, Bollywood style. On a rarement vu manière aussi paresseuse de marquer le passage du temps dans un film. Les inconséquences du récit sont terribles car elles noient l'éventuel propos sociologico-politique du film (la dualité tradition/modernité, un regard sur l'Inde contemporaine), mais aussi tout intérêt pour le destin des personnages, et notamment celui de Trishna elle-même.

S'attacher à une jeune femme dont les rêves et les ambitions sont sans cesse menacés et brisés par l'ordre social, rien de plus facile a priori. Et pourtant. À aucun moment cette héroïne insupportablement passive et soumise ne suscite la moindre empathie. C'est que le récit est tellement elliptique et allusif qu'il ne donne jamais l'occasion d'accéder à l'intériorité de ses personnages. Et quand Winterbottom se permet, sans même nous avoir autorisé à l'aimer quelque peu, de torturer son héroïne au cours de quelques séquences affreusement voyeuristes, le film, de médiocre devient carrément obscène. La pauvre Freida Pinto n'a alors plus grand chose à défendre... Même réflexion du côté du personnage masculin, profondément antipathique et dont on ne comprend jamais les changements d'humeur (Winterbottom a semble-t-il fondu en un seul plusieurs personnages distincts du roman de Hardy).

Et l'Inde dans tout ça ? Winterbottom se complaît dans un exotisme franchement agaçant. Il se contente de capter platement les décors (pittoresques, évidemment), les couleurs (vives et nombreuses, naturellement) et les musiques (typiques, constamment). On ne voit rien de l'Inde, ou si peu : palais sublimes versus slums délabrés, séquences Bollywood versus naturalisme de pacotille... Impossible alors de comprendre en quoi l'idée de greffer l'esprit européen de Tess sur l'Inde d'aujourd'hui et sur Bollywood a le moindre intérêt. Clairement, elle n'en a pas, en tout cas pas sous cette forme, et pas dans ce film indigne, grossier et désagréable.

Notes sur le DVD

En bonus, un entretien avec le réalisateur qui évoque notamment son attachement au roman de Thomas Hardy et son point de vue sur la pertinence d'une adaptation en Inde. Peu fouillé, mais pas inintéressant, il permet de mettre en perspective l'échec total du film...

 

Sorti le 18 octobre chez Bac Films.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films dans la catégorie Film d'amour]

 

1-etoile.jpg 

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 16:13

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Études sur Paris est un film retrouvé. Très bien reçu à sa sortie en 1928, et même déjà perçu comme le document précieux, le poème urbain avant-gardiste qu'il est effectivement, il tombe pourtant dans l'oubli pendant des décennies avant d'être l'objet d'un travail de réhabilitation et de restauration aboutissant aujourd'hui à l'édition par Carlotta de ce très beau DVD. Son auteur ? Le bordelais André Sauvage, artiste multiple (poète, écrivain, peintre) et tristement oublié. Études sur Paris est son troisième film.

Sauvage y propose une visite du Paris des Années Folles. Cinq visites successives, en fait, puisque le film est scindé en cinq parties, géographiques et thématiques : « Paris-Port », « Nord-Sud », « Îles de Paris », « Petite Ceinture », « De la tour Saint-Jacques à la montagne Sainte-Geneviève ». Le cinéaste adopte une attitude de promeneur, de flâneur, à la recherche tout à la fois de la bizarrerie, du sordide, de la beauté et de la drôlerie de la ville. Flâneur, cela ne veut pas dire touriste, au contraire. Le regard cherche à épuiser tous les aspects d'une ville protéiforme et en mutation. Monuments, voies de communication (rues, fleuve, voies ferrées), lieux de travail (commerces, chantiers) ou de loisirs (parcs, piscine), tout est observé avec la même attention. Le film nous plonge dans le présent d'une ville, avec ces moments saisis au vol, ces images furtives de lieux et de personnes qui auront disparu demain. C'est bouleversant.

Mais bien entendu, Études sur Paris est bien plus qu'un simple témoignage d'une époque. Ce qui frappe et bouleverse également (et même surtout), c'est la puissance visuelle du film, son incroyable inventivité formelle. On sent la fascination du cinéaste pour les signes de la modernité qui se multiplient dans la ville et se coulent dans la matière même du film. En cela, et en beaucoup d'autres points, Études sur Paris fait évidemment penser à L'homme à la caméra de Dziga Vertov, avec son montage astucieux, volontiers poétique et abstrait sans pour autant être trop « signifiant ».

Les vues urbaines de Sauvage ne sont jamais statiques. La caméra est régulièrement placée sur des supports en mouvement (notamment des bateaux), ou bien au milieu d'éléments mobiles (comme dans ces plans fascinants de rues où se bousculent les gens et les véhicules). Vitesse et mouvement sont les maîtres mots d'un film à la fois monumental et aérien, imposant et léger. Cette fresque urbaine aux vertus hypnotiques fait d'André Sauvage l'égal de Vertov ou de Vigo (À propos de Nice) pour rendre justice à l'incroyable pouvoir de captation du réel qui est celui du cinéma.

 

etudes 4
Notes sur le DVD


La très belle édition DVD de Carlotta inclut un très instructif livret revenant sur le parcours et l’œuvre de l'artiste, ainsi que sur la réception du film à l'époque. En bonus, des rushes et des morceaux retrouvés de films divers tournés par Sauvage entre 1923 et 1930.

Côté documentaire, La traversée du Grépon, dont seules sept minutes ont subsisté, présente d'impressionnantes images d'alpinisme. Bien que leur valeur cinématographique ne soit pas exactement manifeste, on ne peut s'empêcher d'être ému par ces tout petits bouts de film, seuls restes d'une œuvre désormais perdue et qu'on ne pourra jamais juger dans son ensemble. Même chose pour Portrait de la Grêce (dont les extraits encore existant sont tout de même plus conséquents – environ une demie heure). Comme dans Études sur Paris, Sauvage tente d'embrasser les facettes multiples du pays, visitant à la fois les lieux vivants (le présent, la ville, les travailleurs) et les lieux « morts » (plans « touristiques » de monuments célèbres).

Pour finir, deux plaisantes fictions qui révèlent le goût du cinéaste pour le burlesque. Edouard Goerc à Cély est un amusant portrait à la fois vaudevillesque et mélodramatique, dans lequel Sauvage tient le rôle principal. Quant à Pivoine déménage, avec Michel Simon en clochard, c'est une « scène de la vie parisienne » qui pourrait être un complément fictionnel et parlant des Etudes. (le film était sonore mais sa bande son a disparu, ô ironie !). Dans les deux cas, les films amusent mais valent également pour leur aspect documentaire, escapade à la campagne d'un côté, belles vues urbaines de l'autre.


[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films, dans les catégories Documentaire et Meilleurs films] 

 

45étoiles

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:08

Panic sur Floirda Beach tient à la fois du teen movie tendre et drôle, de l'hommage nostalgique et de la satyre délirante. Ce film étonnant et méconnu, probablement le plus personnel de Joe Dante, se déroule à Key West en Floride en 1962 en pleine crise de Cuba. Le jeune protagoniste, Gene, est un collégien de son époque, nerd sur les bords, qui s'inquiète pour son père militaire, parti en mission. Il passe le plus clair de son temps au cinéma avec son groupe d'amis. Le titre original, Matinee (le titre français n'a strictement rien à voir avec l'original mais pastiche de façon plaisante les titres des séries B d'antan) désigne d'ailleurs les séances de cinéma de l'après-midi, dont les billets étaient très peu chers et où les adolescents se rendaient en bande.


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Panic sur Florida Beach est un hommage aux séries B voire Z américaines, ces films fantastiques à budget modeste que les studios produisaient à la chaîne (La créature du lac, L'homme qui rétrécit, L'attaque de la femme de cinquante pieds et autres merveilles). Il y a d'ailleurs un film dans le film, petit chef d’œuvre parodique intitulé Mant ! L'homme-fourmi que son producteur et réalisateur interprété par John Goodman vient présenter à Key West (une hilarante version de quinze minutes est disponible dans les bonus du DVD). Le film de Joe Dante, nostalgique sans être passéiste, décrit avec tendresse la fin d'une époque (on est en 1962, l'âge d'or de ces productions est en passe de s'achever).

La reconstitution est plaisante, rassemblant tous les signes de l'époque (costumes, décors, musique etc.), et Dante livre un commentaire pertinent sur les États-Unis de la Guerre Froide : menace atomique, chasse aux sorcières, paranoïa ambiante. Le regard posé par le cinéaste sur les personnages et le monde qu'il filme est tout à la fois drôle et bouleversant.

En supplément du DVD, un entretien très éclairant et passionné avec Joe Dante. Le cinéaste retrace le parcours difficile d'un film désespérément « difficile à vendre » tant il est singulier. On apprend que le film devait au départ contenir des éléments de fantastique et d'horreur, tels qu'un vampire projectionniste, avant devenir un hommage plus réaliste aux séries B qui ont bercé son enfance. Dante exprime ici comme dans tous ses films son amour du public, de la salle de cinéma, de l'écran, du projecteur, en bref du cinéma comme expérience partagée.

 

Panic sur Florida Beach / Matinee (Joe Dante)
USA, 1993, 99 min
Avec John Goodman, Cathy Moriarty, Simon Fenton
DVD sorti le 1er juin 2011 chez Carlotta

 

4étoiles

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 14:22

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Un soldat britannique de retour d'Afghanistan, désemparé et passablement traumatisé, se laisse engager par une agence gouvernementale de lutte contre le terrorisme. À mesure que sa mission avance, il découvre des liens étranges entre les services secrets et le trafic de drogue. Thriller conspirationniste de l'anglais Matthew Hope, The Veteran a le mérite d'être un peu plus que ce à quoi on s'attend : loin de n'être qu'une succession de fusillades et de rebondissements, il pose un regard lucide sur une situation géopolitique pour le moins complexe, et n'oublie pas de prendre le temps de développer ses enjeux.

Entre réalisme social à l'anglaise et thriller fauché, le film peine malheureusement à trouver une véritable identité, faute d'originalité narrative ou esthétique. Il reste cependant efficace et intéressant, avec un rythme relativement lent qui ménage des moments de silence et de tension. Les paysages urbains moroses, les ambiances de nuits glauques : tout une imagerie liée au polar, clichée mais plaisante, est convoquée. The Veteran doit également beaucoup au charisme et au jeu très physique de son acteur, Tobby Kebell, dont c'est le premier rôle principal.

Dans le dernier quart d'heure, le film s'emballe ; une violence inattendue et extrême se déverse, libérant ainsi la tension contenue pendant tout le récit. Ce déchaînement est d'autant plus marquant qu'il surgit dans un contexte réaliste, que le cinéaste s'est appliqué tout du long à conserver.

 
Notes sur le DVD
La jaquette est l'occasion de rire un peu avec son visuel qui vend un film d'action bourrin, ainsi que des textes annonçant entre autres « un film d'action survitaminé dans la lignée de Wanted ». Dans le genre publicité mensongère, une belle prouesse.
À part ça, image et son de qualité. VO et VF disponibles. Pas de bonus.

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site CinéTrafic]

 

Distribué par CTV – DVD sorti le 1er février.

Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans les catégories Film d'action et Film 2011.

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 23:22

 

« Beaucoup de films ont montré ce que ces gens pouvaient endurer pour arriver ou pour rester chez nous. J’ai voulu montrer ce que NOUS leur faisons endurer pour qu’ils rentrent chez eux. » C’est par cette déclaration explicite et politique qu’Olivier Masset-Depasse décrit le désir qui l’a animé dans la réalisation d’Illégal, son second long-métrage. Sorti dans les salles françaises en octobre dernier, ce film belge à la fois modeste et puissant n’est pas passé inaperçu, son succès d’estime l’amenant même à être nommé cette année pour le César du meilleur film étranger.

Voir ou revoir Illégal en DVD, c’est faire l’expérience d’un film engagé et enragé dont le propos résonne douloureusement avec l’actualité française et européenne : les expulsions, les centres de rétention et les débats stériles sur l’immigration. L’action se déroule en Belgique, mais sa portée est bien évidemment plus large. Illégal, c’est l’histoire de Tania, immigrée russe qui (sur)vit en Belgique avec son fils de quatorze ans, Ivan. Un jour, ce qu’elle redoutait tant arrive : contrôle de police, elle est envoyée en centre de rétention et sait qu’elle risque, d’une minute à l’autre, d’être renvoyée dans son pays d’origine. Le film est un brûlant portrait de femme, une éloge de l’abnégation et le courage d’une mère prête à tout pour protéger son fils, et en lutte permanente pour la survie et la dignité.

Filmé à proximité des corps et des visages, en particulier ceux de l’héroïne, Illégal est d’un réalisme âpre, frontal. Il décrit minutieusement le quotidien d’un centre de rétention, les conditions de vie déplorables, la peur permanente, les rapports ambivalents avec les geôliers et les policiers. Cette retranscription d’une réalité concrète et spécifique (Masset-Depasse a enquêté, s’est rendu dans des centres pour en comprendre le fonctionnement) est un témoignage précieux d’une époque, d’un lieu, d’une société ; mais aussi un formidable et violent portrait de l’(in)humanité. Le film laisse cependant entrevoir, par fines touches, ce qui reste d’humain dans un contexte inhumain. Ce qui reste avant tout, c’est cette femme, Tania, admirablement incarnée par Anne Coesens, collaboratrice de longue date du cinéaste.

Esse Lawson et Anne Coesens. Haut et Court

Au final, ce qui est illégal ici, ce ne sont pas les gens, c’est bien le système qui permet ces traitements, ces violences et ces humiliations. Virulent et partisan, Illégal n’est pas pour autant simpliste ou manichéen : une partie du personnel des centres de rétention est lui aussi victime et n’est pas dépourvu d’empathie. On regrette parfois un chouilla de sentimentalité dans la description de la relation entre la mère et le fils et dans la caractérisation de Tania comme mère courage irréprochable. Cependant, l’attachement du réalisateur à son personnage et le pari, qu’il tient jusqu’au bout, de lui coller aux basques pour en tirer l’essence et la vérité, force l’admiration.

S’il n’est pour l’instant ni Ken Loach ni les frères Dardenne, Masset-Depasse fait tout de même preuve d’un talent de mise en scène indéniable, à la fois sobre et rugueux. C’est ce que confirme, dans le DVD édité par France Télévisions, la présence de deux courts-métrages du réalisateur, Chambre froide et Dans l’ombre, dans lesquels Anne Coesens apparaît. On y perçoit déjà une forme de crudité et d’amertume qui s’épanouit aujourd’hui dans Illégal sous la forme d’une charge politique et humaniste tout à fait admirable.

Chronique écrite pour et grâce au site Interlignage.


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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 21:52
Pretty Pictures

 

Portrait d'une grande figure de l'art contemporain, Louise Bourgeois : l'araignée, la maîtresse et la mandarine, est une œuvre de longue haleine, réalisée sur une période de quatorze ans. La réalisatrice Marion Cajori (déjà auteure de films consacrés à l'art contemporain) décédée en août 2006 durant le montage du film, c'est la critique d'art Amei Wallach qui le termina.

Artiste longtemps « maudite », née en France puis naturalisée américaine, première femme à avoir eu les honneurs d'une rétrospective au MoMA de New York, la sculptrice Louise Bourgeois est une artiste hors norme, et une femme passionnante. Ce documentaire permet à la fois aux néophytes (comme moi) de se familiariser avec son œuvre et aux plus fins connaisseurs d'approfondir leur compréhension grâce à d'étonnantes images de l'artiste au travail. Bien que cédant aux passages obligés de la biographie et de l'image d'archive, les deux réalisatrices préfèrent s'attarder sur les gestes présents de l'artiste, sur ses œuvres, son processus créatif, et aussi sur ses mots.

De facture traditionnelle - alternance d'images d’œuvres d'art en train de se faire, de commentaires sur ce même art par Louise Bourgeois, et d'interviews de ses collaborateurs – Louise Bourgeois... contient cependant quelques beaux moments de cinéma, notamment lorsque la caméra s'attarde dans la contemplation du processus artistique. C'est la partie la plus intéressante du film, même si l'histoire personnelle de l'artiste, son engagement (féministe, notamment), et sa dimension de véritable icône permettent un éclairage également enrichissant. Le film suscite des réflexions sur les liens entre l'art et le marché, et sur la nature même de l'art, en l’occurrence celui, relativement rare au cinéma, de la sculpture.

Louise Bourgeois. Pretty Pictures

Louise Bourgeois devient ici un véritable personnage, assez fascinant à regarder, passionnant, agaçant, émouvant. Ses propos sont tranchées, honnêtes, et surtout libres. Le film est clairement en admiration totale devant elle, mais parvient è conserver une distance qui l'évite de tomber dans l'hagiographie lénifiante. Louise Bourgeois est décédée en avril 2010, le film de Marion Cajori et Amei Wallach apparaît donc désormais comme un hommage vibrant à une grande artiste et un précieux témoignage, conservation en image de son processus créatif.

Notes sur le DVD

Asses complet et fidèle à l'esprit du film, il propose :
- deux courts interviews, l'une de la co-réalisatrice Amei Wallach, l'autre du monteur Ken Kobland. Ils y évoquent notamment de la nature de leur travail avec la seconde réalisatrice, Marion Cajori, et leur perception de la personnalité et de l'art de Louise Bourgeois.
- 45 minutes de scènes coupées (dix séquences en tout) qui auraient très bien pu se trouver dans le montage final, et permettent si on le souhaite de prolonger l'aventure immersive du documentaire.
Dans l'ensemble, un bon complément au film.

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site CinéTrafic]
 
Film disponible en DVD depuis le 9 mars 2011 aux éditions M6 Vidéo.

À voir également
Fiche CinéTrafic de Louise Bourgeois...
Une liste consacrée aux films autour de la sculpture.


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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 00:51


Aujourd'hui complètement oublié, Young guns avait pourtant obtenu un certain succès aux États-Unis à sa sortie en 1988. Western habile qui tente aussi modestement de s'approcher de la vérité historique, on y découvre la jeunesse du légendaire Billy le Kid, figure de proue de l'Ouest mythique. Il est ici un personnage de vengeur puéril mais séduisant, entouré d'un groupe de bandits charmants aussi jeunes, beaux et fous que lui. Le casting du film fait figurer un nombre relativement important de « fils de » : Charlie Sheen et Emilio Estevez, les fils de Martin Sheen, Kiefer Sutherland et même Patrick Wayne, le fils du grand John, dans le rôle du shérif Pat Garrett. En face d'eux, les baroudeurs du film d'action que sont Jack Palance en méchant et Terence Stamp dans le rôle du sage mentor de la bande de jeunes. Sorte de symbole d'un passage de témoin à la nouvelle génération ?

Pourtant, le film n'appelle véritablement à aucune lecture de la sorte, à aucune surinterprétation, et est plutôt d'un premier degré total. Young guns n'est en rien une tentative de renouveler le genre du western, il cherche au contraire à en retrouver les codes pour nous plonger dans un univers familier et plaisant. Pas d'esthétique crépusculaire, pas de conscience de la fin du genre. C'est un film confortable et prévisible, mais foncièrement sympathique, au scénario efficace et rythmé. Dans le même ordre d'idée, la mise en scène de Christopher Cain est totalement passe-partout mais a le mérite de ne jamais se faire pesante ou démonstrative. Son côté approximatif ajoute même au charme du film (avec notamment une bande son quelque peu incongrue). La violence de l'Ouest, le massacre des Indiens, le banditisme, la solitude des personnages sont des thèmes abordés, mais toujours de façon légère. L'intrigue culmine dans une fusillade finale aux accents de tragédie, très bien orchestrée, qui finit de nous convaincre de la réussite du film, à sa modeste échelle.

Le principal atout de Young guns reste son interprétation, chaque jeune acteur jouant avec les autres tout en faisant vivre son personnage avec fougue et conviction, notamment le très charmant et convaincant Emilio Estevez dans le rôle principal, et un Kiefer Sutherland d'une douceur étonnante, incarnant le romantique de la bande. Pour info, Young guns a fait l'objet d'une suite en 1990, dans laquelle tous les jeunots précités ont repris du service.

Terence Stamp et Emilio Estevez. Collection Christophe L.

Notes sur le DVD
C'est la deuxième sortie DVD du film, après celle de 2002. L'image y est de qualité ; un problème un peu perturbant de son dans une scène vers 40 minutes du film, j'espère qu'il s'agit simplement d'une anomalie de mon DVD test.
En bonus, un documentaire intitulé Billy le Kid, l'histoire vraie, court film de 30 minutes très pédagogique, avec photos, archives et interviews d'historiens. Un document basique et un peu cliché (voix-off niaise, musique country), mais intéressant si l'on veut approfondir sa connaissance de la vie et des frasques du Kid, et départir la vérité historique de la légende, perpétuée notamment par de nombreux westerns.

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site CinéTrafic]

Film disponible en DVD le 1er avril 2011 aux éditions Metropolitan.

À voir également
Fiche CinéTrafic de Young guns.
Une liste consacrée aux films d'action comiques.

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 22:42


Figure désormais établie comme légendaire, la papesse Jeanne est une femme qui, au IXème de notre ère, aurait berné le Vatican et toute la hiérarchie chrétienne en se faisant passer pour un homme et en accédant ainsi à la papauté pendant deux ou trois ans. Le film (anglophone) de l'Allemand Sönke Wortmann retrace son histoire dans une fresque médiévale appliquée et intéressante, sans grande personnalité cependant. Portrait d'une femme révoltée et érudite en butte à l'obscurantisme religieux, La papesse Jeanne rappelle le film d'Alejandro Amenabar Agora, tout en étant démuni de sa frénésie épique.

Les films consacrés au Moyen-Âge sont relativement rares pour qu'on prenne plaisir à être ici dépaysé. En plus d'une reconstitution impeccable mais attendue (décors et costumes font tout pour « faire vrai »), La papesse Jeanne s'intéresse de près au contexte culturel et aux mentalités de l'époque : le christianisme se solidifie mais est encore menacé par les rites païens, l'érudition s'installe comme nouvelle valeur. Mais c'est surtout à un commentaire sur la place de la femme dans le monde médiéval que se livre le film : considérées comme indignes de recevoir une éducation, les femmes sont confinées dans la domesticité et traitées avec la plus grande violence. Rien de bien neuf, certes, mais le déchaînement d'agressivité masculine et patriarcale (pas seulement, d'ailleurs) exercée sur une héroïne qui ne cherche d'abord qu'à savoir et à aimer est illustrée de façon efficace et parfois terrifiante.



En contrepoint, le film brosse un portrait sans nuances de son héroïne : exemplaire dans la foi, érudite, intelligente, rebelle, généreuse, charitable etc. On aurait pu attendre un personnage plus torturé et ambigu, ne serait-ce que sur le plan sexuel. Le dithyrambe exaspère quelque peu, et quand l'intrigue verse inutilement dans le drame amoureux un peu plat, on finit par s'ennuyer. Retraçant l'itinéraire de son héroïne avec tous les passages obligés - enfance malheureuse, adolescence rebelle, installation réussie dans les institutions chrétiennes puis déchéance et mort brutale et tragique - La papesse Jeanne crée une certaine monotonie et ne justifie pas toujours sa durée de deux heures et vingt minutes. On l'aura compris, ce film historique ne se démarque en rien en ce qui concerne la mise en scène, mais ne démérite pas dans le traitement de ses thématiques et le regard sur un personnage somme toute fascinant.

Notes sur le DVD
Effort minimum au niveau des bonus, mais effort tout de même : un making-of, ni plus ni moins passionnant qu'un autre.

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site CinéTrafic]

Film disponible en DVD depuis le 2 novembre 2010 aux éditions M6 Vidéo.
Fiche CinéTrafic de La papesse Jeanne.


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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 15:46


Rabia est le troisième long-métrage de l'équatorien Sebastian Cordero, et son premier tourné en Espagne, sous la houlette de Guillermo del Toro. Vendu comme un trhiller sexuel intense et dérangeant, le film surprend pourtant par la placidité avec laquelle il déploie son dispositif narratif et formel. L'intrigue de Rabia est plutôt excitante : Rosa est domestique dans une grande maison bourgeoise. Son petit ami, José Maria, tue accidentellement son patron et décide de se cacher dans la demeure en question. Il dissimule sa présence à sa compagne et est contraint de la regarder souffrir sans mot dire. Dans le même temps, reclus dans les étages supérieurs de la maison sans pouvoir en sortir, il sombre dans la folie et la maladie.

D'emblée, malgré une volonté naturaliste de montrer la misère de certains quartiers madrilènes et la violence des rapports de classe qui s'y tissent, un climat étrange et angoissant s'installe et la tension ne cessera d'augmenter. La mise en scène de Cordero impose une certaine froideur mais suggère aussi des forces inquiétantes, comme dans ces beaux plans séquences où la caméra serpente dans les méandres de la maison (le cinéaste exploite fort bien ces décors) : on ne serait pas surpris que le film bascule dans le fantastique ou dans l'horreur.

Mais la cruauté de ce huis clos se situe autre part : dans l'évolution des personnages et de leurs rapports. Rabia fait le portrait sans concession des employeurs de Rosa, bourgeois méprisants et condescendants derrière leurs sourires hypocrites. L'atmosphère se fait alors quasi bunuelienne. Le film est également assez déchirant dans sa réflexion tragique sur le regard : José Maria est contraint de rester tout près de la femme qu'il aime, de l'observer sans pouvoir venir à son secours. Il se transforme en un espèce d'animal en cage, dont les seuls liens conservés avec l'humanité sont les coups de téléphone qu'il passe régulièrement à Rosa. Il faut à ce titre saluer la performance très physique et intense de l'acteur, Gustavo Sanchez Parra.

Haut et Court

Mélodrame déguisé en thriller claustrophobique, Rabia n'est pas exempt de défauts et lourdeurs, comme cette lumière morne et verdâtre qui domine dans les scènes d'intérieur et insiste inutilement sur la dimension crasseuse et mortifère des décors. Cependant, le film reste passionnant et haletant malgré sa beauté froide et oppressante – ou peut-être grâce à elle.

Notes sur le DVD
Comme souvent, on regrette l'absence de véritables bonus en dehors d'une bande-annonce.
 
[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site CinéTrafic]

Film disponible en DVD depuis le 19 octobre 2010 aux éditions M6 Vidéo.
Fiche CinéTrafic de Rabia.

À voir également sur CinéTrafic : une liste de films sur le thème Le thriller sexuel.


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Published by lucyinthesky4 - dans Tests DVD
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